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SAINT-JEAN-DU-GARD Trois cents personnes rassemblées contre le projet de rachat d’une ferme par la Légion étrangère

(Photo François Desmeures / Objectif Gard)
Parmi les 300 personnes présentes, une bonne moitié était venue à pied de Saint-Jean-du-Gard (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Riverains, villageois et syndicalistes espèrent voir le projet de l’armée ramené à celui d’une maison de repos pour les combattants, sans lieu d’entraînement, quand ils ne souhaitent pas voir la vente échouer. 

Entre les convois de motards qui empruntent chaque week-end la Corniche des Cévennes, un peu plus de 300 personnes se sont mobilisées ce dimanche à 597 mètres d’altitude, au col Saint-Pierre, pour dire leur opposition au projet du 2e Régiment étranger d’infanterie (REI) sur une ferme du hameau de Banières bas, au pied du col. « Habitantes de Saint-Jean, nous sommes allées au conseil municipal en février pour nous informer, expliquent Salima et Danielle. Le maire nous avait parlé d’une maison de repos, qu’il n’était ni pour ni contre, et que c’était une affaire privée sur laquelle il ne pouvait pas intervenir. » Depuis, les deux habitantes ont rejoint la trentaine de membres du collectif Vallées cévenoles démilitarisées. « On a vu tout un groupe de légionnaires au col le 23 mars, puis un autre plus bas. On n’en avait pas vu auparavant. On a appris qu’ils étaient regroupés au village, on a trouvé ça bizarre. Mais leur présence lors du 11-Novembre, on l’a apprise bien plus tard. » Lors de la commémoration de l’Armistice de la fin de la Première Guerre mondiale, des légionnaires accompagnaient effectivement l’équipe municipale. Choquée, l’élue d’opposition Elsa Mas, par ailleurs mère d’élève, a relaté lors du rassemblement que les enfants avaient appris les paroles de La Madelon pour l’occasion. Un texte, de 1917, très éloigné des préoccupations sociétales actuelles sur la condition féminine…

« Si on avait une retraite décente, les paysans ne seraient pas obligés de vendre leur bien »

« Saint-Jean a une vocation de tourisme vert, on pense que ça va entacher sa réputation », poursuivent Danielle et Salima. Quand la fréquentation du chemin de Stevenson drainerait 18 000 randonneurs dans le village. La compatibilité d’un entraînement militaire avec la charte du Parc national des Cévennes, dont la commune est en zone d’adhésion, est aussi régulièrement évoquée comme pouvant contrecarrer le projet. Mais ce qui interroge le plus au sein des personnes mobilisées, c’est le rôle de la Safer Occitanie (société d’aménagement foncier et d’établissement rural). Qui évoquait, lors de la commission d’attribution, que la Légion, « dans un second temps », souhaitait profiter « de ce site pour y faire des exercices sans matériel ». Or, le colonel Desgrées du Loû, chef de corps du 2e REI, parlait, dans l’entretien qu’il avait accordé à Objectif Gard, d’entraînements avec balles à blanc (relire ici). « Ce qui me gêne, c’est la disparition de la vocation agricole, réagit Frédéric Mazer, éleveur ovin  à Corbès et membre du Modef (mouvement de défense des exploitants familiaux). L’armée a embobiné la Safer. Mais la Safer a moyen de revenir sur sa position, si on est capable de lui expliquer l’incompatibilité entre une activité agricole et celle de la Légion. Et puis, il y a aussi le problème de l’image : on est tous en vente directe et la part estivale est très importante. »

