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INTERVIEW (LONG FORMAT) Stéphane Saurat (OAC), à cœur ouvert

Pendant plus d'une heure, Stéphane Saurat s'est livré sans fard pour Objectif Gard. (Photo Corentin Migoule)
Pendant plus d’une heure, Stéphane Saurat s’est livré sans fard pour Objectif Gard. (Photo Corentin Migoule)

Pour sa quatrième saison à la tête de l’équipe première de l’OAC – la deuxième seulement à aller à son terme -, Stéphane Saurat, 52 ans, a atteint l’objectif fixé par ses dirigeants. À peine le temps de savourer la montée en National 2, et voilà le technicien cévenol à la tâche pour refonder un effectif compétitif en vue de jouer les troubles fêtes. Profitant de cette accalmie footballistique toute relative, l’entraîneur alésien s’est livré sans ambages pour Objectif Gard à la faveur d’un échange de près d’une heure à bâtons rompus qui s’est déroulé sur le banc qui jouxte la pelouse de Pibarot. Celui qu’il occupe à chaque match à domicile de l’OAC. Comme un symbole. Interview

Objectif Gard : Sur le plan émotionnel, comment avez-vous vécu la saison écoulée ? Avez-vous parfois douté de ne pas atteindre votre objectif (la montée en N2) ?

Stéphane Saurat : Ce n’est jamais facile quand il y a un objectif très ambitieux annoncé en début de saison. Certains diront que ça met la pression, d’autres diront que ça met chacun devant ses responsabilités. Mais on nous avait donné les moyens d’y arriver. Le recrutement a été intelligent. Chaque joueur a entendu et accepté cette ambition. Tout était en phase pour avancer. Parfois ça ne suffit pas à atteindre l’objectif. Les choses avaient été dites, ensuite il a fallu les réaliser. Je crois que sur la saison on ne s’est jamais enflammé. Et en même temps je n’ai jamais vraiment eu peur. J’ai toujours senti les garçons focus sur cet objectif là. Je crois que les gens ne se rendent pas compte mais ça demande beaucoup de travail.

Vous évoquez le fait de ne pas vous être « enflammés ». Il y a trois ans, à l’occasion de votre première saison ici, après avoir compté 10 points d’avance sur la réserve de Montpellier à la trêve, l’OAC s’est écroulé pour finir à un tout petit point du leader. Quel a été l’impact de cet épisode traumatisant sur la gestion de la saison dernière ?

On s’en est servi. Déjà en matière de communication avec les joueurs. On leur a donné cet exemple pas tellement éloigné qu’on avait vécu. Mais en interne, avec Kiki (le surnom de Christophe Vialet, entraîneur adjoint, Ndlr), on savait qu’on n’était pas du tout dans la même situation. À l’époque, le club était beaucoup moins bien organisé et préparé pour vivre une aventure comme ça. Je le rappelle, quand j’arrive au club, l’équipe visait simplement le maintien. 12 joueurs venaient de partir. On a recruté des garçons que je connaissais de Mende. On a fait des « coups » avec Aziz Mankour qu’on est allé chercher en R1 et qui a sans doute été le joueur le plus performant de la première partie de saison. Je pense aussi à Yannis Gharbi. Donc on a commencé cette saison avec une certaine appréhension de savoir si on allait arriver à se maintenir. Et puis au final on commence avec sept victoires consécutives. Ça nous a mis dans une situation qu’on n’avait pas prévue. Mais on s’est très vite rendu compte en deuxième partie de saison qu’on avait du mal à gagner nos matches et à avoir de l’emprise sur nos adversaires. Le deuxième point, c’est qu’on est tombé sur la réserve du Montpellier Hérault et sa pléiade de joueurs professionnels. Donc les deux saisons ne sont pas vraiment comparables.

L’OAC depuis l’arrivée de Stéphane Saurat, c’est 99 matches officiels disputés, 62% de victoires, 15% de nuls et 23% de défaites, pour 199 buts marqués et 104 encaissés. Est-ce un bilan que vous revendiquez ? Une fierté ?

C’est un bilan qui fait plaisir. Ça correspond à deux matches sur trois de gagnés. Ce sont des stats pour jouer le haut du tableau. Mais je sais aussi que ce n’est pas un bilan personnel. Ces choses-là on ne les fait jamais tout seul. Je suis dans un club qui petit à petit retrouve une ambition qui me correspond assez bien. Et je sais aussi que j’ai pu être entouré d’un staff et de joueurs avec lesquels j’ai été en phase. Donc c’est plutôt un bilan collectif.

