A la uneActualitésCultureGardSociété

GARD Philippe Gaillot : Gardois de coeur, jazzman dans l’âme

"Cassistanbul", le dernier album en date de Philippe Gaillot (Photo Anthony Maurin).
Philippe Gaillot (Photo Anthony Maurin).

Avec la sortie de son dernier album « Cassistanbul » sur lequel nous reviendrons prochainement, Philippe Gaillot évoque son parcours atypique qui l’a mené à la vie qu’il a connu jusqu’à aujourd’hui.

« L’histoire commence à être longue ! Je suis un musicien né à Paris, j’ai étudié la musique au conservatoire de Versailles, j’ai fait quatre ans de piano classique, puis deux ans de guitare classique. Je souffrais de ne pas pouvoir partir en vacances avec mon piano, j’étais jaloux d’un voisin qui, lui, partait avec sa guitare alors ça m’a tenté. Le répertoire « guitare classique » ne me fascinait pas trop et mes cheveux poussaient à grande vitesse alors ça m’a orienté vers Deep Purple, Led Zeppelin, Jimmy Hendrix, Franck Zappa… J’ai toujours écouté beaucoup de choses, y compris Bach et le classique.« 

Il a commencé le piano à l’âge de sept ans, la guitare classique à onze ans, puis à treize ans. Tout est allé très vite mais une histoire le fait intégrer un monde rêvé. Il aurait bien été numéro un du tennis mondial mais il a vite réalisé que la musique était plus importante et plus accessible pour lui. L’un de ses voisins de palier (en région parisienne), un certain Dominique Gaumont, va devenir le guitariste de Miles Davis en 1974. Dominique a alors trois ans de plus que Philippe, il est comme son grand frère, ils ont même appris à jouer de la guitare ensemble et ont volé leur premier Solex tous les deux !

« Cassistanbul », le dernier album en date de Philippe Gaillot (Photo Anthony Maurin).

« À l’époque il jouait beaucoup à l’American center du boulevard Raspail à Paris et dont je suis devenu membre plus tard. Il jouait avec des Américains, Le Black Artist Group et j’ai connu tout ce petit monde-là. Dominique s’est retrouvé dans la suite de Miles Davis en 1973 à l’issue de son concert parisien. Arrivé quelques mois plus tard à New-York, Miles l’a embauché pour un premier concert au Carnegie Hall le 30 mars 1974 (album Dark Magus, NDLR) » Ça, c’est un peu l’histoire de Dominique, pas entièrement celle de Philippe.

Entretemps, le jeune-homme ne se sent pas de continuer l’école, il a 15 ans et doit magouiller (à cause d’un juge pour enfant peu compréhensible…) un peu pour rejoindre le Canada et éviter une année scolaire de plus grâce à une tante canadienne accueillante. »La musique était déjà là… Ma mère savait que je ne changerai pas d’avis et que la juge non plus… Je me suis éclaté à l’école de musique, à Montréal. À 18 ans j’ai rejoint Dominique, chez lui, à New York où j’ai habité un an. J’ai croisé de grands musiciens donc ça m’a permis de démystifier tout cela. Ils étaient connus mais avaient les mêmes problèmes que nous… J’étais très heureux, j’ai travaillé de manière illégale dans un bureau-tabac dont le patron semblait m’apprécier un peu trop. Je jouais un peu avec certains des membres du Black Artits Group rentrés aux US et je suivais parfois Dominique en tournée quand il n’était pas loin de New York.« 

Guitare prête à jouer (Photo Vincent Bartoli).

Puis il a fallu revenir des States après une année pleine de vie et de sons. Un rêve non calculé mais bénéfique. Même si son père lui disait de rajouter une corde à son arc, Philippe lui répondait qu’avec deux cordes la flèche ne partait plus. Philippe est aussi un bidouilleur passionné d’électronique. De retour en région parisienne, il n’a pas envie d’y rester. Des résidus de l’oppressante Grosse Pomme ? Peut-être. Philippe a des envies de campagne et de soleil. Par hasard, il se retrouve à Anduze et voit une annonce pour une maison quelque peu délabrée à Ners mais dans ses prix. Il saute dessus après de nombreuses désillusions connues dans un Luberon trop onéreux.

« Nous sommes en 1976, j’ai 20 ans et à cet âge, on se fout un peu que la maison ait ou non des portes ou des fenêtres…. C’est à Ners que j’ai monté le premier studio d’enregistrement du Gard, La Calade, un petit huit pistes qui a bien démarré un an ou deux après. Je me suis passionné pour la prise de son dans le but de m’enregistrer. J’ai commencé par des groupes de la région, le bouche-à-oreille fonctionnait et je faisais des petits concerts.« 

La pochette de l’album (Photo Vincent Bartoli).

Humblement il dira qu’il n’a pas été mauvais. D’autres diront que Philippe leur a sauvé l’album. N’y allons pas par quatre chemins, Philippe Gaillot est une pointure qui sonne sans jamais trébucher. En tant qu’ingé-son, sa réputation, même à l’international, n’est plus à faire. Il entend ce que nul ne comprend, il parle dans un jargon professionnel avec des expressions bien humaines et sensibles. Philippe Gaillot a sa patte.

