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ALÈS Olivier Lataste, directeur du Cratère : « Que toutes les générations puissent profiter des propositions du Cratère »

Le directeur du Cratère, Olivier Lataste, lors de la présentation de saison aux partenaires, le 7 juin (photo François Desmeures / Objectif Gard)
Olivier Lataste est l’auteur de la programmation de cette saison 2022-2023 du Cratère (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Nommé au cours de la saison dernière, le directeur du théâtre le Cratère s’apprête à vivre un début d’été très actif, avant une saison 2022-2023 riche en nouveautés, dont il est grandement responsable. Entretien. 

Objectif Gard : La saison actuelle s’achève par le festival Passeurs de livres, qui sera inauguré le 24 juin et auquel le Cratère participe, et surtout par Cratère Surfaces, du 7 au 9 juillet. N’avez-vous pas eu l’angoisse, dans la construction du festival, de ne pas pouvoir, une nouvelle fois, proposer une édition complète ?

Olivier Lataste : Très vite, on a vu, en début d’année, que le virus en plein air n’était pas dangereux. Donc, même s’il y avait un regain d’épidémie, les événements, qui ne sont pas dans des lieux clos, seraient joués. D’où l’idée de grands formats comme le Cristal Palace, de la compagnie Transe Express, La Tangente du bras tendu, et même Wonder Petrol. On pouvait retrouver du rassemblement et du vivre ensemble. On l’a vu à la feria, que ce soit à Alès ou Nîmes, il y avait une envie de se retrouver, de faire la fête. D’où une édition participative, avec le pique-nique géant, trois spectacles qui impliquent des amateurs… Il faut que les arts de la rue reprennent leurs droits après deux ans d’abstinence.

D’avoir choisi de faire coïncider le festival avec le début des vacances, ne craignez-vous pas que le public local soit moins nombreux ?

J’en attends plutôt un double effet : peut-être des gens seront partis en vacances, d’autres pas encore. Et ils seront libérés des examens, de la fin de l’école pour les petits. Et puis, on veut voir si on arrive à attirer des gens du sud de l’Occitanie, de la Paca, voire d’un peu plus loin.

Spontanément, qu’est-ce que le directeur a envie de voir au cours de cette 23e édition ?

J’irais en premier lieu voir les créations. Ce qui me tient à coeur, c’est le fait qu’on les lance. J’ai associé quatre compagnies, plutôt théâtre et danse, au Cratère, pour les deux saisons à venir ; et quatre compagnies espace public pour marquer, justement, le fait qu’on est dans le sud, qu’on peut jouer en plein air. Donc Lands, le spectacle du jeudi 7, à 19h30 devant le Cratère, va ouvrir le festival. Un événement participatif, qui traite de l’environnement durable et utilise des pieds de glace faits par les habitants. On a la création du Coréen Juyung Lee, qui était déjà venu à Cratère surfaces et produit des spectacles très sensibles et très poétiques : ce sera Dans La mesure du possible, sur la place Gabriel-Péri. Ou encore I’m not Giselle Carter, qui vient de faire la première, à Toulouse, et sera présenté ici avant les festivals d’Aurillac et de Châlon, deux rendez-vous emblématiques de France. Et puis, les deux gros coups de coeur sont la magie que peut apporter le Cristal Palace de la compagnie Transe express, un spectacle total qui touche à la musique, au cirque et au théâtre, avec un flashmob du public. Et l’événement, en journée du samedi, au Pont du Gard avec le spectacle de Nathan Paulin. Pour que tous les projecteurs se tournent vers Cratère surfaces.

« Beaucoup plus de spectacles pour la jeunesse »

Pour la saison régulière 2022-2023, pour laquelle les abonnements ont commencé le 18 juin, quelles sont les nouveautés marquantes ?

En matière de spectacle, on en propose beaucoup plus pour la jeunesse, notamment en musiques actuelles – on recevra 300 personnes debout dans la Salle d’à côté, c’est une nouveauté, qu’on a appelé Cratère club, autour du rap (à l’occasion de la semaine internationale du hip hop, pendant les vacances d’automne, avec l’association All Style, NDLR). On s’est dit que les deux autres concerts de l’année seraient programmés plus tard, en dénichant des artistes montants qui seront annoncés en décembre ou janvier. L’autre nouveauté, ce sont 22 propositions 100 % famille, où les gens peuvent, les yeux fermés, venir avec leurs enfants. Et puis, au-delà de la musique, c’est aussi, sur l’esthétique de la danse, des endroits de frottement entre hip hop et la danse contemporaine – qu’on a vu l’an dernier avec le succès de Vertical, de Mourad Merzouki.

