Florent, Mari-Charlotte et Natalia s'occupent à trois des moutons dans leur domaine familial. Sauf que ce jeudi 21 mai, leur fille Mari-Charlotte a eu une grosse frayeur quand elle a vu débarquer dix gendarmes alors qu'elle s'occupait des moutons. "Elle s'est prise pour quelqu'un qui avait fait un crime", raconte Florent. Les deux agents de la DDPP sont revenus le lendemain avec moins de gendarmes, et aucune anomalie n'a été relevée. Tous les animaux ont été identifiés, en bon état, correctement nourris. Pourtant, la visite a eu des conséquences lourdes pour l'exploitation familiale.
Un arrêté préfectoral tombé au mauvais moment
La raison de l'intervention est un arrêté préfectoral en vigueur du 20 au 30 mai 2026, coïncidant avec la période de l'Aïd, qui interdit aux particuliers de transporter eux-mêmes les animaux vivants achetés auprès d'éleveurs. Florent et sa famille travaillent, en professionnels, avec des bons de circulation en règle. Mais la règle est là, l'acheteur ne peut pas venir chercher son agneau directement à la bergerie. "On n'a rien reçu de la Chambre d'agriculture pour nous dire que c'était interdit. On n'a pas eu l'information. Si on avait reçu quelque chose, on ne l'aurait pas fait", explique Natalia, la femme de Florent.
Cela fait une dizaine d'années que la famille vend ses agneaux à cette période, dans le cadre de la fête religieuse musulmane. Une pratique légale, encadrée, qui représente une plus-value économique significative pour l'exploitation. "Mes grands-parents, il y a 60 ans, gardaient les agneaux pour Pâques pour faire une plus-value. Aujourd'hui, c'est la fête de l'Aïd. Ils nous interdisent de faire une plus-value. Qu'est-ce qu'ils veulent, qu'on mette la clé sous la porte ?"
"On a vu les enfants pleurer"
Les agneaux étaient tous vendus, les familles attendaient de venir les chercher pour la fête. L'éleveur a dû bloquer la bergerie, rembourser les acheteurs et faire face à leur désarroi. "On s'est retrouvés seuls face à toutes les personnes qui venaient chercher leur agneau avec les enfants. On a vu les enfants pleurer. Les gens étaient tristes, en colère, dans la détresse."
Face à cette situation, Florent s'est tourné vers les abattoirs agréés du département pour trouver une alternative. Sans succès. "J'ai appelé les abattoirs. Ils sont archi-complets. Il n'y a que deux abattoirs autorisés dans le Gard : celui d'Alès et celui de Vestric. L'administration ne nous donne pas de solution. On interdit, mais il n'y a pas d'autre solution."
Un avenir compromis pour la prochaine génération
Au-delà de la perte économique immédiate, c'est l'avenir de l'exploitation familiale qui inquiète Florent. Sa fille, diplômée, devait reprendre le domaine. "Le plus terrible, c'est que j'ai une gamine diplômée qui doit reprendre et qui va être obligée de se retrouver sans solution. Mon premier enfant est parti dans les travaux publics. Et la seconde, qui doit s'installer ne peut pas, parce qu'on lui enlève cette plus-value."
En attendant, les moutons sont dans la bergerie, nourris, entretenus, ce qui engendre des frais non prévus en plus de la perte financière suite à l'annulation de la vente des animaux. *
L'éleveur ne remet pas en cause le principe de la réglementation, mais pointe le manque d'information préalable et l'absence d'alternative proposée par les autorités. "S'ils étaient venus plus tôt, on ne l'aurait pas fait. On travaille dans le cadre légal, on n'est pas un élevage clandestin."
*À l'heure où nous publions ces lignes, la DDPP n'a pas répondu à nos sollicitations.