Question : des fusillades, des blessés et des morts. Les balles fusent à Alès, mais que se passe-t-il depuis quelques mois ?
Commissaire Dumas : Malheureusement Alès, longtemps préservée par son relatif isolement géographique, découvre la réalité du narcotrafic avec l’arrivée d’un acteur extérieur, une organisation criminelle dont il est inutile de taire le nom : la DZ mafia. Celle-ci s’est étendue sur une bonne partie du sud de la France, Nîmes en 2019, le Vaucluse en 2017. Le changement s’est opéré l’été dernier sur Alès. Est venu alors le premier mort sur fond de narcotrafic en octobre 2025, suivi des fusillades en pleine journée qui ont causé un émoi légitime au cours du mois de janvier.
Question : Y-a-t-il une explosion du trafic, des points de deal ?
Commissaire Dumas : Alès ne connaît pas plus de points de deal qu’avant : quatre au total. Et le volume des consommateurs n’a guère changé. Non, ce qui a changé se résume en 3 points :
- une organisation criminelle extérieure qui vient avec son lot de violences et d’intimidations.
- uen organisation qui a fait sauter ce régulateur qu’était l’inhibition entre les anciens acteurs locaux qui se connaissant tous et mettaient une limite à ne pas franchir.
- enfin, et pas des moindres, une surface financière très importante permettant le recrutement de « petites mains » venues de la France entière et recrutées sur les réseaux sociaux, réserve quasi inépuisable d’une force de travail envoyée parfois en chair à canon sur les fournaises des points de deal. On a ainsi vu le remplacement progressif d’anciens acteurs locaux par d’autres, venus de Marseille mais aussi de tous les coins du territoire.
Question : Pardon pour cette question directe, mais que fait la Police et quels sont vos moyens d'actions pour lutter contre les fusillades et le trafic de drogue ?
Commissaire Dumas : Elle est sur tous les fronts et en première ligne avec une action déterminée et courageuse des policiers de toutes spécialités, malgré la fatigue. On peut même parler des polices car nous travaillons main dans la main avec la police municipale. En janvier, notre action s’est déclinée en 3 volets :
- tout d’abord, des sécurisations avec des CRS présents tous les jours, en nombre et avec pour objectif de rassurer la population et tous les partenaires institutionnels des quartiers par une visibilité maximale. C’est aussi un moyen de saturer le terrain pour bloquer les trafics et faire redescendre la fièvre.
- le second volet, c’est le pilonnage des points de deals par des actions coup de poing, tous les jours. Je ne dis même plus harcèlement, c’est du pilonnage. La preuve en quelques chiffres édifiants : sur le seul mois de janvier le commissariat d’Alès a placé 43 dealers et trafiquants en garde à vue sur les quartiers des Cévennes et de Prés Saint Jean pour 34 déferrements et 12 écrous. Au total, c’est près de 3 kilos de cocaïne et 5 kilos de résine saisis. Au cours de deux opérations distinctes on a saisi également 2 Kalashnikovs. Pour vous donner une idée, nous sommes déjà au niveau des écrous d’avril de l’année dernière. C’est aussi le signe évident que sur Alès, toute la chaîne pénale prend ses responsabilités.
- enfin, le dernier volet est judiciaire. Des enquêtes sont en cours pour retrouver les criminels. Je ne m’y attarderai pas pour des raisons évidentes de confidentialité mais je tiens à rappeler que le temps judiciaire n’est pas le temps médiatique. Réunir des preuves prend du temps. C’est pour cela qu’en attendant, les deux autres volets sont déployés.
Question : Et comment voyez-vous la suite, l'avenir ?
Commissaire Dumas : Les narcotrafics ont malheureusement des causes lointaines quand on voit notamment l’état des lieux de la consommation en France et la police ne se retrouve qu’à la terminaison d’un problème bien plus global. La guerre que nous engageons risque d’être longue et harassante mais notre détermination reste entière.
Sans mettre évidemment les partenaires en première ligne, tous les services publics doivent être solidaires. Un jeune qui n’est pas dans une salle de classe peut potentiellement être happé par les trafics. In fine, des quartiers sans services publics et c’est une population qu’on abandonne.