Le but est de rajeunir le public ?

Que toutes les générations puissent profiter des propositions du Cratère. Aujourd’hui, on a une moyenne d’âge autour de 60 ans et plus. Le but, c’est que les trentenaires, quarantenaires, qui parfois n’ont pas le temps avec les enfants, puissent trouver des propositions artistiques, ciblées financièrement pour que les familles aient les moyens de venir. D’où la création d’un tarif pour les moins de 18 ans ; d’un système qui permet à chaque adulte, qui vient avec un enfant, d’avoir un tarif encore plus réduit. Du coup, on a révolutionné la formule d’abonnement au théâtre, en créant une carte de réduction, qui s’obtient en s’engageant sur trois spectacles et donne une réduction dès le premier.

Cette année, ce sont les 30 ans du label Scène nationale. Qu’est ce que ça a changé pour les théâtres et est-ce que le label a une influence sur la programmation ?

Pas vraiment. Ce qu’on affirme, c’est la pluridisciplinarité, qui était la marque de fabrique des scènes nationales lors de la création du label en 1991. L’ensemble des scènes nationales a ce point commun, un éventail très large de propositions.

« Métissage des disciplines, croisement des esthétiques »

Vous avez souhaité instaurer des partenariats, comme avec la médiathèque par exemple. Est-ce, aussi, dans le but d’aller chercher un nouveau public ?

L’intérêt c’est, déjà, que la culture circule. Et qu’il y ait des liens parce que notre marque de fabrique, c’est le métissage des disciplines, le croisement des esthétiques. Et ça ne peut fonctionner qu’en s’appuyant sur la lecture avec la médiathèque, sur la musique avec le Conservatoire, le cirque avec la Verrerie, etc. Toutes ces richesses avec les partenaires permettent le croisement de ces disciplines et de ne pas enfermer, encore, le Cratère uniquement dans le théâtre.

La programmation de cette prochaine saison, vous en êtes intégralement l’auteur ou vous avez dû faire avec des promesses précédentes ?

Un seul spectacle est issu de Denis Lafaurie, c’est Haroun, l’humoriste, parce que c’est un report. Quand je suis arrivé en octobre, je me suis chargé de Temps d’artiste au lycée, Cratère Surfaces et toute la prochaine saison.

Quel était le spectacle que vous aviez le plus envie de présenter à Alès ?

Une fois que j’ai su que j’étais retenu, en mai 2021, j’avais envie que La Mouette, mis en scène par Cyril Teste, soit présent ; Corps extrêmes, de Rachid Ouramdane, c’était une évidence ; on avait aussi Robins, de la compagnie du Grand Cerf bleu. En fait, dès que j’ai constitué ma candidature, je me suis associé avec huit compagnies. Puis, après octobre, je suis allé à Chaillot voire Imperfecto, par exemple.

Certains spectacles ont été plus difficiles que d’autres à avoir ? 

Féminines, de Pauline Bureau, parce qu’avant même d’avoir le Molière, il était très connu. Drôle de genre, j’ai trouvé la date juste à temps, parce que le spectacle s’arrêtera en mars. Ibrahim Maalouf, aussi, ce n’est pas facile à aller dégoter.

« La difficulté majeure, le prix de l’essence à 2 € »

Après des années de pandémie, de menaces sur le statut d’intermittent et d’absence lors des campagnes électorales, comment va la culture, en France, selon vous ?

L’inquiétude – et ça on y verra vraiment clair cet été avec les festivals, et à la rentrée – c’est qu’à force que la culture soit peu soutenue – je pense aussi aux libraires qui étaient considérés comme commerces non-essentiels alors qu’on ne voyait pas quelle difficulté ça posait d’acheter des livres sans entrer dans le magasin – elle est un peu passée après. Cela crée des séquelles parce que les gens qui avaient des habitudes de sortie les ont perdues et ça ne redémarre pas aussi facilement.

C’est une surprise pour vous ?

Ça nous dépasse parce qu’il y a aussi de nouveaux flux d’information, des gens qui ne s’étaient pas mis aux séries avant et qui s’y sont mis, et ne vont plus au cinéma. Donc, il y a quand même un chamboulement. Après, je pense aussi que Culture Box permet à des gens, qui découvrent des spectacles de danse sur la chaîne, de leur donner envie de sortir au théâtre. Je pense que dans les métropoles, la dynamique étudiante fait qu’il y aura moins de baisse. Dans les secteurs ruraux comme ici, la difficulté majeure, c’est le prix de l’essence à 2 €. Les gens réfléchissent avant de circuler.

Propos recueillis par François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

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