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FAIT DU SOIR Santa Cruz et son pèlerinage : célébration d’un ancien temps ?

(Photo Anthony Maurin).
La Vierge fait le tour du parvis (Photo Anthony Maurin).

C’est l’Ascension et Alès n’est pas la seule cité gardoise à être en fête. Les pieds-noirs se réunissent à Nîmes, au sanctuaire de Santa-Cruz, pour y célébrer la vierge ramenée dans leurs valises au début des années 1960…

Bienvenue à Notre-Dame-de-Santa-Cruz, à Nîmes, au Mas de Mingue, au coeur de la garrigue (Photo Anthony Maurin).

À Nîmes, le sanctuaire Notre-Dame-de-Santa-Cruz a été reconstruit comme il l’était à Oran en Algérie. Les rapatriés chrétiens d’Algérie, les pieds-noirs, s’y retrouvent chaque année (ou presque à cause de la Covid) depuis 1965 pour l’Ascension. Si dans les années 1980-1990 des dizaines – voire une centaine – de milliers de pèlerins se réunissaient le temps d’un long week-end, cette période semble révolue.

Mais avant d’arriver au sanctuaire… Il faut grimper, deux possibilités mais un même dénivelé. Le pèlerinage commence là (Photo Anthony Maurin).

Avant tout, pourquoi célébrer Notre-Dame-de-Santa-Cruz ? Nous sommes fin octobre 1849. Depuis un mois, le choléra exerce ses ravages parmi les quelque 25 000 habitants d’Oran et commence à gagner sa province. Il n’a pas plu depuis avril et, après les récoltes, ce sont maintenant les hommes qui périssent à cause de cette sécheresse. Et rien, malgré tous les efforts déployés n’a encore pu enrayer le fléau. Pour les médecins, seul le retour de la pluie pourrait sans doute stopper une telle épidémie. Mais pas de nuage à l’horizon…

Arrivé en haut, le visiteur a le choix de quelques mets typiques (Photo Anthony Maurin).

Le général Pélissier, commandant la place interpella l’abbé Suchet, vicaire général d’Oran : « Mais qu’est-ce que vous faites, monsieur l’abbé, vous dormez ? Vous ne savez donc plus votre métier, le choléra ? Nous n’y pouvons rien : ni vous, ni moi, ni personne ne pouvons l’arrêter. Je ne suis pas curé et, pourtant, c’est moi, Pélissier, qui vous le dis : faites des processions ! » Et l’officier jeta alors, comme un cri de désespoir ou de suprême espoir : « Foutez-moi une Vierge là-haut, sur la montagne : elle se chargera de jeter le choléra à la mer ! » Acté. Quelques jours plus tard, l’air et la terre étant « purifiés », l’épidémie était enrayée et Oran sauvée de la prolongation d’un désastre qui avait déjà fait près de 5 000 morts.

Les bus, les groupes et sous les pins, chaque quartier oranais retrouve ses anciens (Photo Anthony Maurin).

Retour en 2022. L’âge avançant, les frais croissant et la foi baissant, le nombre de pèlerins chute de manière vertigineuse. La période Covid n’a pas arrangé la chose… « C’est sûr que ces années ont parfois eu raison de notre foi. Certains ne viennent plus, ne peuvent plus venir ou ne veulent plus venir car ils ne connaissent plus personne. Il y a encore quelques anciens mais les choses changent et le monde tourne« , note un peu tristement Robert, venu de Camargue.

D’autres ont prévu la signalétique (Photo Anthony Maurin).

Avec une bonbonne d’oxygène, un Varois se repose à l’ombre de la pente raide, devant l’entrée principale. Il attend la procession, au calme. « J’ai 220 kilomètres à faire, ma femme ne conduit pas alors c’est vraiment la dernière fois que je viens. Des habitants de mon quartier d’orangeraie, il n’y a plus personne. Ils ne viennent plus car avant il y avait trop de monde et ils n’arrivaient jamais à se retrouver. Maintenant ils viennent en octobre… Moi, c’est ma dernière, j’ai 79 ans et j’ai dû verser une caution de 3 500 euros pour un appareil d’oxygène de rechange car avec celui-là je ne tiens pas la journée. »

Quand certains visent l’excellence (Photo Anthony Maurin).

Il y a encore 30 ans, la nourriture avait une place importante, prépondérante. Des tables partout, des piques-niques sauvages, des barbecues en garrigue, les stands de mets algériens… Les pèlerins venaient des quatre coins de la Méditerranée, parfois même d’Europe, voire du monde. Aujourd’hui, l’union n’est plus aussi forte, l’aspect populaire et réunion d’anciens est quasi inexistant. « Oui, c’est vrai que par le passé il y avait des stands partout, on se battait pour avoir des frites, des merguez, des mounas, des montecaos et bien sûr tous les petits plats que nous aimions manger quand nous habitions en Algérie« , avoue Martine qui vient pour l’Ascension depuis 1973 et qui habite les Hautes-Pyrénées.

Les cierges flambent (Photo Anthony Maurin).

À la table d’à côté, Ange est désabusé. « Nous espérions être entre 2 000 et 4 000, mais il ne faut pas se leurrer, je pense que nous sommes moins et que les années prochaines suivront la même tendance, hélas, inexorable. Je le vois, les gens vieillissent, la pente est raide, il fait chaud et même si on peut s’assoir partout, il ne faut pas plus de monde pour que le confort soit suffisant. » En 2022, c’est toute une génération qui revit encore une fois son enfance, son adolescence, ses premiers pas dans la vie. Elle revit le déracinement, mais elle se raconte une histoire, elle se relit à des souvenirs, des odeurs, des saveurs. Mais de moins en moins de monde se souvient réellement. Combien reviendront ? Combien de temps ?

