Lors du conseil municipal d'Arles hier soir, la majorité et l'opposition ont largement débattu sur la signature d'une convention de projet urbain partenarial (PUP) entre la commune et la société SAGEC Méditerranée qui va déposer un nouveau permis de construire pour la réalisation d'un programme immobilier de 53 logements répartis en 9 villas et 44 collectifs sur un foncier de 6 000 m² situé rue Henri Satre dans le quartier prioritaire de Barriol. C'est l'adjointe à l'Urbanisme, Sylvie Petetin, qui a présenté la délibération permettant de faire participer les aménageurs au financement du coût des équipements que leurs opérations rendent nécessaires, en l'occurrence sur ce projet une participation forfaitaire de 84 000 €, pour payer des travaux de voirie, la réfection des trottoirs notamment, la reprise des réseaux, etc.
Un projet immobilier arrêté en décembre dernier et qui ressort du chapeau
Si ce projet a fait réagir toutes les oppositions qui ont voté contre, c'est qu'on le croyait définitivement abandonné. Lors d'un conseil municipal du 18 décembre 2025, l'annonce de l'arrêt de ce dernier avait soulagé les habitants du quartier mobilisés depuis des années. Richard Vidal, conseiller municipal de gauche "Union pour Arles", a fait part de son étonnement. "Ce projet, même revu un peu à la baisse, de 56 à 53 logements, se réserve la possibilité de densifier de 20 logements complémentaires. On ne va pas dans le bon sens en ajoutant du logement social à Barriol. Moi je demande la création d'un micro-village vert, avec de petites maisons, une vingtaine pas plus, une crèche, des équipements publics. La pause de ralentisseurs serait aussi nécessaire sur cette rue Satre très fréquentée".
Remy Benson, élu RN "Fiers d'être Arlésien", s'oppose lui aussi. "Madame Petetin nous annonce qu'il n'est pas possible de revenir en arrière, sous peine de pénalités, moi je pense que tant que le permis de construire n'est pas signé, le conseil municipal garde son pouvoir de décision. Il n'y a pas de documents juridiques ou financiers présentés aux élus qui doivent se prononcer. La PUP ne vaut pas permis de construire. Rien ne justifie que ce projet doive être mené à tout prix. Il soulève des inquiétudes légitimes des riverains tant en termes de circulation que de stationnement. De plus, cet espace de 6 000 m² est le dernier poumon vert du quartier. Je demande, plutôt que de continuer à artificialiser les sols, que l'on réfléchisse à y installer un parcours santé, des jardins. Aussi, dans l'intérêt général, nous demandons l'abandon de ce projet et de travailler sur des alternatives aux 53 logements prévus, en concertation avec les riverains."
Jean-Michel Jalabert "Plus proche d'Arles" n'est pas en reste et se dit surpris de voir "un projet abandonné en décembre, revenir sur la table trois mois après les échéances électorales. Je croyais qu'un travail avec le promoteur avait été fait autour d'un autre projet d'une trentaine de villas. Pourquoi cette option a-t-elle été abandonnée ? Quand on parle de vouloir renforcer la démocratie participative, pourquoi faire voter ce PUP avant la réunion de concertation avec les riverains prévue le 15 juin ?", s'étonne l'élu qui demande également au maire de retirer cette délibération.
Un contexte de tension sur le logement
Sylvie Petetin a défendu ce projet qui s'inscrit dans un contexte de tension immobilière sur Arles. "Les habitants ont du mal à se loger, nous devons construire. Or ce terrain n'est pas en zone inondable. Ce serait idiot d'y faire un espace vert, un lieu de détente végétalisé. L'idée d'y faire du logement ne date pas d'hier, mais remonte à 2012, quand monsieur Schiavetti a décidé que cette parcelle serait bâtie. On ne fait que reprendre la suite. Concernant les craintes des habitants de voir de nouveaux logements sociaux, ils peuvent être rassurés, ce sera des gens comme eux qui y habiteront, des gens qui travaillent et qui ne font pas le bazar. Nous sommes tenus de faire 40 % de logement social et, pour répondre à monsieur Jalabert, l'équilibre financier pour le promoteur ne serait pas possible avec 30 villas." L'adjointe au maire précise aussi qu'après la prochaine réunion du 15 juin, un nouveau permis de construire sera déposé par la SAGEC "qui a fait des efforts pour modifier son projet immobilier. Elle n'était pas obligée… On ne peut pas rejeter ce permis de construire car les services de la préfecture nous retoqueront, c'est certain."