« Enregistrer une bonne musique qui n’a pas de son, ça ne fonctionne pas. Enregistrer avec de gros moyens n’y change rien. C’est un tout, il faut restituer l’idée première. J’ai la chance de pouvoir dire et nous ne sommes pas nombreux à pouvoir le dire, que je n’ai jamais fait musicalement que ce que j’ai voulu ! » Grâce à ce deuxième métier qui le fait vivre, il a les mains libres et les oreilles attentives sur ses choix. Une chance, une force. D’ailleurs, Philippe n’a fait qu’un bal dans sa vie musicale… Et encore, un flirt ce soir-là et…

Leader dans l’âme, Philippe Gaillot n’est pas un guitariste ni un claviériste d’exception, mais il a son style. Dès les premières notes on peut reconnaître sa patte, il a toujours proposé, avancé avec des projets. Même à ses débuts. Il a toujours su s’entourer pour concrétiser ses envies. C’est même dans son studio de Ners qu’il enregistre son premier disque. En 1981, Avis de passage.

(Photo Vincent Bartoli).

« C’était l’époque où la musique se vendait encore ! Pourtant, celle-ci était quand même assez sombre alors que j’étais heureux de vivre. J’avais convié des musiciens gardois avec lesquels j’ai beaucoup joué après comme Philippe Gareil, Michel Bachevalier… Le temps a passé mais c’était amusant. » Surprise, le Gard recèle des pépites. Et il faut dire que le festival de jazz de Nîmes, alors le plus grand en France, était la figure de proue de l’émulation locale. Aujourd’hui, la culture s’est appauvrie… En 1984, Philippe retourne un an à New York pour y vivre après avoir vendu sa maison de Ners, avec portes et fenêtres s’il-vous-plaît. Là-bas il veut rêver à nouveau. Il emménage chez un ami peintre qui habitait Brooklyn, près du pont. Tous les soirs, Philippe est fourré dans les clubs locaux et se rapproche de Mike Stern qui jouait alors dans le sextet de Jaco Pastorius et qui va lui donner des cours de guitare.

« Mike Stern ne connaissait alors que le piètre guitariste que j’étais… » Il ne connaissait pas ma production musicale mais quand il est venu en France, bien plus tard, Philippe lui remet un disque personnel, celui de son premier album sous son nom, Lady Stroyed, largement salué par la critique. « Il faut que je dise que le disque que je viens de sortir, Cassistanbul, a une première moitié (Be cool, NDLR) sortie il y a quatre ans. Deux titres parmi ceux qui composent chacun de ses deux albums sont encore plus anciens, et ont plus de 20 ans ! » Nous y reviendrons plus tard, continuons l’avancée chronologique de Philippe Gaillot pour tenter de mieux le connaître.

(Photo Anthony Maurin).

En 1985, deuxième album. Une tournée de 14 dates en 16 jours aux quatre coins de la France pour s’achever au théâtre du Splendide à Paris. « Même Sting ne fait pas ça aujourd’hui ! Bon, nous encore moins… ! C’était dense mais ça n’existe plus. Comme des mensuels spécialisés avaient parlé de nous, Guy Labory, l’organisateur du festival de Nîmes, a pensé à nous pour faire la première partie de Ray Charles le 17 juillet 1985 devant 9 000 personnes aux arènes ! À Nîmes à cette époque, la culture avait tout son sens… Il se servait des têtes d’affiche qui assuraient la rentabilité des soirées pour faire découvrir des gens en devenir dont on a fait partie.« 

En 1988, un troisième album nommé Lady Stroyed paraît puis en 1995, Between you and me. Il faudra attendre 2018 pour écouter le premier morceau du premier des deux albums actuellement dans les bacs et sur les plateformes musicales. Cependant, en octobre 2010, Philippe Gaillot remonte sur scène, un peu par hasard et grâce à Stéphane Kochoyan, qui l’écoutant jouer chez lui décide de le programmer. C’est donc à Manduel dans le cadre du Nîmes Jazz Festival que ce show est organisé.

« Je ne voulais pas, je n’avais pas de groupe… Cela faisait 12 ans que je n’étais pas monté sur scène ! Je m’occupais de Soriba Kouyaté (qui décède dix jours avant ce concert nîmois, NDLR) et j’élevais ma fille. Je ne savais pas comment mais il fallait que je sois présent. J’étais heureux d’avoir 18 ans à nouveau, c’est un excellent souvenir ce concert ! Il y avait six titres et j’en ai repris quelques-uns pour mes nouveaux albums. » Quand Be cool (premier des deux albums récemment sortis), Stéphane Kochoyan appelle à nouveau Philippe Gaillot et un autre concert est organisé à Milhaud (2018).

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 38 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page

Adblock détecté

S'il vous plaît envisager de nous soutenir en désactivant votre bloqueur de publicité