Publié il y a 1 h - Mise à jour le 16.06.2026 - Olivier Lemierre - 5 min  - vu 41 fois

ARLES Rue Satre, à Barriol, le projet de 53 logements se fera malgré l'opposition totale des riverains

Le programme immobilier de Barriol a fait l'objet d'une réunion publique hier.

- Olivier Lemierre

Lundi soir, le promoteur immobiler Sogec est venu présenter la nouvelle mouture de son projet immobilier de 53 logements rue Satre, au sud de Barriol. La salle était comble et l'opposition des riverains totale. Un vrai dialogue de sourd. Pourtant le projet se fera, car selon l'adjointe à l'urbanisme ,"il n'y a aucune raison de refuser le permis de construire qui va être déposé dans les prochains jours".

Comment expliquer à des riverains remontés comme des coucous que le projet immobilier de 53 logements (quatre immeubles et 9 villas) rue Satre, au sud de Barriol, est un bon projet, qui concilie du mieux qu'il peut écologie et construction de logements? C'était le défi de la réunion publique organisée mardi 16 juin à l'enclos Saint-Césaire. Le promoteur Sogec (cabinet de Marseille) est venu avec ses plans, ses chiffres, ses explications, et la volonté de ne rien cacher aux habitants de la dernière mouture de ce projet immobilier qui doit voir le jour depuis 2012. À l'époque, sur ce terrain arboré de 6 000m², l'ancien promotteur prévoyait de construire 93 logements. Levée de boucliers des riverains. Abandon de ce premier projet...

La dernière mouture d'un projet de 2012

Les années ont passé, la Ville qui n'avait pas les moyens d'acheter fait ensuite appel à l'EPF (Etablissement public foncier) pour acquérir le terrain, dans le but d'y construire des logements, dont 40% de logements sociaux, ce qui est la règle. Sagec se positionne par la suite pour travailler sur un nouveau projet, avec moins de logements  (56), six immeubles, plus de verdure. Mais là encore les riverains n'y trouvent pas leur compte. Il l'ont dit l'an dernier à l'occasion de réunions avec la mairie et le promoteur. Résultat, lors du conseil municipal de décembre 2025, on apprend que le projet est "arrêté", et non "stoppé", comme l'a affirmé le maire jeudi lors du dernier conseil municipal, et comme l'a répété l'adjointe à l'urbanisme, Sylvie Petetin, lors de cette réunion. Sophie Aspord, ancienne adjointe à l'urbanisme en charge du dossier sous la précédente mandature, était présente dans la salle mais n'a pas pris la parole. Présents également Marie Andrieu, Richard Vidal et Jean-Michel Jalabert, élus de l'opposition, qui tous avaient voté contre la délibération portant sur ce sujet présentée lors du dernier conseil.

Les riverains de la rue Satre sont venus en nombre marquer leur opposition. • Olivier Lemierre

Pour les habitants de Barriol qui croyaient ce progamme définitivement "abandonné", c'est la douche froide, et la colère de voir ce projet immobilier ressortir du chapeau trois mois après les élections municipales. "Nous on ne veut plus de béton, on veut des espaces verts à Barriol, d'autant plus qu'en cas de fortes pluies il y aura des risques d'inondation sérieux dans cette zone. Les temps ont changé depuis 2012, on sait les conséquences du réchauffement climatique avec des orages plus violents. Est-il bien raisonnable de construire encore, d'artificialiser les sols sur des terrains qui ne sont pas encore urbanisés ?" s'interroge une riveraine. "On a déjà à Barriol, 60% de logement social. Il y a des logements vacants au centre ville, beaucoup trop de Airbnb, et d'autres quartiers dans la commune sans logements sociaux. Pourquoi en construire encore ici alors que dans le même temps il y a un programme de destruction des immeubles du quartier ? On veut des espaces verts ou des maisons individuelles comme les nôtres, mais pas ça..." enchérit sa voisine.

Le directeur de Sogec, Nicolas Bonfanti, assure que même inondable, ce terrain est constructible avec la contrainte prise en compte de mettre des parkings au rez-de-chaussée "Il y aura également un bassin de rétention pour recueillir les eaux de pluie. Pas d'inquiétude à avoir de ce côté".

