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Publié il y a 1 mois - Mise à jour le 24.10.2022 - francois-desmeures - 6 min  - vu 888 fois

L'INTERVIEW Cédric Vareilhes, directeur de Sésame autisme : "Il est prévu de conserver, a minima, quinze places d'Esat à La Pradelle"

Cédric Vareilhes a pris la direction de Sésame autisme Occitanie Est, qui sortait à peine de l'administration provisoire, le 1er juillet dernier (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Adopté au cours du mois de septembre par le conseil d'administration, le plan stratégique de Sésame autisme Occitanie Est doit mettre fin à la période difficile qu'a traversé l'association - aux près de 400 pensionnaires et 350 salariés - entre refus du commissaire aux comptes de valider ces derniers et mise sous administration provisoire, avant l'élection d'une nouvelle présidente. Le directeur de la structure, Cédric Vareilhes, nommé le 1er juillet, détaille ce que contient le plan pour l'Esat (établissement et service d'aide par le travail) de La Pradelle et répond aux préoccupations d'un collectif qui réunit une partie des parents (relire ici). Une réunion avec tous les parents est prévue ce vendredi. 

Objectif Gard : Concernant l'Esat La Pradelle de Saumane sur lequel vous disiez souhaiter maintenir une activité (relire ici), quel avenir lui dessine le plan stratégique adopté le 13 septembre en conseil d'administration ?

Cédric Vareilhes : Je vous confirme bien qu'on garde une activité sur Saumane. Les éléments sont écrits noir sur blanc dans le plan stratégique, adopté à l'unanimité par le conseil d'administration moins une voix. Il a été présenté aux autorités - Agence régionale de santé et département du Gard -  qui en ont pris connaissance et nous ont renouvelé leur confiance. Pour l'Esat, une évaluation des travailleurs doit d'abord être faite en deux temps, avec une entrée professionnelle et aptitude au travail, et une entrée spécifique aux troubles du spectre autistique. L'évaluation sera menée par une psychologue extérieure, spécialiste du neuro-développement. Il est nécessaire de croiser les aptitudes. Les personnes sont-elles toujours dans l'emploi ? Y sont-elles partiellement ? Ou est-ce qu'elles n'y sont plus ? À partir de là, on pourra dérouler les projets de vie qui vont avec. On verra aussi, après l'évaluation, s'il y a des possibilités de travail à temps partiel pour certains.

"L'atelier bois, on va le maintenir"

L'objectif est-il de conserver les ateliers existants (bois, auberge, charcuterie, pâtisserie) ?

L'objectif est de réfléchir aux ateliers en place, et ne pas se dire "ils existent depuis 20 ou 30 ans, ça a toujours marché, on ne les ré-interroge pas". Ces ateliers ont-ils un sens ? Sont-ils viables ? Je peux déjà dire, par exemple, que l'atelier bois, on va le maintenir. On achète du bois de coupe. Le prix du bois ayant explosé, ce n'est pas une activité rentable. Par contre, l'activité a une importance capitale au niveau du tissu social. Donc, on va la conserver. Pour autant, on ne pourra pas conserver un atelier qui est fortement déficitaire, donc on va le coupler à un autre atelier pour avoir un ensemble à l'équilibre.

Vous avez des projets d'atelier pour cela ?

L'Esat de Vauvert a un atelier maraîchage, qui marche très bien, avec des produits bios. On va compléter avec un atelier maraîchage à Saumane. À Vauvert, il n'est pas possible de faire pousser des carottes ou des pommes de terre, ce qui se fera à Saumane. Il est prévu d'aller, aussi, vers des paniers hebdomadaires vendus aux particuliers. J'en profite pour préciser que le regroupement des deux Esat de Saumane et Vauvert n'existera que sous une entité administrative, on garde bien les deux sites. Sinon, la pâtisserie a repris. On développe un atelier petit conditionnement à Vauvert qu'on peut aussi proposer à Saumane. On relance aussi le verger qui n'avait pas été utilisé depuis trois ans.

"Il ne faut pas oublier qu'on fonctionne avec des fonds publics, et qu'il faut qu'on soit à l'équilibre"

Et pour l'auberge, qui est restée fermée printemps et été ? Et la charcuterie, à l'arrêt ?

Sur l'auberge, il y a un projet à construire, on a plusieurs pistes. On réfléchit notamment à un partenariat avec le lycée hôtelier de Saint-Jean-du-Gard, pour avoir des possibilités professionnelles. La charcuterie, on la ré-interroge. J'en parlerai ce vendredi lors d'une réunion avec les parents des pensionnaires de l'Esat. C'est un atelier à effectif réduit... Quand vous avez habituellement un atelier à six ou huit travailleurs pour un moniteur, ici, ce sont trois travailleurs. Et dans ces trois, sont-ils tous au travail ? En pratique, ça n'a pas l'air d'être trop le cas. Ce qui fait un moniteur pour un travailleur, ce n'est pas possible. Et puis, c'est aussi difficile par rapport aux travaux à engager pour remettre l'atelier aux normes. C'est en réflexion. Mais il ne faut pas oublier qu'on fonctionne avec des fonds publics, et qu'il faut qu'on soit à l'équilibre.