Malgré tout, avez-vous la sensation qu’en termes de « pression », c’est plus difficile d’entraîner à l’OAC qu’ailleurs ?

Je dis souvent à mes joueurs que j’ai horreur de la médiocrité. Donc le fait d’être dans une structure ambitieuse et qui essaie chaque saison d’avoir les moyens de répondre à ses ambitions, ça me plaît ! Ça ne nous affaiblit pas, au contraire, ça rend plus fort et plus exigeant.

Comme un symbole, Stéphane Saurat a choisi le banc qu’il occupe à chaque match à domicile de l’OAC pour l’interview. (Photo Corentin Migoule)

Cette saison, malgré la nette avance dont vous disposiez au classement, parfois, après les rares défaites, on vous a vu réagir de manière virulente en ne mâchant pas vos mots à l’égard de vos joueurs. Ce fut le cas après la gifle à Agde notamment qui témoigne sans doute d’une haine de la défaite. Regrettez-vous ces réactions à chaud ou sont-elles maîtrisées ? 

Est-ce que je le regrette ? Non ! Même si pour vous ça peut paraître violent (rires). Je peux vous dire que deux jours après, les joueurs sont venus me voir en me disant que sur le fond, j’avais raison. Pour le reste, si on entraîne une équipe et qu’on n’accepte pas la défaite, alors il ne faut pas entraîner. Parce que la défaite fait partie de notre quotidien. Même s’il faut la haïr, la repousser, elle existe ! Donc il n’y a pas de souci, j’ai intégré ça. Ce que je n’accepte pas en revanche, c’est que sur chaque situation, on ne se mette pas en conditions pour gagner les matches. Cette forme de suffisance, cette pseudo-supériorité avec laquelle on a parfois abordé nos rencontres, j’en ai horreur ! Ma sortie à Agde, ce n’est pas dû au fait qu’on a été fébrile comme le tennisman qui a le bras qui tremble au moment de conclure sa balle de match. Ce n’était pas ça ! C’était que les garçons dans leur esprit étaient certains qu’on était déjà monté et que ce n’était pas forcément la peine de le valider à Agde car ça finirait pas arriver. On a manqué de fierté, d’orgueil et encore plus de respect vis-à-vis de nos supporters qui avaient fait une, deux voire trois heures de route pour nous encourager. Au niveau auquel on évolue, la plupart des joueurs ont la chance de ne faire que du football. Ça veut donc dire que c’est un métier et on se doit de respecter son métier. Ça ne veut pas dire qu’on doit tout le temps gagner, mais par contre on doit tout mettre en place pour essayer de gagner le match. Ce que je peux vous dire, c’est que les 15 jours qui ont suivi le match d’Agde avant le match contre Toulouse ne se sont pas passés de la même façon que d’habitude. Et le jour du match contre Toulouse (celui de la montée, Ndlr), j’ai senti une équipe avec beaucoup plus de détermination et d’envie.

Achevée avec 14 points d’avance, la saison dernière a été exceptionnelle. Cependant dans le jeu, on s’est parfois ennuyé à Pibarot. Dans nos colonnes, on l’a souligné à plusieurs reprises. Sur les réseaux sociaux, les supporters aussi. Avez-vous souffert de ces critiques ?

Je trouve que lorsqu’on compare les résultats de l’équipe sur les dix dernières années, c’est plutôt pas mal ce qu’on a fait. Y compris dans le jeu. J’ai eu l’impression par moments que certains ne comprenaient pas pourquoi on ne gagnait pas nos matches 4-0 ou 5-0. Ça c’est juste à Playstation qu’on peut le faire. J’ai trouvé que de l’extérieur, les résultats et le classement ne suffisaient pas au bonheur de ceux qui suivent l’OAC. J’entends et je suis moi-même très exigeant avec les joueurs. Mais parfois vous avez poussé le bouchon un peu loin en voulant à la fois des résultats et des contenus de matches au top, ce qui n’a, je le reconnais, pas toujours été le cas. Ce qu’il faut reconnaître à cette équipe, c’est sa régularité. Et surtout, après chaque accroc, il y a eu une réaction.

Cela signifie qu’à ce niveau, le réalisme doit prévaloir sur l’esthétisme ? Les deux sont-ils incompatibles ?