53 logements et 75 places de parking

Ce dernier a pu enfin prendre la parole pour présenter l'ultime mouture du projet retravaillé par les architectes. Il comportera 53 logements, et 75 places de parking. Deux lots ont en effet été transformés en 9 maisons individuelles par rapport à la précédente version. Les entrées et les sorties ont été revues pour garantir la circulation en sécurité des nouveaux habitants. "On a tenu compte des remarques en supprimant une voie d'accès rue des Cormorans. Nous avons essayé de faire au mieux en prévoyant également des places de parking supplémentaires rue Satre, ainsi que l'aménagement de trottoirs. Ce programme immobilier inclut une part de logements sociaux et une part de logements intermédiaires, ce qui est obligatoire quand on travaille avec l'Etablissement public foncier. Ne faire que des maisons comme les vôtres sur cette parcelle n'est pas possible, compte-tenu des contraintes de rentabilité. L'EPF n'est pas un philantrope, si le projet n'est pas rentable, c'est la commune qui devait compenser avec vos impôts pour payer le manque à gagner".

53 logements sont prévus sur 6000 m². • Olivier Lemierre

Sylvie Petetin, interrompue à de nombreuses reprises, a tenu à préciser que "seuls 10 logements sur les 53 rentrent dans le cadre du NPNRU, le nouveau programme de renouvellement urbain de BarriolCe sont des logements sociaux "PLUS" et des "PLS", précise-t-elle, c'est-à-dire qu'ils s'adressent ou personnes à revenus moyens et intermédiaires du logement social, mais pas il n'y aura pas ici de PLAI*. Certains locataires pourront, s'ils le souhaitent, accéder ensuite à la propriété".

Sylvie Petetin : "Ce projet se fera"

L'adjointe à l'urbanisme réaffirme aussi qu'"Arles manque de logements et qu'il faut en construire 4 000 d'ici 2040". "C'est ce qui nous est demandé par l'Etat. Ce projet se fera, d'autant plus que nous n'avons aucun moyen juridique pour stopper un permis de construire à partir du moment où il rentre dans les clous. Depuis 2017, on ne peut pas changer la destination de ce terrain voué à l'habitat", martèle-t-elle.

Profitant de cette réunion pour évoquer les problèmes du quartier de Barriol, les riverains de la rue Satre ont tour à tour évoqué les difficultés de stationnement, de circulation, le mauvais ramassage des déchets. Des problèmes qui ne vont que s'accroître avec l'arrivée de nouveaux habitants. L'insécurité qui règne avec les tirs de mortiers, les voitures et les poubelles qui flambent régulièrement, les incivilités, le manque d'espaces verts et de jardins pour les enfants, ont également été largement évoqués. 

Sylvie Petetin, prise à parti, a écouté les doléances et répondu à certaines d'entre elles. "Le projet de rénovation urbaine va permettre de détruire 230 logements, d'ouvir le quartier pour améliorer la sécurité de ses habitants. Les gens qui vont partir seront relogés ailleurs dans la ville, mais pas dans un quartier prioritaire. C'est ce que dit la loi".

Habitué aux difficultés de l'exercice, le directeur de la Sagec fait le bilan de cette réunion mouvementée. "Nous arrivons aujourd'hui au maximum de ce que l'on peut faire. L'EPF a fait une consultation et notre projet architectural a été retenu car, sans doute, il était le meilleur. Notre métier, c'est de construire du logement pour les gens qui en cherchent, et c'est le cas à Arles. La demande est importante. Mais on sait que l'acte de construire est toujours compliqué, on doit trouver l'équilibre entre écologie et construction. Il existe deux solutions : l'étalement urbain et l'artificialisation des sols ou comme ici renouveler un secteur déjà urbanisé en appliquant les normes environnementales et techniques actuelles en matière d'isolation, de qualité de l'habitat. Aujourd'hui les riverains pointent du doigt les problèmes, les carences dans ce quartier qui ne sont pas de notre ressort. Mais elles existent et il faut les entendre. La présentation de notre projet est une occasion d'en parler aux élus. Cette réunion de présentation aura servi aussi à cela". 

Dans tous les cas, le permis de construire de la version modifiée et définitive va être déposé dans quelques jours. Les services de l'urbanisme de la ville vont l'instruire. Le chantier de construction devrait alors démarrer l'année prochaine pour une durée prévue de 18 mois. 

*Le Prêt Locatif Aidé d’Intégration est un dispositif de logement social en France, destiné aux ménages en situation de grande précarité. 

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