Les oliviers procurent un brin d’ombre (Photo Anthony Maurin).

« Nous on est là pour accompagner les grands-parents. On entend les gens sur le stade de foot là-bas, ça fait bizarre, il y a un tournoi. On reste là, on est bien. On est Nîmois et on vient depuis des années, toujours en famille mais c’est vrai qu’il y a moins de monde. Mes grands-parents parlent souvent d’Oran, ici c’est comme s’ils y étaient un peu et ça les rend heureux. Ils retrouvent encore des connaissances qu’ils ne voient qu’une fois par an, ici, autant vous dire que c’est la vraie gazette du bled ! Rien que pour ça, ça vaut le coup !« , sourient Luc et Pierre, cousins d’une vingtaine d’années.

Les plus assidues attendent aux places stratégiques pour l’arrivée de la procession (Photo Anthony Maurin).

Un jeune couple est venu seul, de l’Aude : « Nous sommes croyants, pas pieds-noirs mais nous voulions venir. C’est notre première fois et je trouve ça très sympa. Le cadre est magnifique, il fait beau, ça sent bon. On sent les gens heureux, ils parlent fort, ils s’amusent, c’est un peu comme une fête de promo. Je pense que le pèlerinage est un prétexte, mais c’est ce qui unit tout le monde. Il faut ouvrir cette cérémonie et cette journée à tous les catholiques ! Oui, des gens célèbrent leurs souvenirs d’Algérie et une Vierge qui a fait un miracle là-bas, mais le futur de ce rassemblement c’est autre chose. Il ne faut surtout pas oublier ses fondements. Nous reviendrons avec plaisir l’année prochaine et nous en parlerons dans notre paroisse ! »

Les salles d’expositions se vident, les fidèles sont prêts à suivre la Vierge (Photo Anthony Maurin).

Il faut dire le sanctuaire est fait pour replonger le croyant éloigné dans le décor. Le stationnement y est facilité pour les personnes à mobilité réduite, on y trouve une grotte, une chapelle, une maison du pèlerin, les cloches de la Relizane rapatriées en 1989, mais baptisées en 1959 par Monseigneur Bertrand Lacaste alors évêque du diocèse d’Oran… La grotte du sanctuaire de Santa-Cruz est inspirée de celle de Lourdes. Elle montre Sainte-Bernadette en prière aux pieds de la Vierge. Ses pierres, son sol, ses grilles sont couverts d’ex-voto et d’objets souvenirs.

Même la chapelle est désertée (Photo Anthony Maurin).

La chapelle comporte une série de vitraux récupérés par la Légion à Sidi-Bel-Abbès, un autel contenant les reliques de saint Alype, martyr et patron du séminaire d’Oran, un tabernacle moderne, un crucifix de l’église de Sidi-Bel-Abbès, deux fauteuils de chœur, un lutrin contemporain, une tapisserie de « l’Annonciation », un chemin de croix en céramique d’Arcole (Espagne XIXe siècle), une icône « la Sainte Famille », le tableau « La Descente de Croix » de Sidi-Bel-Abbès et, pour finir, trois bénitiers. L’un est du bas-empire romain et fut récupéré à Saint-Leu, un autre du sanctuaire de Santa Cruz d’Oran et, le troisième est l’oeuvre d’Agapito de Sidi-Bel-Abbès.

Le nouvel évêque, monseigneur Brouwet est présent pour sa première cérémonie ici (Photo Anthony Maurin).

Oui, l’Ascension, le sanctuaire, le pèlerinage et la procession ne sont peut-être plus à la mode, mais la mode dicte-t-elle toujours l’avenir de la foi ? Quand une génération disparait, une autre semble émerger. Moins ancrée dans le souvenir africain, plus aiguillée par la fraîcheur de la nouveauté. Les jeunes viennent, peuvent revenir et peut-être que l’histoire qui se joue depuis des décennies à Nîmes à l’Ascension dans ce sanctuaire pourra perdurer encore quelques années. Santa-Cruz et son pèlerinage : célébration d’un ancien temps ? Pas forcément !

On prépare… (Photo Anthony Maurin).
La grotte (Photo Anthony Maurin).

La vierge arrive, et part depuis la grotte (Photo Anthony Maurin).
Le cortège passe sur le Parvis (Photo Anthony Maurin).
La Vierge fait le tour du Parvis (Photo Anthony Maurin).
La procession va sur le parking (Photo Anthony Maurin).
Une lecture sur le parking en direction de la descente puis de la remontée de la Vierge par l’autre grimpette qui donne sur l’entrée principale du sanctuaire (Photo Anthony Maurin).
Le cortège défile entre les pins (Photo Anthony Maurin).
Un Varois va prendre sa place à l’entrée du sanctuaire pour s’éviter la montée de la pente (Photo Anthony Maurin).
Le cortège revient par la grande porte (Photo Anthony Maurin).

La vierge passe, elle se retourne et les fidèles l’applaudissent (Photo Anthony Maurin).
La fin de la procession (Photo Anthony Maurin).
Et la Vierge repart sur le Parvis pour la messe (Photo Anthony Maurin).
Voilà la Vierge en bonne place, la messe peut être célébrée (Photo Anthony Maurin).
Certains ne craignent pas le soleil (Photo Anthony Maurin).
D’autres préfèrent rester à distance de peur de l’insolation. Quelques ambulances sont d’ailleurs venues récupérer des visiteurs (Photo Anthony Maurin).

Pour soutenir l’association et les bâtisseurs, vous pouvez faire un don ici. Pour de plus amples informations : Sanctuaire Notre Dame de Santa Cruz au 100 montée Monseigneur Lacaste 30 000 Nîmes. Téléphone : 04.66.28.09.99. Mail à contact@santa-cruz-nimes.fr

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 38 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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