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FAIT DU JOUR À Remoulins, les poissons migrateurs profitent d’une nouvelle passe pour remonter le Gardon

La passe à poissons du seuil de Remoulins a coûté 1,6 million d'euros. (Marie Meunier / Objectif Gard)
Il est interdit de se baigner au niveau de la passe et du seuil, ainsi que de marcher à proximité des installations.

1,6 million d’euros. C’est le prix qu’a coûté l’aménagement d’une passe à poissons longue de 75 mètres sur le seuil du Gardon à Remoulins. C’est un coût certain comme l’ont souligné certains contributeurs mais ce chantier est essentiel dans la préservation de la biodiversité. Il va permettre aux poissons migrateurs, comme l’alose ou l’anguille, de remonter le cours d’eau et de se reproduire. 

Il a fallu huit mois de travaux pour construire cette passe à poissons sur le Gardon. Mais le projet a mis des années à se concrétiser. Jusqu’à présent, les espèces de poissons migrateurs restaient bloquées au bas du seuil de Remoulins. Il était difficile pour elles de passer le barrage sans aide. Grâce à cette passe, c’est 9 km supplémentaires de remontée qui s’offre aux poissons, jusqu’au seuil de Collias. Quand ce dernier sera aussi équipé, les espèces pourront même remonter dans toutes les gorges.

C’est important puisque l’alose feinte de Méditerranée, espèce endémique de Rhône-Méditerranée, vient se reproduire dans les affluents du fleuve du 15 mars au 15 mai. Il lui faut des zones avec des gravats, avec peu de courant et un mètre d’eau. Dans ces 9 km, ce poisson devrait trouver de nouvelles frayères (*). « L’alose est une espèce parapluie, c’est-à-dire que sa présence témoigne d’une bonne qualité du cours d’eau« , indique Pierre Campton, directeur technique de l’association MRM (Migrateurs Rhône Méditerranée).

Pourtant, on la trouve de moins en moins dans le Gardon. « On observe une baisse de l’abondance. La population est maintenant stabilisée mais à un niveau très bas. Avant, on enregistrait plus de 1 000 actes de reproduction pendant la saison. Maintenant, on en a une dizaine à certains endroits, une soixantaine dans d’autres sites« , estime Pierre Campton.

Le ruban inaugural a été coupé en présence des élus, des représentants de l’EPTB Gardons, et de l’Agence de l’eau. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Les populations d’anguilles aussi ont considérablement chuté et la lamproie n’a pas été aperçue depuis bien longtemps dans le Gardon. Cette progressive disparition est due à de multiples facteurs : qualité de l’eau, seuils mal aménagés, pression de la pêche… « Depuis 20 ans, on travaille dans le même sens, avec plein d’acteurs entre le Rhône et ici. Chacun joue le jeu. C’est un projet au long cours. Il y a un intérêt à avoir de la ressource en eau, de la biodiversité, des espèces. C’est cela qui nous sauvera dans les bouleversements climatiques qu’on va vivre« , raisonne Lionel Georges, directeur de l’EPTB (Établissement public territorial de bassin) Gardons, syndicat mixte moteur dans ce chantier.

Un ouvrage construit pour anticiper une éventuelle baisse du niveau de l’eau

Des prélèvements d’eau devraient bientôt être effectués pour détecter l’ADN d’alose en amont de la nouvelle passe à poissons. Afin de voir si les poissons ont bien réussi à franchir ce nouvel ouvrage. Long de 75 mètres, il est divisé en trois rampes, chacune composée de 112 « menhirs ». Il s’agit de poteaux qui vont permettre de moduler l’intensité du courant, le type de débit. Sentant l’appel d’eau, les poissons vont pouvoir remonter le cours d’eau en s’appuyant sur ces « menhirs ». Ils disposent aussi de zones où se reposer car remonter un cours d’eau leur demande beaucoup d’énergie. D’autant que la passe de Remoulins est la quatrième qu’ils rencontrent lors de leur périple sur le Gardon.

Un peu au-dessus de la passe à poissons, les promeneurs pourront consulter une plaque explicative sur l’utilité de cet ouvrage. (Marie Meunier / Objectif Gard)

La particularité de cette passe réside également dans le fait que les « menhirs » n’ont pas été tous bâtis à la même hauteur. Certains sont pour l’instant totalement immergés et donc non-fonctionnels. Pas d’erreur de calcul, rassurez-vous, mais une décision stratégique. « Beaucoup de lits de rivière s’érodent avec le temps, en aval des seuils. C’est un processus habituel. En construisant ces menhirs plus bas, on anticipe une descente du niveau de l’eau. On peut sans problème perdre 1,50 mètre« , assure Jean-Philippe Reygrobellet, chargé de mission à l’EPTB Gardon. Le phénomène avait d’ailleurs rendu la première passe à poissons intégrée au seuil de Remoulins inutilisable car trop haute par rapport au niveau de l’eau actuel.

24 km de continuité écologique depuis le Rhône jusqu’au seuil de Collias

Conscience et anticipation sont donc au coeur de ce projet, qui s’inscrit dans un plan plus large. « Cet aménagement à Remoulins favorisant la continuité piscicole est un axe prioritaire du contrat de rivière 2017-2022 (où 62 millions d’euros de financements étaient assurés par l’Agence de l’eau, ndlr). Mais ce n’est pas un ouvrage isolé, il s’inscrit dans une dynamique forte sur le territoire. De nombreux seuils ont déjà été traités : Callet, Bonicoli, Fournès aval, Fournès amont, Comps…« , rappelle Karine Bonacina, directrice de la délégation Montpellier pour l’Agence de l’eau (**). Avec Remoulins, on compte aujourd’hui 24 km de continuité écologique depuis le Rhône jusqu’au seuil de Collias.

La passe à poissons de Remoulins est l’une des plus longues de France avec ses 75 m. (Marie Meunier / Objectif Gard)

L’opération a aussi été saluée par Max Roustan, président de l’EPTB Gardons. Néanmoins, l’édile s’étonne que la loi Gemapi (Gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations) impose ces ouvrages pour favoriser la reproduction des espèces migratoires et donc de dépenser de l’argent public alors que ces mêmes poissons sont pêchés en Méditerranée. « En bas, à l’entrée du Rhône, on en pêche 8 tonnes dans les filets pour les vendre 1,50€ le kilo. Nous, on nous demande de faire des passes qui coûtent une fortune pour faire remonter les poissons. Il faut mettre de la cohérence dans le système. On peut pas régler les problèmes et les recréer de l’autre« , pointe l’élu alésien. En attendant de répondre à cette contradiction, on peut déjà se réjouir de cette grande avancée sur cet affluent du Rhône, qui va retrouver certains équilibres écologiques perdus.

Marie Meunier

(*) Lieux où les poissons déposent leurs œufs. 

(**) L’Agence de l’eau a financé la passe à poissons de Remoulins à hauteur de 1,2 million sur les 1,6 million de budget total. Le Département du Gard a également mis 90 000€.

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