Publié il y a 2 ans - Mise à jour le 28.01.2022 - anthony-maurin - 4 min  - vu 2329 fois

NÎMES Des fouilles complémentaires avant l'édification du Palais des Congrès

Au loin, le Musée de la Romanité, La Chapelle saint Joseph et les actuelles fouilles menées par l'Inrap (Photo Anthony Maurin);

Les actuelles fouilles sur l'ancien parking de la CCI (Photo Anthony Maurin);

Le futur Palais des Congrès sera construit de chaque côté de l'actuelle rue Jean-Reboul. Sur la partie gauche, proche du Musée de la Romanité, et sur la partie droite, sur l'emplacement du parking de la Chambre de Commerce et d'Industrie.

Le début du chantier des fouilles préventives, assuré par l'Inrap, a commencé et devrait s'achever au mois de juin prochain. Entre le parking de la CCI et l'emplacement d'une partie de l'hôpital Ruffi, le terrain de jeu des archéologues est aussi vaste que dense.

Les découvertes ne devraient changer l'histoire de Nîmes car les zones fouillées l'ont déjà été, à de multiples reprises lors du dernier siècle. Par contre, celles effectuées actuellement pourraient bien compléter l'histoire, la densifier dans la documentation. En effet et depuis la haute Antiquité, avant même l'édification des remparts romains qui passaient par là, ces zones ont toujours été occupées. Sous le haut Empire, c'était un quartier urbanisé, puis, au fil du temps, cet ensemble s'est mué en "carré hospitalier."

Pour le coup, l'emprise du projet s'étend sur 3 500m² et les archéologues vont fouiller sur plus des deux tiers de la surface. Compléter la connaissance du secteur sur trois périodes, tel est l'enjeu réel de ces fouilles en centre-ville. Celle des IIe et Ier siècles de notre ère, époque gauloise ou tardo-républicaine. Celle de 27 av. JC jusqu'à 192 de notre ère, époque du haut-Empire. Enfin, la période plus large qui part du Moyen Âge et qui vient jusqu'à l'époque moderne avec en point de mire le XVe siècle et la création de l'hospicium de l'Hôtel-Dieu créé en 1499.

Il faut dire que le secteur, au sud de la pointe de l'Écusson, entre la porte Auguste et la porte de France, à deux pas de l'amphithéâtre, a soulevé de nombreuses questions. Et de nombreuses réponses ont été trouvées. Quartier résidentiel sous le haut-Empire, il a pris une autre vocation plus tardivement. L'occupation la plus ancienne retrace quant à elle une fonction très agricole des lieux, logique en ces temps.

Le premiers bâtiments édifiés le furent aux alentours du Ier siècle av. JC. Dans la foulée, les premiers habitants, les riverains du quartier en expansion, arrivent, "du bon côté", c'est à dire à l'intérieur des remparts (qui traversent aujourd'hui le jardin archéologique du Musée de la Romanité). Deux siècles plus tard, le quartier a pris de l'ampleur sou l'époque Flavienne et durant tout le IIe siècle de notre ère.

Dans le jardin du Musée de la Romanité, les reste du rempart romain. Sur la droite La Chapelle saint Joseph. Les fouilles se déroulent juste derrière (Photo Archives Anthony Maurin)

À l'époque, une rue reliait déjà l'entrée (ou sortie) de la cité via la Porte de France jusqu'au forum. Elle prenait, grosso modo, le même axe que la rue Porte-de-France actuelle. C'est autour d'elle que l'urbanisme du secteur s'est organisé. Mais on manque d'indices, de preuves, pour savoir réellement qui occupait les lieux à cette époque romaine. Le quartier était certes et sans doute résidentiel mais cela ne suffit pas à satisfaire la curiosité des chercheurs. C'est pour cela que la campagne de fouilles actuelle pourrait révéler des savoirs.

Mais pour cette fouille, les chercheurs s'intéresseront surtout à des périodes bien plus tardives. Les couches les plus anciennes sont relativement mieux connus que les plus récentes. Nous verrons et saurons ainsi mieux les mouvements du secteur aux époques médiévales, modernes et contemporaines.

Une voie d'accès menait les romains de la Porte de France au forum ici incarné par un unique vestige de taille, la Maison Carrée (Photo Anthony Maurin)

Au XIVe siècle, la première mention d'un bâtiment accueillant des malades est connue grâce au testament de Raymond Ruffi, riche nîmois, bourgeois, pieux, nous sommes alors en 1313. En 1499, un hospicium est agrandi sur ordre des Consuls de Nîmes et devient ainsi ce que l'on appellera plus tard l'Hôtel-Dieu. Au début du XVIIe siècle, place à l'édification des remparts de Rohan. Cela change le sol et la physionomie du site en profondeur. Un grand programme de construction est lancé immédiatement après par les soeurs hospitalières de saint Joseph. En 1659 est construite la chapelle que l'on voit encore suivie de très près par un ensemble conventuel. Tout cela sera utilisé, revu et corrigé au fil du temps jusqu'au XXe siècle. En effet, l'hôpital Ruffi perd une partie de sa structure en 1978 et sera définitivement détruit en 2016. Voilà pour la partie la plus proche de notre Musée de la Romanité actuel.

De l'autre côté de la rue Jean-Reboul, sur l'emplacement actuel des fouilles, on sait qu'entre 1655 et 1667, il existe un hôpital protestant puis y vient La Providence, un oeuvre caritative consacré aux orphelins catholiques. Le lieu est occupé jusqu'en 1792. Cédé aux frères de la doctrine chrétienne en 1817, l'établissement devient une école professionnelle de jeunes filles en 1889. Après la seconde guerre mondiale le bâtiment conserve une vocation scolaire mais devient propriété de l'État en 1957 car il sert d'annexe au lycée Daudet jusqu'aux années 1960. Ces structures, démolies en 1981 puis 1986, laissent la place au parking de la CCI.

Sur la gauche, le Musée de la Romanité derrière le pin. En face, La Chapelle saint Joseph. Sur la droite le parking de la CCI avant les fouilles. La zone désertique sera elle aussi prochainement fouillée avant d'accueillir une des deux parties du Palais des Congrès (Photo Archives Anthony Maurin).

Pour que les résultats scientifiques soient valables, les archéologues ne suffisent pas. Cette campagne de fouilles fait intervenir des archéoanthropologues, des céramologues, des spécialistes des vestiges biologiques, des géomorphologues, des spécialiste de l'instrumentum mais aussi des spécialistes du bâti, du mobilier lapidaire, des peintures murales, des mosaïques, du verre, des monnaies et, aussi, quelques archivistes pour sauvegarder le tout !

Anthony Maurin

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