La charcuterie se vendait pourtant très bien...

Ça partait très bien, avec des produits de très grande qualité, un élevage sur place, etc. Mais à la base, l'Esat doit répondre à des missions précises, dans l'intérêt des travailleurs. La première réflexion, ce n'est pas la sortie commerciale.

Une partie des bâtiments de l'Esat de La Pradelle, sur la commune de Saumane (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Sur le nombre de travailleurs actuels, combien devraient être conservés ?

Il est prévu de conserver, a minima, quinze places d'Esat sur Saumane. Un certain nombre de places doivent être déployées pour financer un SAMSAH (service d'accompagnement médico-social pour adultes handicapés), pour accompagner les adultes dans l'emploi, dans le logement, dans l'accès aux soins. Pour l'instant, nous n'en avons pas. Quant au redéploiement de six places du Gard dans une structure Sésame autisme des Pyrénées-Orientales, il est encore à l'étude.

"Le courrier d'un avocat avant la réunion d'information, j'ai trouvé cela déplacé"

Entre la tenue du conseil d'administration et celle de l'assemblée générale, en septembre, il était prévu une réunion de concertation avec les parents, que vous avez finalement annulée. Pourquoi ?

Comme on a vu que, sur Saumane, il y avait beaucoup d'interrogations, on avait fait le choix de proposer deux réunions aux familles, deux vendredis de suite. Le premier vendredi, ça s'est très bien passé. Le lundi, je reçois un courrier d'un avocat mandaté par un collectif de parents (celui, justement, qu'Objectif Gard avait rencontré ici, NDLR). Or, l'objectif de ces temps de réunion est l'échange. Si ce courrier était arrivé après, si la réunion passée, ils étaient restés sans réponse, j'aurais trouvé ça cohérent. Quelques jours avant la réunion, j'ai trouvé cela déplacé.

Pourquoi ne pas avoir profité de la réunion pour leur dire justement ?

J'ai envoyé un mail pour indiquer que, par rapport à la procédure engagée, on allait répondre de la même manière, via notre conseil. Ceci étant, lors de l'assemblée générale du 27 septembre, on a passé tout le temps entre midi et 14h, avec un certain nombre de parents. On a convenu de reposer une date. Certains, du collectif, m'ont dit qu'ils ne s'inscrivaient pas dans la démarche d'envoyer un courrier d'avocat avant la réunion.

Vous comprenez, néanmoins, que ce plan stratégique puisse soulever des inquiétudes chez les parents, du fait du changement de régime attendu pour certains pensionnaires ?

Leurs inquiétudes, leurs attentes sont légitimes. Je m'engage d'ailleurs à maintenir le lien avec eux. Il faut qu'on arrive à co-construire.

Des parents se sont aussi fortement émus d'un pensionnaire sorti entre deux gendarmes d'un bar de Saint-Jean-du-Gard et envoyé au Mas Careiron, à Uzès, un hôpital psychiatrique...

Il y a parfois des troubles du comportement tels qu'on aboutit soit à l'apaisement, soit les gendarmes sont sollicités. Il y a peut-être aussi un travail de sensibilisation à mener avec les forces de l'ordre. D'un autre côté, le Mas Careiron nous permet de faire des séjours d'évaluation, car certains ont des traitements lourds liés aux co-morbidités de l'autisme. Et il y a des risques d'interaction des molécules avec des risques très délétères. Au Mas Careiron, il y a un service psychiatrique, très identifié. La visée, ici, c'était de réévaluer le traitement. J'ai bon espoir qu'à terme, on pourra conventionner avec le centre hospitalier d'Alès pour cela.

"Investir de nouveaux locaux pour relocaliser le foyer d'hébergement et créer des places de foyer de vie, on est pleinement dedans"

Si des transferts de travailleurs se dirigeaient vers Vauvert, auriez-vous les locaux pour les accueillir ?

Une fois évalués les travailleurs de l'Esat, certains ne seront plus en capacité de travail. Actuellement, c'est le foyer d'hébergement qui doit accueillir les travailleurs. Mais si vous n'avez plus votre place au travail et en foyer d'hébergement, il y a les foyers de vie, ou foyers occupationnels. L'idée est de créer des places de foyer de vie. Au niveau localisation, on va voir. Sur Vauvert, un certain nombre de maisons accueillent les travailleurs, toutes ne sont plus adaptées. Il va bien falloir penser à un déménagement. En même temps, il faut un foyer de vie. Donc, l'idée d'investir de nouveaux locaux pour relocaliser le foyer d'hébergement et créer des places de foyer de vie, on est pleinement dedans. Ça peut être à Vauvert parce qu'on a de très bonnes relations avec une municipalité qui est soutenante sur l'autisme. Mais rien n'est arrêté, on a aussi rencontré M. Ruas, le maire de Saint-Jean-du-Gard (où se trouve déjà un foyer d'hébergement, NDLR).

Pourrait-il y avoir de nouveaux travailleurs à Saumane ?

Complètement. Je parlais de conditionnement, il peut y en avoir différents types qui correspondent à différents types de personnes.

Propos recueillis par François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

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