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FAIT DU SOIR Philippe Heyral : « J’aurais aimé être le fils de Simon Casas »

(Photo Anthony Maurin).
Philippe Heyral et sa fille Romy (Photo Anthony Maurin).

C’est à Nîmes, mais non loin de l’ancienne base aérienne de Garons, qu’est installée la cavalerie Heyral, la plus ancienne dans le monde taurin. Dans un ancien terrain militaire avec plusieurs bunkers qui lui servent aussi de garage, cette cavalerie est spéciale. Véritable institution de la tauromachie puisque centenaire, l’aficion n’en prend pourtant pas suffisamment soin.

Philippe Heyral est le représentant de la troisième génération de la maison éponyme. Porteurs de la chemise rouge dans les corridas, ce sont ses hommes et ses chevaux qui sont impliqués au moment du paseo, du tercio de piques, mais aussi de l’arrastre des toros, autant dire que la cavalerie est omniprésente lors d’une course.

Pourtant, la situation de la cavalerie est délicate et les craintes peuvent être nombreuses même si le professionnel l’est réellement. « C’est un métier qui est difficile. Je crains de ne pas être à la hauteur, je travaille avec des animaux, du vivant, c’est compliqué, s’ils tombent aux arènes, lors d’un tercio de piques… Il y a tant de paramètres. Un cheval qui se gèle en piste, qui n’avance plus, qui ne répond plus aux ordres… On peut faire ce que l’on veut, on ne sait jamais. Un cheval peut couver une maladie qui se déclare plus tard.« 

Le manque de respect

On ne se l’imagine jamais car les picadors sont dans l’ombre des maestros et que la cavalerie est dans l’ombre des picadors, mais durant une corrida il faut douze chevaux et la bagatelle de 25 pour s’en occuper. Vous savez, ce sont ces personnes que l’on voit avec la chemise rouge.

(Photo Anthony Maurin).

Le monde moderne a changé. Philippe a repris la cavalerie de son père et de son grand-père il y a 32 ans : « Mon grand-père a inventé le caparaçon pour protéger les chevaux et aujourd’hui on me manque totalement de respect dans le milieu taurin. Simon Casas a toujours respecté ma famille. J’aurais dû être son fils, j’aurais aimé, dommage. Il a gardé ce respect et il sait ce qui est fait. Ma famille, en 102 ans, n’a jamais failli, même pour les festivals caritatifs, la passion a toujours primé. Aujourd’hui le manque de respect fait mal mais je sais que je n’ai rien à me reprocher. Ce qui me fait mal au cœur, c’est que j’ai toujours eu du respect pour le milieu taurin.« 

Un sentiment amer. Philippe n’est pas bête. Bac philo en poche avec trois langues parlées, études aux Beaux-Arts pour compléter le cursus de ce gars atypique, rien à dire, son profil est pittoresque dans l’univers taurin. Dérange-t-il ? En tout cas, son aficion est encore bien présente malgré les bâtons dans les roues et les moments difficiles. Il a sa liberté : « J’ai encore un petit brin d’aficion, je sais faire mon boulot, je suis bien installé mais c’est une affaire qui ne rapporte plus rien, je suis en déficit alors que je n’ai aucune prétention. Je ne pars pas en vacances, je ne vais pas à l’hôtel, j’aime juste qu’on me foute la paix, je m’organise tout seul et je fais mon boulot.« 

Une période difficile

À bientôt 56 ans, qu’il aura le 16 septembre prochain (date à laquelle seront également célébrés les dix ans du solo de Jose Tomas, NDLR), Philippe Heyral est bien chez lui, en famille, avec les gens qu’il aime, au cœur de ses 13 hectares incroyables. C’est peut-être de là que son salut viendra.

Une remise en piste de la médaille de la ville par le maire (Photo Archives Anthony Maurin).

