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SAUVE Vins bio des Cévennes : après le gel, une baisse significative de la production

(Photo François Desmeures / Objectif Gard)
Une majorité de touristes composait ce samedi matin le public du 2e salon du vin bio des Cévennes à Sauve (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Seize vignerons de l’IGP Cévennes, qui produisent en agriculture biologique, font déguster trois cuvées jusqu’à 20h, ce dimanche soir, à Sauve. L’occasion de se demander comment se présente finalement le millésime 2021, année marquée par la gelée noire.  

La gelée noire, c’est « 30 % de moins », confie Thomas Olivier, du domaine le Sollier à Monoblet. « Mais ça nous a aussi donné des vins plus frais et moins lourd en alcool, au lieu de 13,5° on a plutôt du 13°. » « Il y a clairement une baisse de quantité », confirme Julien Pibarot, du mas des Manhans, toujours à Monoblet. S’il peine encore à jauger ce que sera la réalité de cette baisse, le vigneron pointe aussi le rôle d’une fin de printemps qui fut difficile, « avec de la pluie tous les trois jours ». Mais le résultat est là, « des vins plus légers », des vignes « en avance cette année ». Et des cépages qui ont plus morflé que d’autres : « Le grenache s’est retrouvé clafi. En blanc, la clairette et le vermentino ont bien tenu, parce qu’on est quand même à 250 mètres d’altitude ». Les vins du Mas Seren de Massillargues, dont les vignes sont à Monoblet, subit également une perte de 25 % en quantité. Au domaine Blanc-Senthille, à Villesèque, c’est le mauvais temps « et les problèmes de pourriture » qui pèsent principalement sur le millésime 2021, selon Emmanuel Senthille.

« Sur trois hectares de syrah, je n’ai sorti que douze hectolitres »

« Ce n’est pas uniforme, confirme Dorian Martin, du domaine de la Lèque à Fressac. Mais sur les vins on ne ressent pas une notable différence. » Les vignes du domaine ont pourtant été gelées « à 49 % », confie le jeune homme : « sur trois hectares de syrah, je n’ai sorti que 12 hectolitres ». Si des domaines comme Fortuné, à Souvignargues, ou celui du Chêne, à Castelnau-Valence, n’ont pas du tout été gelés – que ce soit par chance ou « parce que nos parcelles sont protégées par des bois » pour le domaine de Chêne – d’autres ont dû revoir leurs assemblages pour le millésime 2021.

C’est le cas chez LBV – ou Le Breton et Vial – de Blauzac. « On perd 50 % de la récolte, mais jusqu’à 90 % sur la syrah, confie Christophe Vial. Il y a des cuvées qu’on n’a pas sorties cette année : celles à base de syrah, on ne peut pas les faire. Sinon, les équilibres sont là. » Le couple à la tête du domaine a replanté de la vigne en février. « Mais il n’a plu que 50 mm depuis et ça fait deux fois qu’on doit les arroser. » À Saint-Félix-de-Pallières, Ronald van Breemen, du Mazelet, a lui aussi dû s’adapter. « On a été obligés de changer l’assemblage du rosé, un grenache et mourvèdre, mais le grenache avait été trop impacté par la gelée. On a fait un 50 % cinsault et 50 % mourvèdre et le résultat est convaincant, je ne changerai pas. » Mécaniquement, le constat est quand même négatif, « on a perdu pas mal de raisins », regrette Ronald van Breemen. Qui a déjà lancé l’adaptation au réchauffement : « Il y a deux semaines, on a planté du nero d’Avola, un cépage sicilien ».

Hausse autour de 15 % des matières premières

À la perte de production sur le millésime 2021 s’ajoute désormais la forte augmentation des tarifs des matières premières. Pour des vignerons, il s’agit du coût de revient des bouteilles, bouchons ou étiquettes. « C’est un coût de 15 % en plus », relève Emmanuelle du Mas Seren. « Il a fallu augmenter les bouteilles de 50 centimes, confirme Charlotte du domaine Fortuné, même si on a essayé d’anticiper et qu’on s’est entraidés pas mal ». Même hausse chez Julien Pibarot du Mas des Manhans. « J’avais anticipé les achats », se félicite Dorian Martin de Fressac. Pour Thomas Olivier, du Mas Sollier, la hausse s’établit même à 20 %.

Et comme une vie de vigneron n’est jamais reposante, c’est désormais la sécheresse qui inquiète les producteurs. « Il faudrait un peu de pluie dans les deux semaines qui viennent », commente Thomas Olivier. Christophe Vial constate bien plus de fraîcheur dans les vignes grâce au couvert végétal, laissé à terre une fois taillé. « De 2016 à 2018, j’effeuillais encore sur les pieds de syrah. Aujourd’hui non, parce qu’il vaut mieux que les raisins restent à l’ombre. »

François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

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