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Publié il y a 3 ans - Mise à jour le 29.05.2019 - corentin-corger - 4 min  - vu 470 fois

FAIT DU JOUR L'USAM en Europe : les souvenirs de Courbier et Martinet

Ambiances, déplacements, faits de match... l'ancien joueur et entraîneur partagent leurs anecdotes.
Pendant 1h30, les anciens Usamistes ont évoqué leurs souvenirs et notamment en Yougoslavie Photo Anthony Maurin)

À gauche, Jean-Paul Martinet et Philippe Courbier étrennant un ancien maillot de l'USAM au gymnase Pablo-Neruda (Photo Anthony Maurin)

Philippe Courbier était joueur et Jean-Paul Martinet entraîneur. Tous deux ont vécu les grandes soirées européennes de l’USAM. Aujourd’hui ils se souviennent des salles chaudes, des arbitrages douteux et des voyages mouvementés. Rencontre.

Objectif Gard : L’USAM a joué en coupe d’Europe à Pablo-Neruda, dans les arènes de Nîmes, à Castelnau-le-Lez et au Parnasse. Quelle salle était la plus chaude ?

Philippe Courbier : Sans hésitation, Pablo-Neruda. Personne ne voulait venir nous y affronter. C’était l’enfer. Quand le public criait, le sol tremblait. Nous étions transcendés et nous perdions un peu tête. On ne voulait pas quitter cette salle.

Jean-Paul Martinet : L’acoustique est importante à Pablo-Neruda. Il y avait du monde dans les escaliers et le long des murs. C’étaient les fondus de hand qui venaient nous soutenir. En ce qui concerne les arènes de Nîmes, quand tu es en bas, c’est impressionnant. En même temps, le match était diffusé sur grand écran, à Pablo-Neruda, qui était plein.

Gardez-vous le souvenir de déplacements mouvementés ?

JPM : Pour aller à Imola (Italie), nous avions pris un bus du XIXe siècle (rires). Il n’avait pas dû coûter bien cher. Je voulais absolument qu’il y ait une télévision à l’intérieur. Nous avons fini par faire sauter quelques sièges et installer une télé de fortune qui tenait avec des sangles et qui était alimentée par des batteries.

PC : Je me souviens de ce voyage en Italie, mais je me rappelle aussi Presov, nous étions partis sur les bords d’un lac en Hongrie. Nous avions rejoint la Slovaquie dans un bus dont les pots d’échappements remontaient à l’intérieur. Au bout de 200 kilomètres nous n’étions pas fiers. On s’est alors arrêtés dans un Mac Do. Là-bas, Kervadec a mangé 5 ou 6 Big-Mac. Arrivés à Presov, nous avons cherché un hôtel, et on s’est couché à 4h du matin.

"À Bitola, ça a été une boucherie !"

Les déplacements en avion se sont-ils toujours bien passés ?

PC : À Baia Mare, en Roumanie, nous avions pris un vol interne. À l’aéroport de Bucarest, Max Provence (un journaliste nîmois, NDLR) avait voulu sortir prendre l’air, et il s’était fait arrêter par la police. On a bien cru qu’il ne rentrerait pas avec nous. Puis, il nous a fallu prendre un petit avion à hélices. Quand on est monté dans cet engin, Raymond Legrand (un autre journaliste nîmois, NDLR) s’est exclamé : «Chantez avec moi ! Plus près de toi mon Dieu» (rires). On avait vraiment la trouille dans cet appareil.

Quel a été le plus gros exploit de l’USAM en coupe d’Europe ?

JPM : D'avoir éliminé une équipe Yougoslave. Le lendemain, c’était à la « Une » de L’Équipe. Là-bas, il y avait une salle archicomble avec un harangueur. Dans les dix premières minutes, ils nous ont blessé trois joueurs. Il faut dire que les arbitres macédoniens habitaient à trente kilomètres de Bitola et ils se tapaient dans la main avec nos adversaires. On s’est dit, c’est un traquenard. J’ai pensé à ce que l’on quitte le terrain. À la fin du match, dans les vestiaires, j’ai dit aux joueurs : "Je vous promets qu’on va les éliminer au retour."

PC : Les Yougoslaves c’étaient des fous. La salle était pleine et les gens nous lançaient des pièces de monnaie pour nous blesser. À Bitola ça a été une boucherie, d’une violence terrible.

Malgré tout vous vous êtes qualifiés au match retour...

JPM : Je me souviens qu’à la fin du match tous les joueurs yougoslaves étaient là-bas (il désigne du doigt), assis sur le banc et ils pleuraient. Pour eux c’était inhabituel.

Les arbitres douteux étaient fréquents en coupe d’Europe ?

PC : C’était récurrent.

JPM : Ils ne nous ont jamais aidé.

Jouer dans le bloc de l’Est, c’était particulier ?

PC : C’était très compliqué. Il y avait des gens qui nous suivaient partout. Dans le bus, il y avait toujours un gars que l’on ne connaissait pas. Le pire c’était en RDA. Nous avons passé le « Check-point Charlie ». Un par un, il fallait traverser des longs couloirs, c’était impressionnant. Tu ne t’amusais pas à faire le malin.

JPM : C’était glacial dans tous les sens du terme.

"Nous savons aujourd’hui que le match a été acheté"

À quel moment avez-vous pensé que l’USAM pouvait gagner une Coupe d’Europe ?

JPM : Ça m’a empêché de dormir pendant plusieurs années. En 1994, on fait match nul contre Braga en encaissant l’égalisation dans les dernières secondes. Puis, pour nous éliminer, Braga devait gagner à Zagreb. À la surprise générale, ils y sont parvenus. Quelques mois plus tard, les joueurs de Zagreb ont été invités à passer 15 jours de vacances à Braga.

PC : Nous savons aujourd’hui que le match a été acheté.

JPM : Cette année-là, je suis sûr qu’on aurait été champion d’Europe. C’est aussi la seule saison où seuls les premiers de poules allaient en finale.

Une fois sur le terrain, les souvenirs sont intacts (Photo Anthony Maurin)

C’est l’année de tous les regrets ?

JPM : Oui. D’autant qu’à Zagreb on mène d’un but à 20 secondes de la fin et ‘le grand’ (Denis Lathoud, NDLR) part en "un contre un" et il frappe sur la transversale. Sur la contre-attaque on encaisse l’égalisation. Sans ce but on était en finale de la Coupe des Champions.

Jean-Paul, les joueurs nîmois étaient-ils des fêtards ?

JPM : Un soir de feria, veille de match, j’allume ma télévision et je tombe sur un reportage réalisé en direct de la Bodega du poète. Là, je vois mes joueurs en train de faire la fête. Le soir du match, dans mon discours, ils ont compris que j’étais au courant de leur sortie et... ils ont gagné de huit buts.

Quel regard portez-vous sur cette époque ?

PC : C’était le bon temps.

JPM : Une aventure humaine extraordinaire.

Propos recueillis par Norman Jardin

Cette interview est à retrouver dans notre supplément gratuit, versions papier et numérique, dédié spécialement au retour de l'USAM en coupe d'Europe. Un numéro distribué à tous les spectateurs ce soir lors du match au Parnasse. Cliquez sur le module suivant pour en savoir-plus !

Corentin Corger

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