Deux années de Covid l’ont touché de plein fouet et si la passion n’était plus là, son petit monde se serait arrêté depuis longtemps. « J’ai eu un Covid sévère, j’avais un taux d’oxygène à 86 % avec le rein et le foie touchés… J’ai eu chaud et j’ai encore une douleur au genou gauche… Parfois je me traîne comme une larve« , avoue celui qui dans sa jeunesse était champion d’élevage de lapins nains !

Si aujourd’hui un rêve devait se réaliser pour lui, que choisirait Philippe ? « Développer ma passion, ma collection, faire un musée. Si un mécène veut me faire un cadeau, qu’il pose 100 000 euros sur la table. J’achète des arènes portatives que je mettrais entre deux bunkers… On est sur la commune de Nîmes, ce lieu taurin servirait à tous ! Qu’on m’aide à m’offrir des arènes démontables homologuées avec des gradins et on fera des petits spectacles. Les écoles taurines y viendraient. Que les gens viennent me voir, je n’ai jamais mangé personne mais il est temps de renouveler quelque chose à Nîmes et ça peut passer par Philippe Heyral. J’ai des idées ! Laissez-moi dire ce que je vois depuis trente ans. Il faut prendre les problèmes comme une mauvaise herbe et la déraciner. Il y a des choses simples à arranger, et c’est à tous les niveaux.« 

Vers un rebond ?

Lui qui a l’œil sur le monde, lui qui connaît les coulisses et ce qui s’y joue, lui qui a un autre regard, une vision détachée et avec une certaine hauteur sur la situation, pourquoi ne l’entend-on jamais ?

L’atelier de la cavalerie Heyral (Photo Archives Anthony Maurin).

« Aujourd’hui, ma priorité c’est que je veux être plus respecté que je ne le suis actuellement. Je suis un bon professionnel, un tatillon, quelqu’un qui va au fond des choses, qui les fait avec propreté parfois même avec un petit côté artistique. Mes chevaux sont beaux, mes costumes d’alguazil aussi, les tapis d’arrastre que l’on va sortir à Nîmes sont neufs… j’ai fait quatre ans de Beaux-Arts, ça marque ! Mais je ne me sens pas du tout respecté. J’ai réussi quelque chose qui était improbable. Pendant le Covid, j’ai téléphoné à toutes les cavaleries d’Espagne, elle se sont regroupées. Dans ce groupe où nous échangeons de tout et de rien, il y a les huit cavaleries d’Espagne et une en France sur les deux que compte le pays. Nous sommes tous face à un grave problème. Le Covid a fait vendre les chevaux pour payer la nourriture d’autres. Nous sommes tous en manque de chevaux.« 

Même si les cavaleries parviennent à se dépanner, le dressage est un art qui ne s’acquiert pas dans l’heure. « Mon père disait que pour dresser ses chevaux, il les nourrissait et leur donnait de la poudre de perlimpinpin. » Ça, c’est sur le papier mais dans les faits… Ses chevaux sont toujours au top pourtant : « On ne me félicite jamais, la cavalerie est perçue comme les areneros… »

Tout n’est pas noir dans le tableau actuel. Mais tout n’est pas rose alors les souvenirs taurins, purs, ceux d’un enfant qui marchait dans les traces de son père réapparaissent. Son torero ? « J’ai été fan de Paquirri, un beau type, avec un regard de ouf, il avait une puissance et un pouvoir sur les toros, un truc énorme, il m’a hypnotisé. Jusqu’à 13-14 ans j’étais dans les gradins, mon père ne voulait pas de gamin dans ses pattes et il avait raison. Pour faire une corrida, tu dois être concentré, surveiller les chevaux et les gars qui t’entourent, les picadors, bref, il ne faut rien perdre de vue. Je le comprenais avant, Romy ne le comprend pas encore… » Romy est la quatrième génération. Âgée de huit ans, elle a une passion, les animaux et forcément les chevaux ! Mais elle adore les lapins… « Ils sont trop chou avec leurs petites moustaches ! »

Un petit dessin fait par Romy (Photo Anthony Maurin).

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 38 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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