Vous allez rendre votre écharpe de maire dans quelques mois. Pourquoi avez-vous fait le choix de ne pas vous représenter ?
Théos Granchi : Il y a de nombreuses raisons pour laquelle j'ai pris cette décision. Il est difficile de les énumérer de façon exaustive mais même si cette fonction de maire est passionnante, elle reste exigeante et demande beaucoup d'investissement, très souvent au détriment de sa vie de famille et sa vie personnelle. Les contraintes et les responsabilités, mais aussi la complexification des procédures ont créé une certaine lassitude. Tout comme le rapport aux autres, qui a énormément changé. Je suis également arrivé à un âge où je veux profiter un peu plus de ma famille et de mes petits enfants.
Est-ce qu'il y a quand même eu une part d'hésitation ?
Oui, ça n'a pas été facile à prendre dans la mesure où c'est mon quotidien depuis trente ans. Même lorsque j'étais adjoint, je passais autant de temps à la mairie. Il y a beaucoup d'émotion parce que je ne sais pas comment je vais vivre sans ça. Lorsque je ne suis pas dans mon bureau, je suis à Nîmes Métropole. Mon temps est bien pris avec ces deux collectivités.
Après ces décennies en politique, est-ce qu'on tire définitivement un trait là-dessus même quand on arrête ?
Non, parce que Bernis est mon village de coeur, j'y suis né et si je me suis investi là-dedans, c'est parce que j'aime ma commune et je pense que je m'intéresserai toujours à ce qu'il s'y fait. Ce n'est pas un adieu mais un nouveau départ.
Deux élues de votre majorité se présentent l'une contre l'autre pour reprendre votre place, est-ce que ce n'est pas difficile de voir cette situation ?
C’est difficile pour moi de me prononcer sur le sujet. Ce sont deux personnes avec qui j’ai eu plaisir à travailler et que je connais bien. Elles ont chacune souhaité mener leur propre liste et je respecte cette décision. J’espère qu’elles auront l’envie de servir Bernis avec la même passion qui a été la mienne.
En 18 ans vous avez vu la ville de Bernis changer. Si vous deviez retenir quelques projets qui vous ont marqué, lesquels seraient-ils ?
Il y en a beaucoup dans la mesure où 18 ans ce n'est pas rien. Il y a l'aire de loisirs, qui m'aura pris presque 15 ans. On a pu réaliser pas mal d'équipements, d'investissements et d'action, plus de 11 millions d'euros au total. On a rendu la commune un peu plus dynamique avec l'installation de commerces de proximité, un boucher et une boulangerie entre autres. Garder la gendarmerie ce n'était pas gagné parce que la commune n'était pas propriétaire des terrains. Je me suis battu pour préserver le cabinet médical et les professionnels de santé. Il y a aussi la salle multiactivité que l'on a réalisé au début de mon premier mandat, l'extension du groupe scolaire et la réhabilitation de la cantine, où on prépare plus de 220 repas par jour par du personnel communal.
Et financièrement vous avez assaini les comptes...
Nous avons aussi redressé la barre des finances de la commune. On avait une situation financière délicate en tout début de mon premier mandat avec peu de marge de manoeuvre. On a désendetté la commune, de 1160 euros par habitant, nous sommes passés à 481 euros en 2024. Ça fait 12 ans que l'on n'a pas augmenté la fiscalité.
Quand vous rendrez votre écharpe, aurez-vous le sentiment du devoir accompli ?
Ah oui je le pense ! Et même si je n'ai pas pu tout faire, j'ai confiance en mes successeurs pour faire aboutir de futurs projets. Je n'ai aucun regret parce que je n'ai jamais fait de la politique et je ne veux pas en faire. J’ai des amis issus de sensibilité différentes et c’est par ce travail en bonne attente, en bonne intelligence, que j’ai fait avancer les choses pour ma commune.
Est-ce qu'il y a un projet que vous regrettez de ne pas avoir pu porter ?
Il y en a, peut-être la réhabilitation de la circulade autour de la mairie, pour mettre en avant le patrimoine arboré. Malheureusement aujourd'hui c'est l'anarchie, c'est le village gaulois Bernis (sourires), mais c'est en cours. On a aussi lancé la réhabilitation du lavoir mais je ne suis pas sûr que ça se finisse avant la fin de mon mandat. J'aurais souhaité mettre une éolienne pour surplomber le mât du lavoir. J'aurais bien aimé travailler aussi sur l'embellissement du village et les espaces verts, même si on en a déjà fait.
Que retenez-vous de votre mandat d'élu communautaire délégué au tourisme ?
J'aurais souhaité peut-être m'investir davantage dans cette délégation mais ma charge de mandat de maire ne m'a pas permis de faire plus à Nîmes Métropole. J'ai pris beaucoup de plaisir au Tourisme et j’ai travaillé avec des personnes très compétentes qui m’ont énormément appris. J’ai mesuré également à quel point le tourisme est un enjeu pour notre territoire et son économie.
Est-ce qu'il est plus difficile d'être maire aujourd'hui ?
Ah oui c'est plus difficile, dans le sens où on est un peu l'interlocuteur privilégié et direct des administrés. Tout passe par le maire, mais cette proximité a des limites dans le contexte actuel. On est souvent pris à partie pour des sujets qui ne relèvent pas de notre compétence. Je regrette le temps où la bonne entente était de mise, même si le mandat de maire est le plus beau des mandats qui peut être confié. Tout s'est complexifié avec les contraintes budgétaires, en opposition avec les besoins grandissants de la population. Sans compter les complexifications du droit.
Et vous n'avez jamais été candidat à d'autres élections...
C'était une volonté personnelle. Je ne vous cache pas que même quand je me suis présenté en tant que maire, je ne savais pas si j'allais avoir les compétences. Donc aller dans un mandat de conseiller départemental ou régional, de député ou de sénateur, n'en parlons pas.
Quel projet allez-vous mener maintenant ?
Je vais m’investir dans ma vie de famille auprès de mon épouse , de mes enfants et petits-enfants. Je sais que mes journées seront bien remplies et je suis très heureux de ce nouveau chapitre qui s’ouvre à moi. Je vais aussi en profiter pour renouer avec quelques anciens loisirs qu’il m’était difficile de pratiquer .. pêcher, voyager.. des choses simples mais qui étaient devenues rares.
Un dernier mot ?
Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont été à mes côtés ces 18 dernières années : les élus, le personnel communal, ma famille pour sa patience suite à mon engagement, les Bernissoises et les Bernissois pour leur confiance. Je garderai un souvenir ému de tous les moments partagés ensemble et de toutes les rencontres que j'ai pu faire. Humainement, ce fut une expérience extrêmement enrichissante malgré les difficultés liées à la fonction.