C’est très difficile en N3 de gagner tous les matches en ayant un maximum de possession. Dans ce championnat, avoir la possession ne te garantit pas de gagner les matches. Je prends l’exemple de la réserve de Toulouse qui, depuis plusieurs saisons, est certainement l’équipe qui produit le meilleur football. J’ai discuté avec le coach de Toulouse et il m’a dit qu’il avait dû changer sa philosophie de jeu car il en a eu marre de se faire « gifler » en se faisant prendre en contre. On a donc essayé de trouver un équilibre entre un football de possession et de transition qui permet de faire mal à l’adversaire après la récupération du ballon. Qui plus est face à des adversaires qui nous ont proposé des blocs bas avec très peu d’espaces. Il a fallu faire comprendre ça aux joueurs pour sécuriser notre jeu. On m’impute un style de jeu défensif alors que je joue avec deux milieux récupérateurs et que dans les deux il y a Jérémy Balmy qui est un créateur et a tendance à jouer vers l’avant et à prendre des risques.

En National 2, à quel type de championnat vous-attendez vous ? Des matches plus ouverts ?

Il y a plusieurs choses qui vont changer. Déjà on ne sera plus regardé comme le favori de la poule mais comme un promu. On va devoir être en capacité de plus subir à certains moments du match, mais ça veut aussi dire qu’on aura plus d’espaces lorsqu’on va récupérer le ballon. Je pense que les scénarios des matches seront différents.

Qu’on ne nous dise pas qu’on ne croit pas aux jeunes »

Neuf joueurs ont quitté le club à l’intersaison. Quels ont été les critères qui ont pesé dans la balance au moment de faire votre choix ?

Les critères sont avant tout sportifs. Je ne vais pas parler des comportements car j’ai eu un groupe avec lequel ça a été très agréable de fonctionner toute la saison. Si je peux leur reprocher quelque chose, c’est d’avoir manqué un peu de caractère. Mais les critères n’ont pas été que sportifs. Je crois que quand on monte, l’erreur à ne pas commettre c’est de vouloir trop chambouler le groupe. On avait donc tablé entre 60 et 80% de conservation de l’effectif de la saison dernière. Mais on s’est vite rendu compte que sur le plan financier, ça serait difficile de garder 80% du groupe en allant chercher les cinq joueurs d’un niveau N2 que nous avions ciblés. On s’est donc plutôt dirigé vers les 60%.

Avez-vous les pleins pouvoirs sur le plan sportif ?

Oui dans le sens où on m’écoute. On ne m’a jamais imposé une recrue. Jamais ! On ne m’a jamais non plus imposé de garder tel ou tel garçon. Mais de là à dire que je peux choisir qui je veux, non, ça ne se passe pas comme ça. Il y a des critères croisés entre l’aspect sportif et l’aspect budgétaire. Je dois forcément en tenir compte. Il faut alors faire des choix, des choix compliqués. C’est vrai que ce sont souvent des jeunes joueurs qui n’ont pas été conservés. Mais je voudrais rappeler que parmi eux, les deux défenseurs centraux que sont Laley Fofana et Enzo Fontanelli, en début de saison dernière, j’ai fait le choix de les garder au détriment de deux autres joueurs (Boubacar Faye et Valentin Revoy, Ndlr) qui avaient l’expérience du N2. Personne n’a souligné ça ! Qu’on nous dise pas qu’on croit pas aux jeunes. Laley on est allé le chercher à Castelnau-le-Crès chez les moins de 19 ans. Enzo on l’a pris à la réserve du Nîmes Olympique alors qu’il n’avait fait qu’un match en N3 dans toute la saison. Un match ! Et pourtant ça a été un choix fort. Je pense que ces deux joueurs ont beaucoup de qualité, mais j’étais dans l’attente qu’ils avancent un peu plus vite dans leur progression. Avec mon staff, nous n’avons pas la prétention d’être certains des choix qu’on va faire, mais on est obligé de les faire, même si c’est très difficile.

Parmi les joueurs non-conservés, certains n’ont pas apprécié la méthode, expliquant avoir appris la nouvelle par un simple SMS de votre part. Pourquoi ce choix ?

Depuis que je suis au club, les trois premières années, avec Kiki on avait pris l’habitude de recevoir tous les joueurs individuellement pour dresser un bilan sportif. Parfois on leur disait qu’ils n’étaient pas conservés, mais pas toujours. Ensuite, ils passaient un deuxième entretien avec leurs employeurs, à savoir le manager général et le directeur sportif. Cette année, avec un championnat qui s’est terminé très tard, nous avons décidé de ne pas faire ce premier bilan sportif avec chaque joueur. Tous les joueurs ont donc été reçus par Philippe Mallaroni et Jean-Marie Pasqualetti. Depuis que je suis au club, je n’ai jamais été associé à ce type de rendez-vous où ça parle argent et contrat. Ce n’est pas que je me défile ! Dans un deuxième temps, j’ai envoyé un long SMS personnalisé à chacun, même si ça ne remplace certainement pas une discussion en face à face. Je sais aussi par expérience que ça n’aurait pas suffi. Car je comprends la déception des joueurs. Ce n’est pas un moment facile. Mais vous n’arriverez pas à me citer un club dans le monde qui monte et garde 100% de son effectif, ça n’existe pas !