Jean-Frederic Dejean, "Union pour Arles" a bondi de son siège. "Vous entendez ce que vous venez de dire : "ce sont des gens comme eux". Est-ce que ça veut dire que les gens à bas revenus sont des gens à problèmes, des pestiférés ? ."Je n'ai pas parlé de population à risque", se défend l'élue de la majorité, "mais les habitants de ces rues ont peur des risques, ce sont eux qui le disent. Or nous sommes obligés, sur ces terrains achetés par l'établissement public foncier, de faire au minimum 40 % de logements sociaux, et donc pas de petites villas."
Patrick de Carolis : "La question du logement est majeure pour ne pas décliner"
Patrick de Carolis a bien écouté les échanges, et réaffirme avec assurance la ligne qui est la sienne. "Faire de la démocratie participative, c'est bien, j'ai donné l'exemple avec le pont de Bigot. Mais la démocratie participative ne doit pas être un référendum permanent. Il y a eu une élection, avec un projet, un programme. Nous prenons nos responsabilités, nous portons l'intérêt général, et pour la ville d'Arles le logement est majeur. Nous sommes dans une zone tendue, et si on veut demain des enfants dans nos écoles, des couples qui viennent travailler et vivre sur Arles, il faut des logements. Notre objectif, c'est de construire 4 000 nouveaux logements sur Arles d'ici 2040. Si nous ne permettons pas à notre population de grandir, nous irons vers la paupérisation, vers le déclin."
Le maire est très clair aussi sur la population qu'il veut attirer. "Nous sommes un très bon élève avec 25 % de logements sociaux, et j'applaudis car il faut du logement social. La règle est de prendre 30 % de PLAI (prêt locatif aidé d'intégration, NDLR), les personnes en très grande précarité qui vivent souvent du RSA, or nous sommes à 80 % aujourd'hui. Je dis que c'est fini. On veut du logement social pour les travailleurs, mais nous ne participerons plus aux PLAI. Et dans le dossier qui nous occupe, rue Satre, ce sera le cas."
Répondant à Nicolas Koukas chef de file de l'"Union pour Arles", qui s'interroge sur l'abandon du projet en décembre, et son retour juste après les élections, Patrick de Carolis le certifie: "Dans ma bouche il n'y a jamais eu le terme abandon, il n'a jamais été prononcé en conseil municipal. Je crois que c'est plutôt le mot arrêt qui a été utilisé." Au terme de ce long échange, la délibération a été mise au vote. La majorité a voté pour, et les 12 voix d'opposition sont allées vers le contre. Le PUP est adopté.
À Trinquetaille, une solution alternative avec le promoteur
Autre quartier de la ville, autre débat, moins vif celui-là. Il s'agit d'un protocole foncier entre la commune et la société immobilière Dubis Promotion présidée par Lucien Biscione, qui souhaitait construire à Trinquetaille, rue Henri Dunant et rue Tessier, un ensemble collectif de 19 logements en R+2 et 5 maisons individuelles. Les riverains se sont mobilisés, un recours en annulation du permis de construire a été formulé auprès du tribunal administratif, qui en décembre 2025 a rejeté la requête et validé le permis de construire. Un pourvoi en cassation a été déposé le 23 février dernier, il est en cours d'examen d'admission devant le Conseil d'État.
Face aux difficultés, Dubis Promotion a indiqué à la ville pouvoir envisager ce programme immobilier sur un autre terrain tout en indiquant ne pas en disposer. Dans ce contexte compliqué, la commune a accepté et se propose d'acheter le foncier du 5 rue Tessier et du 4 rue Dunant au promoteur, et de lui céder des terrains communaux d'une valeur équivalente. "Un échange qui pourrait contribuer à la relance de la dynamique de production de logements sur des terrains communaux non valorisés à ce jour", assure la Ville.