En soutien au couple vendeur, Frédéric Mazer ajoute une touche syndicale aux revendications du jour. « Si on avait une retraite décente, les paysans ne seraient pas obligés de vendre leur bien pour assurer leur retraite. Mais la FNSEA a toujours milité pour avoir à cotiser le moins possible. Ce sont des entrepreneurs, pas des paysans. » Pour la Confédération paysanne, Hervé Parrain a « le sentiment de s’être fait flouer », comme le vendeur « qui est un ami de trente ans. On ne peut pas laisser cette histoire partir en vrille, poursuit l’apiculteur de Thoiras. Notre position, c’est de s’en tenir à ce qui a été présenté au comité Safer, une ferme comme lieu de repos. » Vigneron à Ribaute-les-Tavernes et membre de la Confédération paysanne, Louis Julian dénonce aussi des retraites agricoles « trop faibles ». Et pointe les besoins de la Safer, « organisme privé qui a une mission de service public, sans être assez financé ». Et dont la vente de la ferme à l’armée rapporte 37 000 €. « La Safer est devenue une agence immobilière. Mais si la ferme devient un centre d’entraînement, quel exploitant voudra aller là-bas ? », pointe Hervé Parrain.

Figure de la lutte paysanne à Millau et sur le Larzac, Christian Roucayrol a fait le déplacement (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Jules a bien essayé, avant que la vocation militaire des lieux ne soit évoquée. « En janvier, j’ai tenté de me positionner pour les terres agricoles pour faire de la viticulture », raconte-t-il au détour d’une conversation. La vente – toujours pas actée et qui pourrait être repoussée après les législatives – prévoit en effet une convention avec un exploitant agricole pour les près de 5 hectares exploitables. « La Safer m’a dit que ce serait compliqué car il s’agit de cultures pérennes. L’acquéreur ne souhaitait pas une longue mise à disposition mais un bail d’un an. » Même renouvelable, la durée permet difficilement à un agriculteur de se positionner. Venu en voisin, le porte-parole de la Confédération paysanne et figure de la lutte millavoise, Christian Roucayrol, s’interroge sur la stratégie de la Légion, alors que la 13e DLBE vient d’acheter en direct une ferme sur la commune de Tournemire, au Pied du Larzac, « à 15 km de leur caserne. La Safer nous dit qu’elle l’avait notifié, mais on n’a rien vu. » Ici aussi, c’est le repos du légionnaire qui est mis en avant comme priorité par l’armée. « Mais il y a trois semaines, ils se sont mis à faire des manoeuvres en dehors du camp de 300 hectares, où ils ont bâti une caserne neuve pour 130 millions d’euros. »

PR et GR bloqués par les propriétaires ?

Dans une ambiance tranquille et familiale, sous le regard lointain des gendarmes de Saint-Jean-du-Gard en cette zone frontalière avec la Lozère, les prises de parole se sont enchaînées en fin de pique-nique. En voisine de Banières haut, Jeannine Bourrély a notamment défendu la position des neuf riverains de la ferme : « Nous nous sommes engagés à refuser que nos parcelles, y compris les chemins qui les traversent, soient utilisées par la Légion. Dans le cas où cela ne serait pas respecté, nous nous engageons à dénoncer les conventions sur les sentiers PR et GR y compris le sentier de Stevenson ainsi que les pistes DFCI. » Certes habituée à en connaître des terribles, la Légion ne s’attendait sans doute pas à trouver un terrain aussi hostile au coeur des Cévennes.

François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

Au bord des rails du Train à vapeur des Cévennes, entre la gare de Thoiras et le pont de Salindres (photo François Desmeures / Objectif Gard)

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Un commentaire

  1. Les légionnaires sont ils de nature a laisser ces terres s embroussailler? Non. Vont ils en faire un lieu dangereux ? Non. Ont ils de mauvaises intentions? non. Si c est juste être contre l idée que des légionaires puissent occuper les lieux parce que ils sont léginonaires et pas cultivateurs il fallait se positionneravec un projet qui tiennela route. Il me semble que faire de la piquette avec du clinton est encore moins judicieux et pas plus viable. Après si c est provoquer pour provoquer rappelons aux Saint Jeannais que les Rolling Stone avaient acheté une ferme vers chez eux à une époque où les hippies n ‘y étaient pas les bienvenus. Et finalement on aimerait bien qu ils y soient encore.

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