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NÎMES OLYMPIQUE 20 mai 1962, le jour où tout s’est effondré

À la 61e minute Skika crucifie les Nîmois (photo collection privée Monique Skiba)
L’équipe Nîmoise de la saison 1961-62, lors d’un match au stade Jean-Bouin (fonds Collignon – Archives municipales de Nîmes)

Il y a 60 ans, Nîmes Olympique perdait le titre de champion de France en s’inclinant 1-0 lors de l’ultime journée de D1 face au Stade Français. Les Crocodiles laissaient passer la plus belle opportunité de décrocher la récompense suprême. Depuis, l’occasion ne s’est plus jamais représentée. C’est d’autant plus rageant que c’est Henri Skiba, un ancien nîmois qui crucifie l’équipe de Kader Firoud. Le 20 mai 1962 restera donc le jour où Nîmes a été champion de France pendant 30 minutes… avant de tout perdre.

« Vous serez champions cette saison ». Cette promesse est celle de l’international français, Henri Skiba. Dans les couloirs du stade Vélodrome à Marseille, l’ancien Crocodile vient d’éliminer Nîmes Olympique en 16e de finale de la Coupe de France. Penaud, il s’excuse presque d’avoir sorti son ancienne équipe et ses amis. En ce mois de janvier 1962, le club présidé par Jean-Baptiste Chiariny est une nouvelle fois en tête de l’élite du football hexagonal.

Une victoire et Nîmes est champion de France

Le NO a habitué les Français à briller en championnat, mais aussi à s’effondrer en fin de parcours. Déjà en 1951, il ne manquait qu’un point aux hommes de Pierre Pibarot pour remporter le championnat lors de leur première saison en D1. Puis en 1958, 1959 et 1960, Nîmes termine à la deuxième place avec à la clé deux titres honorifiques de champion d’automne en 1959 et 1960. Dans cette période faste, le NO a également été finaliste malheureux de la Coupe de France en 1958 et 1961. Bref, les Gardois sont souvent placés, mais jamais gagnants.

Au centre, Henri Skiba inquiète Salah Djebaïli, Pierre Barlaguet, Pierre Bernard et Daniel Charles-Alfred (photo issue du Miroir des sports du 21-5-1962)

Mais au matin de la 38e et dernière journée de cette saison 1961-62, ça sent bon. Nîmes est en tête avec un point d’avance sur le Stade de Reims et le Racing Club de Paris. Il suffit juste au NO de s’imposer à Paris, face au Stade Français, pour décrocher le titre de champion de France. La mission semble réalisable, puisque les Franciliens n’ont plus rien à gagner, ni à perdre dans ce championnat, et qu’ils sont privés de leurs deux meilleurs attaquants : les Suisses Norbert Eschmann et Philippe Poitier partis au Chili pour préparer la Coupe du Monde. Non cette fois, c’est sûr, c’est la bonne pour Nîmes !

Champion de France pendant 30 minutes

Pourtant quelque chose ne tourne pas rond au NO. La veille du match, l’avant nîmois Bernard Rahis doit déclarer forfait à cause d’un mollet récalcitrant. Premier coup dur. À une heure du coup d’envoi, les visages se ferment et la pression monte. Les Nîmois comprennent qu’ils vont jouer toute leur saison sur un match qu’ils n’ont pas le droit de perdre car le bonheur est là, à portée de crampons. Sans le vouloir, les coéquipiers de Pierre Barlaguet laissent l’enjeu tuer le jeu. En ce dimanche après-midi, où le Parc des Princes est aussi le théâtre du championnat de France de cyclisme et du demi-fond, Nîmes ne montre pas son meilleur visage. Une programmation qui parait fantaisiste pour une rencontre décisive pour le titre de champion de France de football.