Marie Andrieu, "Union pour Arles", suit ce dossier depuis des années et se félicite de cette proposition, même si elle indique rester très vigilante sur l'aménagement à Trinquetaille. "Je précise que l'opposition n'est pas par principe contre les nouveaux projets immobiliers. Arles est une ville sous tension, on le sait, mais nous dénonçons la méthode et réclamons de la concertation avec les riverains."
Nicolas Koukas ne manque pas l'opportunité de revenir sur la délibération précédente de la rue Satre. "Cet accord trouvé à Trinquetaille montre que quand on veut, on peut. Cet échange de terrain, vous pourriez le faire avec l'établissement public foncier. Je m'interroge sur le fait que vous ne fassiez pas le même travail à Barriol. On peut modifier les permis de construire, rien ne l'interdit. On peut changer la destination d'un terrain, il suffit d'en faire la demande auprès de l'EPF." L'adjointe à l'Urbanisme reste dubitative, et se charge de vérifier.
Une réunion avec les riverains prévue lundi
Peut-être Sylvie Petetin pourra-t-elle apporter des précisions lors de la réunion publique sur le projet immobilier de Barriol prévue le lundi 15 juin à 17h30 salle Saint-Césaire, enclos Saint-Césaire, impasse Mourgue. Les habitants de la rue Satre et des rues alentour devraient venir nombreux. L'association de défense Sud Semestre Plan de Bourg, présidée par Albert Laugier, reste mobilisée. "53 logements en plus, c'est au minimum 100 voitures supplémentaires qui circulent et qui doivent se garer. Le carrefour entre la rue de Satre, la rue des Cormorans, la rue Delfo-moui et le chemin de Montcalmette est déjà accidentogène, avec un giratoire qui n'est pas aux normes et une circulation très importante entre les bus, les écoles, le stade, la mosquée."
Jean-Jacques Estève, habitant de la rue des Mouettes située en face de l'entrée du futur lotissement, se fait également du souci pour la sécurité. "On nous dit que ce sera du logement social pour les riches, on se fout de qui ? Personne ne veut acheter à côté des tours. Et notre quartier a déjà 60 % de logements sociaux et les problèmes de sécurité qui vont avec. On va pas nous en mettre d'autres. Le logement social est très mal réparti sur Arles, il n'y en a pas à Pont de Crau par exemple… Nous, on a des alternatives pour ce quartier. On a besoin d'espaces verts."
Un manifeste pour garder le poumon vert de Barriol
Mariane Lichot, qui habite depuis 56 ans à Arles, ne comprend pas non plus le revirement du maire qui ressort trois mois après son élection un projet qu'elle juge "diabolique". "On nous a pris pour des couillons, on croyait que le maire était un homme de parole et pas qu'il y aurait de la magouille."
Pour finir, elle tient à montrer le petit texte remis à l'ancienne adjointe à l'Urbanisme, Sophie Aspord, lors d'une réunion l'an dernier et adressé au maire. Un genre de petit manifeste : "Il faut arrêter d'urbaniser et de bétonner à tour de bras notre quartier qui, en cas d'inondation, serait un véritable piège. Nous avons besoin d'espaces verts pour vivre et respirer. Nous avons besoin d'espaces verts pour limiter les effets du changement climatique. Pour que demain soit vivable, il faut planter des arbres et protéger ceux qui existent. Respectez la vie, notre vie. Conservons précieusement ce petit sanctuaire végétal et animal qui nous reste sur le quartier. Respectons les oiseaux qui y ont niché et les autres petites espèces qui s'y sont installées. Nos enfants, nos petits-enfants, méritent que les adultes protègent leur avenir, ils vous diront merci… Respectons l'environnement chaque fois que cela est possible. Dans cet espace protégé jusqu'à ce jour, créez un parc, un espace de vie, un îlot de verdure. Ne faites pas le sacrilège de le détruire."