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FAIT DU SOIR L’intégrité de la Camargue menacée par le sel

Robert Crauste entouré de Jean-Gabriel Broc (à gauche) et Nicolas Bonton du Syndicat Mixte de Petite Camargue (Photo Yannick Pons)
Le Syndicat mixte de la Camargue gardoise a déclaré la guerre au sel (Photo Yannick Pons)

Le sel, qui remonte de la mer par les canaux et par capillarité dans les sols, gagne chaque jour du terrain et menace de détruire les cultures. C’est l’intégrité du patrimoine camarguais qui est en question. Le syndicat Mixte de la Camargue gardoise a déclaré la guerre au sel en mettant en place un comité technique afin de structurer le combat qui s’annonce.

Les huit communes concernées se penchent actuellement sur le péril qui menace la Camargue aujourd’hui, le sel. Robert Crauste tire la sonnette d’alarme. Il a constaté que 600 hectares de vignes (sur 2700) ont déjà été détruits par le sel alors il a pris son bâton de pèlerin et enfilé son uniforme de président de fait du Syndicat Mixte de la Camargue Gardoise, afin de rencontrer tous les acteurs et trouver rapidement des solutions. « Ce ne sont pas seulement les vignes, les rizières ou les populations d’oiseaux comme les hérons par exemple, qui sont menacés. C’est notre terre, notre patrimoine et notre terroir, nos pâturages et nos chevaux », martèle le maire du Grau-du-Roi.

« Cette terre, on veut la garder sèche »

Le stress hydrique et la montée du niveau de la mer, provoqués par le réchauffement climatique, condamnent les végétaux et notamment les vignes à puiser encore plus profond dans les sols, là où la salinité est plus importante. Ainsi, les plantes ont de plus en plus de difficulté à trouver de l’eau douce et s’affaiblissent ou s’éteignent. Le Vistre, le Vidourle et le Rhône apportent chaque jour de l’eau douce et combattent la salinité de l’arrosage mais pas suffisamment. Le Syndicat Mixte a lancé une batterie d’expérimentations afin de trouver une solution. C’est un savant équilibre entre l’eau douce et l’eau salée qui se joue ici depuis que la main de l’homme a asséché les roubines et gagné des terres sur la mer afin de les cultiver. « Depuis longtemps l’homme s’adapte à cette nature si puissante. Les Gaulois du Cailar, six siècles avant Jésus Christ, remblayaient les villages et utilisaient des barques plates. Si le niveau se met à monter, le Grau-du-Roi deviendra la première Venise française et on s’adaptera. Mais pour l’heure cette terre, on veut la garder sèche », lance Robert Crauste, combatif.

L’écluse de Saint-Gilles a été ouverte

Il s’agit donc de réduire le taux de salinité dans les sols de Camargue. La CCTC a déjà démarré un processus de rénovation des infrastructures, pour améliorer des digues par exemple, à hauteur de 48 millions sur 10 ans. Mais c’est vers le Rhône que les techniciens se sont tournés pour le moment. Le syndicat mixte a ouvert l’écluse de Saint Gilles. « Depuis le 21 mars, nous avons effectué de 15 à 20 éclusages à vide par jour soit 106 000 mètres cubes d’eau puis 549 000 au mois d’avril, afin de d’apporter de l’eau douce en Camargue », explique Jean-Gabriel Broc, le directeur du Syndicat Mixte. Résultat, le sel qui remonte dans le canal du Rhône par la mer a reculé. Mais la finalité étant de réduire la proportion de sel contenu dans des sols, les techniciens du syndicat mixte, Nicolas Bonton en tête, se préparent à vérifier l’efficacité de cette mesure. Des aspersions ont été faites et des tests de salinité seront effectués sur une portion de terrain de 2 hectares. Même si l’eau du Rhône est payante (15 centimes les mille mètres cubes selon le maire du Grau-du-Roi), cette solution ne coûterait pas très cher. Mais selon Jean-Gabriel Broc, si cela n’était pas suffisant, il faudrait peut-être penser à modifier l’éclusage du Rhône afin de détourner une quantité beaucoup plus importante de l’eau du Rhône vers la Camargue gardoise. Et cela pourrait coûter près de cinq millions d’euros.

La guerre du sel a commencé, et toute la Camargue gardoise est concernée et mobilisée. L’équilibre entre la nature et l’homme devra être redéfini, comme il l’a toujours été depuis des milliers d’années. La problématique est identique dans l’autre Camargue, dans l’Aude et même sur la côte Atlantique en France. La sujet pourrait devenir national, voire mondial très rapidement.

Yannick Pons

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