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FAIT DU SOIR 20 ans des Électros d’Uzès : « La magie a opéré dès le début »

Les Électros d'Uzès sont de retour ce vendredi 5 et samedi 6 août. (Photo DR)
Pascal Maurin, programmateur des Électros d’Uzès, du festival Kolorz à Carpentras, de Tohu Bohu à Montpellier, entre autres. (Photo DR)

Après deux années de pause forcée, le festival qui fête ses 20 ans revient demain, vendredi, et ce samedi soir, sur la promenade des Marronniers, à Uzès. À la tête de la programmation depuis deux décennies, Pascal Maurin, le roi de l’électro du sud de la France, revient sur la génèse d’un évènement jadis novateur, intimement lié à la traditionnelle fête votive. Celui qui est aussi le fondateur du festival Kolorz, à Carpentras, par ailleurs programmateur de Tohu Bohu à Montpellier, dévoile la recette de la longévité, mêlant jeunes talents locaux et artistes confirmés, entre autres. Interview.

Objectif Gard : Quelle était la vocation initiale de ce festival qui fête ses 20 ans et dont vous êtes le programmateur ?

Pascal Maurin : Le festival est né en 2001. Moi je suis arrivé en 2003. L’idée de départ, c’était de redonner envie aux jeunes d’Uzès et des alentours de revenir à la fête foraine. Car la fête votive était alors en désuétude. Le comité des fêtes de l’époque s’était rassemblé en se demandant ce qu’il pourrait faire pour essayer de rajeunir, de dépoussiérer la fête votive. Ils ont eu l’idée de créer ce festival, avec le soutien du maire, Jean-Luc Chapon. C’est l’un des plus vieux festival du genre encore en activité. Je pense que le festival est consubstantiel à la ville d’Uzès. Aujourd’hui, il fait presque partie des murs. Uzès, c’est la tour Fenestrelle, la Place aux Herbes et les Électros (rires). Je caricature un peu, mais dans l’esprit de toute une génération, celle âgée de 20 à 40 ans, la ville d’Uzès c’est avant tout les Électros. C’est ce qui rattache les gens de Montpellier, d’Avignon ou de Montélimar à la ville d’Uzès. Beaucoup d’uzétiens d’origine qui sont partis choisissent la date de leurs vacances d’été en fonction des Électros pour revenir à ce moment-là. Je pense vraiment que le festival fait partie du patrimoine culturel de la ville.

Comment expliquez-vous cette longévité ?

Avant tout grâce à l’adhésion du public. Incontestablement aussi grâce au soutien de la municipalité. Aujourd’hui, soutenir un festival de musique électronique dans sa commune n’a rien d’extraordinaire. Mais en 2001, rares étaient les maires et les conseils municipaux qui soutenaient la musique électro. C’était l’époque des free party, un courant qui avait mauvaise presse. Il fallait donc un certain courage politique et une vraie vision pour accepter le défi, en identifiant que ce n’était pas juste un phénomène de mode réunissant des jeunes qui prennent de la drogue. Depuis, les élus n’ont pas lâché l’évènement. Depuis 20 ans, le festival a réuni les principaux artistes internationaux de la scène électro. De Laurent Garnier à Nina Kraviz en passant par Fritz Kalkbrenner et Kavinsky. Bref, la plupart des stars de la discipline sont passées à Uzès à un moment donné. Souvent au début de leur carrière. Par conséquent, ça a donné une image de marque à ce festival qui est complètement atypique.

En quoi est-il si différent des autres ?

Il ne ressemble à aucun autre. Pour y accéder, il faut traverser la fête votive, en passant devant le stand de barbe à papa, les autos-tamponneuses et le tir au pigeon, avant d’arriver devant une scène un peu improbable. Tout ça est érigé de manière un peu artisanale, dans le sens où on n’a pas de très gros moyens. C’est plutôt convivial, avec un décorum original et des artistes très proches du public. Les artistes adorent, le public aussi. Donc la magie a opéré dès le début. Je me souviens des repas du lendemain avec des artistes allemands ou américains qui regardaient passer les taureaux dans la rue. Ce sont des artistes qui font le tour du monde et pour eux, c’était un spectacle assez hallucinant.

Avec ces deux ans de pause forcée, la crainte que le festival ne s’en remette pas a-t-elle existé ?

Certains festivals ont redémarré l’an dernier. Par prudence, en 2021, parce que ce n’était pas facile à l’époque de relancer des évènements de ce type avec un public festif debout, on avait fait le choix de ne pas le faire. Mais on n’a jamais vraiment douté. Je pense qu’on a bien fait d’attendre.

Ce festival a participé à l’éclosion d’une scène uzétienne »

Vous ne semblez pas souffrir de l’inflation en proposant toujours des tarifs plus qu’honnêtes. Comment y parvenez-vous sans altérer la qualité de la programmation ?

C’est vrai qu’on a des tarifs très bas. Depuis 20 ans, on est quasiment à tarifs constants, alors que pour les festivals aux alentours il faut débourser 40 ou 50 euros. D’ailleurs ils ont beaucoup de mal à faire le plein. En maintenant des tarifs à 12 euros, on est imbattable avec de telles programmations. On y parvient grâce à l’aide financière du comité des fêtes. Grâce aux entrées, on arrive quasiment à l’équilibre.

Quelle est la fréquentation maximale de l’évènement et pensez-vous l’atteindre cette année ?

3 000 personnes par soirée. Samedi on n’en sera pas loin au vu de l’engouement. On vend beaucoup de places ces derniers jours. Je conseille d’ailleurs à vos lecteurs intéressés d’acheter leur(s) place(s) en pré-vente car je ne suis pas sûr qu’il en restera le Jour J. On a un vrai « effet Vitalic » qui booste l’évènement. La donne est différente pour le vendredi. On en vendra sans doute un peu moins.

Quelle est l’orientation de votre programmation qui, une fois de plus, semble être un alliage entre jeunes DJ’s en devenir et artistes confirmés ?

L’idée, c’est d’abord de programmer des noms qui attirent le public comme Vitalic. On a aussi fait le choix de programmer Jennifer Cardini qui est déjà venue plusieurs fois et qu’on adore. François X, on voulait le faire venir depuis longtemps. J’insiste aussi sur le fait qu’on s’efforce de faire venir des artistes locaux. Cette année il y en a deux originaires d’Uzès qui assureront les premières parties : Paul Roux et Luigi Caligo. En fait, je crois que ce festival a aussi fait naître, ou en tout cas participé à l’éclosion d’une scène uzétienne, composée de beaucoup de jeunes talents, DJ’s ou producteurs, qui sont aujourd’hui des artistes confirmés ou des artistes amateurs produisant de la musique électronique intéressante. Ces jeunes sont certainement venus aux Électros d’Uzès et ça les a influencés dans leur processus créatif, j’en suis persuadé.

Le festival a-t-il des détracteurs ?

Il y en a toujours un peu, mais de moins en moins. C’est sûr qu’il y a toujours un peu de bruit jusqu’à trois heures du matin, mais c’est raisonnable. D’autant qu’on a des systèmes qui envoient le son plutôt vers la vallée pour limiter les nuisances sonores.

Enfin, avez-vous des projets pour faire évoluer l’évènement ?

Dans les cartons, on a l’idée d’une version hivernale délocalisée à l’Ombrière. Il y a toujours moyen de faire évoluer le festival. Mais on se concentre d’abord sur cette édition qui s’annonce belle !

Propos recueillis par Corentin Migoule

Infos et réservations sur le site de l’évènement.

 

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