Après quatre saisons, le préparateur physique Lionel Rochette a été contraint de stopper son aventure avec l’OAC. Pour quel(s) motif(s) ?

Je veux commencer par le remercier. Lionel est quelqu’un de compétent, d’extrêmement exigeant. Il faut comprendre son caractère pour fonctionner avec lui. Mais il était le symbole de cette exigence que je revendique. Il maîtrise son domaine qu’est la préparation athlétique. Quant à son départ, Lionel savait que ça n’allait pas pouvoir continuer. Car tous ceux qui sont salariés de la Fédération française de football comme lui ne peuvent pas avoir une licence ou une fonction officielle dans un club. Même s’il n’avait pas de licence, tout le monde savait ce qu’il faisait chez nous. On était dans une forme d’illégalité. Lionel a donc été rappelé à ses obligations par sa hiérarchie qui lui a clairement fait comprendre qu’il fallait stopper ça. C’est la mort dans l’âme que cette collaboration s’arrête. D’ailleurs je trouve ça dommage que des encadrants/moniteurs de la Fédération ne puissent pas continuer à pratiquer avec un club. Car ça les sort de la réalité du terrain. La réalité, c’est ce qu’il a vécu pendant quatre ans au quotidien avec un groupe. En le vivant, tu es beaucoup plus à même de le retranscrire à tes stagiaires.

J’ai aucun mal à me projeter sur le moyen ou le long terme avec l’OAC »

Cette saison, les entraînements de l’OAC auront lieu tous les jours, le matin. Quelles sont les conséquences sur votre activité professionnelle de responsable du service urbanisme à la mairie de Saint-Christol-lez-Alès ?

Je vais être très clair. L’OAC m’a proposé d’être à temps plein au club. Après réflexion, nous avons privilégié le fait de garder quand même un contact avec mon métier. Ça aurait été un crève-cœur de choisir entre les deux. On est arrivé à un compromis qui fait que je vais basculer sur un temps partiel, ce qui me permettra d’être au stade tous les matins. Pour ça, je remercie vraiment le maire, Jean-Charles Bénézet, d’avoir compris ma situation et de me permettre de poursuivre mes deux passions.

Lors d’une récente conférence de presse, vous disiez vouloir aller plus haut avec l’OAC. Quelle est votre ambition personnelle ? S’agit-il d’accéder au monde professionnel ?

Je ne me fixe pas de limites. C’est là où je suis en décalage avec beaucoup d’entraîneurs. Moi j’aime bien juxtaposer mes intérêts personnels avec ceux du club. Et je me vois grandir avec ce club-là. Je me sens très très proche de Jean-Marie Pasqualetti. J’ai aucun mal à me projeter sur le moyen ou le long terme avec l’OAC, tout en ayant au-dessus de la tête cette fragilité qu’un poste d’entraîneur revêt.

Quels sont à ce titre vos axes de progression ?

Je ne me sens pas en difficulté sur un point précis, ni au top sur un autre. Aujourd’hui, la notion de management a pris une place très importante dans le football moderne. Les nouvelles générations étant ce qu’elles sont, je trouve que le football devient de plus en plus individualisé et il faut ramener à chacun cette notion de sport collectif. Ça c’est le rôle du coach, c’est un travail de tous les jours. On voit arriver des jeunes joueurs sans expérience qui sont malgré tout très pressés, impatients. C’est à nous de leur faire comprendre qu’il y a une progression à respecter. Je crois qu’il faut aussi savoir bien s’entourer.

Enfin, pour mieux vous connaître en tant que coach, quelles sont vos influences dans le monde du football ?

Je vais pas être très original mais j’aime ce que fait Jurgen Klopp avec Liverpool. J’ai adoré ce qu’a fait Barcelone pendant des années, même si la possession a fini par montrer ses limites. Pour moi, celui qui incarne le football, et j’ai eu la chance de le rencontrer, c’est Iniesta. Il savait tout faire dans le football. C’était un buteur, un passeur, quelqu’un qui avait une analyse de ce qui se passait sur le terrain très au-dessus de la moyenne. Mais je n’ai pas qu’une inspiration. J’ai horreur quand le symbole du football devient individuel.

Propos recueillis par Corentin Migoule

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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