José Parodi et Alain Garnier, les avants nîmois n’ont pas trouvé le faille (photo issue du Miroir des sports du 21 mai 1962)

Brouillons, les joueurs de Kader Firoud n’ont pas la réussite habituelle. Tour à tour, Serge Bourdoncle (le remplaçant de Bernard Rahis), Salah Djebaïli et José Parodi manquent de discernement devant les cages de Ladislas Nagy, le gardien de but parisien. Malgré tout, les Crocodiles sont encore champions jusqu’à la 30e minute. C’est le moment que choisi le Rémois Paul Sauvage pour ouvrir le score face à Strasbourg et, quelques secondes plus tard, le Racing Club de Paris prend l’avantage à Monaco grâce à un but de François Heutte. En une poignée de secondes, les deux rivaux des Gardois viennent de se réveiller obligeant le NO à s’imposer dans la capitale.

Skiba qui s’arrache comme si sa vie en dépendait

Certes ils ne sont pas dans un grand jour, mais les Nîmois n’ont besoin que d’un but pour reprendre la tête de la D1. Ce but, les Crocodiles ne le marqueront jamais. Pire encore, à l’heure de jeu, c’est le Stadiste Henri Skiba qui s’arrache comme si sa vie en dépendait pour pousser le ballon dans les filets de Pierre Bernard, le gardien du NO et de l’équipe de France. L’histoire est affreusement cruelle car le bourreau des Nîmois est un de ses anciens protégés (1957-60) et il est le Parisien qui souhaite probablement le plus le sacre de ses anciens partenaires.

Sous les yeux de Christian Oliver et Daniel Charles-Alfred, Henri Skiba  trompe Pierre Bernard (photo collection privée Monique Skiba)

Ce but, aussi laid qu’inutile, devient et reste encore aujourd’hui le pire but que Nîmes n’a jamais encaissé. Alors oui, les Gardois se jettent à corps perdu à l’assaut de la surface de réparation adverse, mais en étant conscients que le miracle n’aura pas lieu. Les supporters nîmois se morfondent dans les tribunes du Parc des Princes. L’oreille collée à leur transistor, ils entendent que Reims déroule contre Strasbourg 5-1 et le Racing s’impose à Monaco 2-1. Il faut se rendre à la triste évidence : Nîmes ne marque pas les deux buts nécessaires pour conserver la première place. Les minutes passent et rien ne se passe.

« Le football, c’est trop bête »

Les Gardois s’inclinent. Ils ne sont pas champions, ni deuxième, mais troisième. La pilule est dure à avaler et, aujourd’hui encore, impossible de dire si Nîmes l’a un jour digérée. Six décennies plus tard, le Nîmois Alain Garnier se souvient : « C’est après le coup de sifflet final que nous avons appris les résultats des autres équipes. Cela nous a plongés dans une profonde déception. Dans les vestiaires, tout n’était que mutisme et torpeur. Ça a réveillé quelques tensions, chacun rejetant la responsabilité de la défaite. En fait, nous étions trop fatigués car Nîmes jouait avec un effectif réduit à 13 joueurs. »

Les résultats et le classement de la D1 1961-62 (archives Miroir des sports 21 mai 1962)

À l’issue de ce match, Kader Firoud est sonné, fataliste et il lâche à la presse : « Le football, c’est trop bête. » Dans les vestiaires adverse, Henri Skiba ne savoure pas son acte décisif : « J’ai fait mon maximum pour gagner, c’est le jeu. » Personne n’est vraiment content, sauf les Rémois qui décrochent leur sixième et dernier titre de Champion de France. Nîmes, maudit, n’a plus que ses yeux pour pleurer. C’était il y a 60 ans, le jour où les Crocodiles ont perdu le match le plus important de leur histoire, le jour où tout s’est effondré.

Norman Jardin

20 mai 1962. 38e journée de D1. Parc-de-Princes. Stade-Français – Nîmes Olympique 1-0 (mi-temps : 0-0). Spectateurs : 31 562 (recette 225 105,50 NF). Arbitre : M. Faucheux. But : Skiba (61e).

Stade Français : Nagy – Stasiak, Lerond, Baconnier – Stako, Davanne – Fefeu, Bonifaci, Skiba, Bellot, Bourbotte. Entraîneur : Léon Rossi.

Nîmes : Bernard – Bettache, Charles-Alfred, Oliver – Barlaguet, Djebailli – Chillan, Constantino, Parodi, Garnier, Bourdoncle. Entraîneur : Kader Firoud.

 

 

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