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ENVIRONNEMENT Le jeune Émiliano veut faire d’Alès « une ville sans plastique »

Emiliano Hacquel porte un projet vertueux. (Photo Corentin Migoule)

Originaire du quartier des Près-Saint-Jean où il vit toujours, le jeune (22 ans) Émiliano Hacquel s’engage pour l’environnement en lançant « Système-E », un projet de traitement des déchets plastiques. Des voyages à l’étranger ont achevé de convaincre l’Alésien de la nécessité d’agir pour sauver la planète.

Pour ne pas s’enliser dans leur quartier d’origine, les jeunes ont souvent besoin d’une figure qui leur montre la voie. Émiliano Hacquel pense l’avoir trouvée en la personne de Brahim Aber. Originaire des Près-Saint-Jean, né il y a 22 ans d’une mère albanaise et d’un papa cévenol, l’Alésien sait ce qu’il doit à l’actuel directeur du centre social de La Grand’Combe : « C’est lui qui m’a donné mon premier salaire en tant qu’animateur lorsqu’il était directeur de l’association Raia. C’est lui qui m’a fait évoluer. Il m’a donné des contacts. Aujourd’hui, c’est devenu un ami. »

S’il n’est plus animateur, Émiliano est devenu membre du conseil d’administration de Raia. Il y côtoie Fouad Boumarcid, successeur de Brahim Aber à la tête de la structure associative, lequel l’a mis en relation avec l’association Léo Lagrange Méditerranée Alès Cévennes. « Elle m’aide à structurer mon projet », indique celui qui a obtenu un Bac STMG puis un BTS Assistant Manager au lycée Jacques-Prévert de Saint-Christol-lez-Alès.

Ce projet, ambitieux, n’est autre que la création d’une entreprise de collecte et de traitement des déchets dans l’optique de les valoriser. « Même si j’aspire à traiter d’autres matériaux plus tard, je vais commencer en travaillant celui que je connais le plus : le plastique. Je sais quoi en faire pour lui redonner une seconde vie. Ça peut être des billes, des paillettes ou des cordons pour imprimantes 3D », développe le jeune cévenol, qui entend en premier lieu collecter la matière à l’issue d’évènements festifs.

Un local dans le viseur

Déjà usitée, la démarche n’a pourtant rien de révolutionnaire. À une exception près. « J’aimerais que les grosses entreprises spécialisées dans le tri des déchets changent leur processus de fabrication pour réduire leurs coûts de production. Que leur volonté ne soit plus uniquement de faire de l’argent mais d’agir pour l’environnement. Aujourd’hui, le recyclage souffre du « greenwashing » (∗). Moi je veux une entreprise 2.0, non pollueuse, pour montrer aux gens que le recyclage c’est vraiment vertueux », martèle Émiliano.

S’il dit avoir déjà « l’idée, la conception et les fournisseurs de machines », le dernier nommé n’a pas encore le local propice au lancement de son activité. Bien renseigné, le Franco-Albanais lorgne sur une usine désaffectée située dans la rue Marcel-Paul, à Alès, à un jet de pierre du quartier des Près-Saint-Jean. « Je n’arrive pas à établir le contact avec la mairie pour acheter le local », regrette celui qui franchira bientôt les portes du Hup dans l’optique de trouver une oreille attentive.

Déterminé à réussir dans son entreprise, Émiliano ne se découragera pas de si tôt, tant le projet mature depuis longtemps dans son esprit. « Le premier déclic est survenu en 4e au collège Diderot, lors d’un cours de Physique-Chimie. On a parlé du nucléaire et de la pollution. À partir de là, je savais que je voulais travailler dans un métier en lien avec l’environnement », se remémore-t-il. Après quoi, deux voyages à l’étranger ont achevé de convaincre l’intéressé de la nécessité d’agir pour préserver notre planète.

« Je fais « tapis » sur ce coup »

« Le premier, c’était en Albanie. Là-bas, la gestion des déchets est catastrophique. Il y a des poubelles partout, des décharges à ciel ouvert », se désole l’Alésien. Le deuxième a eu lieu en Pologne avec l’association Raia. Après avoir visité les camps de concentration d’Auschwitz, la petite délégation s’est requinquée dans une célèbre chaine de restauration rapide. « On était en 2010, dans un pays comme la Pologne censé être moins développé que la France, et ils avaient déjà eu l’idée de trier leurs déchets à la fin des repas en invitant les clients à jeter dans des compartiments adaptés. Chez nous, ça a fini par arriver il y a seulement deux ou trois ans. Ça, ça m’a traumatisé ! »

Depuis, l’enfant des Près-Saint-Jean consacre « environ une heure par jour » à l’élaboration de son projet, en se familiarisant avec les formalités liées à l’entreprenariat, dont la comptabilité. Car une telle entreprise est onéreuse, bien qu’aucun montant définitif n’ait été communiqué. « Je suis à la recherche de financeurs », lance celui qui « fait tapis sur le coup » en investissant « toutes » ses économies. Sa participation annoncée au prochain concours économique Alès Audace est un moyen de donner plus d’écho à une démarche résolument tournée vers le local.

« Il y a un réel problème, j’y apporte une solution »

« J’aimerais travailler avec les communes d’Alès Agglo. Dans un second temps, j’aimerais aussi pouvoir m’associer à des entreprises comme Cévennes Déchets pour qu’elles assurent le processus de collecte et que je me charge uniquement du traitement », projette le jeune homme qui rêve de faire d’Alès une commune sans plastique. « Ce n’est pas impossible, c’est un label que vient d’obtenir le petit village de Manningtree, situé au bord de la mer du Nord au Royaume-Uni », complète-t-il.

À ceux qui le prendraient pour un fou déconnecté des réalités, le Cévenol rétorque : « Avec Haribo, Perrier et Arcadie, on a beaucoup de grosses entreprises qui ont du plastique en grande quantité et qui pourraient être intéressées. » Et d’enfoncer, gagné par l’enthousiasme : « Tout est fait pour faire quelque chose de grand. Si ça ne fonctionne pas ici, ça marchera ailleurs. J’en suis certain ! Moi je n’invente rien, je ne suis pas ingénieur. J’ai juste une idée et beaucoup de motivation. Il y a un marché à prendre car il y a un réel problème. J’y apporte une solution et je veux en faire profiter Alès et la région. »

En attendant de potentielles connexions avec des collectivités et sociétés locales, l’entrepreneur mise sur la pédagogie auprès des enfants à chaque fois que l’occasion s’offre à lui. « Il faut leur expliquer dès le plus jeune âge où on jette et pourquoi on le fait », résume-t-il. « Car si les gens pensent que ce n’est pas à eux de créer le changement, ils se trompent ! » Le projet a quant à lui déjà un nom : « Système-E ». Le « E » d’Émiliano, d’environnement et d’écologie. D’évidence aussi…

Corentin Migoule

(∗) Le greenwashing, ou « écoblanchiment » en français, consiste à orienter l’image marketing d’une organisation vers un positionnement écologique alors qu’en pratique ses actions polluent l’environnement.

 

 

 

 

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