Un anniversaire. Le choc, puis l’inventaire. Sur scène, une femme vient d’avoir 50 ans et examine ses amours, ses amis, son métier d’artiste, son corps vieillissant et tout ce dont elle aimerait se débarrasser. Carine Kermin danse, joue, projette des photos et des vidéos, interpelle la salle. Il est question de féminité, de secrets de famille, du regard des autres et de liberté.
Coécrit et mis en scène par Carine Kermin et Mohamed Guellati, 50 ans, présente ! marque le retour en salle de la fondatrice de la compagnie MastoCK, après plus de vingt ans consacrés au théâtre chorégraphique et aux arts de la rue. Pour sa première au Festival Off d’Avignon, elle présente cette création chaque jour à 16 heures au Théâtre Golovine.
Objectif gard : Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?
Carine Kermin : Je suis la responsable artistique de la compagnie MastoCK, autrice, chorégraphe, metteuse en scène, danseuse et comédienne. Je me suis initiée très jeune à la danse contemporaine et au théâtre. Plus tard, parallèlement à des études de lettres et de journalisme, j’ai intégré le groupe chorégraphique de l’université Rennes 2, en lien avec le Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne.
J’ai ensuite suivi plusieurs formations, notamment auprès de Jan Fabre sur la notion de performeur, puis de Pippo Delbono au Théâtre du Rond-Point dans un travail consacré au théâtre-danse. Ma découverte du théâtre de rue m’a lancée comme interprète. Très vite, j’ai décidé de créer ma propre compagnie. MastoCK voit le jour en décembre 2001, en compagnie de deux comparses.
Notre première pièce en salle, Milie, reste deux mois à l’affiche du Théâtre du Lucernaire à Paris en 2003 et retient notamment l’attention de France Culture. J’ai ensuite rencontré mon agente, Monita Derrieux, puis travaillé pour la télévision et la publicité. En 2004, l’Office franco-québécois pour la jeunesse m’a choisie pour rejoindre la délégation française des Rencontres internationales des jeunes créateurs des arts de la scène à Montréal.
J’ai également été l’assistante chorégraphe d’Éric Mezino durant trois ans au sein de la compagnie E.go. Nous sommes partis deux mois en tournée dans sept pays d’Afrique de l’Ouest. Cette collaboration a donné à ma danse une coloration hip-hop et contemporaine.
En vingt-cinq ans, la compagnie a créé 22 spectacles diffusés en France et à l’étranger, du Burkina Faso à Singapour, en passant par l’Angleterre, l’Italie, le Canada ou la Belgique. Dis-le-moi… a reçu le prix du public à Namur en 2012. Je cherche toujours à raconter l’être humain dans ce qu’il a de plus beau, mais aussi de plus laid. 50 ans, présente ! poursuit cette recherche par le récit intime et le théâtre chorégraphique.
Que raconte 50 ans, présente ! ?
Je pars de ma propre expérience pour livrer un récit intime dans lequel chacun peut se reconnaître. Le jour du cinquantième anniversaire devient le fil conducteur d’une réflexion sur le temps qui passe, les souvenirs qui nous construisent, la féminité, les injonctions sociales et l’envie d’aller à l’essentiel. C’est une comédie théâtrale et chorégraphique, humoristique et poétique, coécrite et mise en scène par Mohamed Guellati et moi-même.
Il y a beaucoup d’autodérision, d’humour, d’humanité et de sensibilité. La danse contemporaine, le théâtre, la vidéo et les photographies déplacent le regard et donnent son rythme au spectacle. Je viens du théâtre de rue, je conserve donc un lien direct avec la salle. À deux reprises, le public est invité à participer. Ces moments rassemblent les spectateurs dans une joie très communicative.
La pièce est une ode à la liberté. Avancer dans la vie, c’est aussi se délester du poids familial, du regard de la société et des secrets de famille. C’est se libérer pour vivre comme on l’entend. J’aimerais que les spectateurs sortent du théâtre pleins d’énergie, mais aussi émus par ce voyage intérieur. L’important est qu’ils soient touchés. La manière dont ils le seront leur appartient.
Quel est votre plus beau souvenir de scène ?
Il y en a tellement en trente ans de carrière… Le plus beau remonte probablement à mes débuts. Je jouais Milie, une pièce consacrée à l’autisme qui racontait l’accompagnement thérapeutique d’une petite fille par sa psychologue. Le spectacle est resté deux mois au Théâtre du Lucernaire, à Paris, durant l’automne 2003. Ce fut un vrai succès.
À la même période, Laurent Terzieff y présentait Florilège, un spectacle de poésie. Nos loges étaient voisines. Il jouait chaque soir avant moi, mais venait systématiquement me saluer et me souhaiter bonne chance avant mon entrée en scène.
J’étais jeune et très admirative de cet immense comédien. Son élégance, sa simplicité et sa générosité me touchaient beaucoup. J’étais également impressionnée par son humilité. J’en ai gardé l’idée qu’un grand artiste reste accessible et ne perd jamais la passion qui l’anime.
Cette attention d’un immense acteur envers une jeune comédienne reste l’un des plus beaux cadeaux de ma carrière. Elle a profondément influencé ma manière d’exercer ce métier. Il faut toujours travailler pour offrir le meilleur au public, continuer à se remettre en question, évoluer et grandir.
Pourquoi faut-il venir voir ce spectacle ?
Les spectateurs le sauront en sortant ! Je l’ai écrit de manière très personnelle, sincère et généreuse. La danse, le théâtre, la vidéo, la photographie et la participation du public permettent d’aborder autrement la cinquantaine et le temps qui passe.
Ce spectacle ne ressemble pas à une forme classique. Il porte mon empreinte, mon histoire et ma manière de travailler. Je dirais qu’il est honnête et généreux. C’est même une mise à nu. C’est courageux, non ? Rien que pour cela, il faut venir le découvrir.
C’est aussi ma première création présentée à Avignon. Une raison supplémentaire de venir et de défendre la diversité des formes proposées dans le Off. Ce festival possède une densité de création unique. Je suis très heureuse d’y prendre part après trente ans passés à chercher, à expérimenter et à raconter des récits intimes qui finissent toujours par devenir universels.
Infos pratiques
50 ans, présente !, jusqu’au 24 juillet 2026 à 16 heures, relâche le lundi, au Théâtre Golovine, 1 bis rue Sainte-Catherine à Avignon. Durée 50 minutes. Dès 10 ans. Tarifs de 12 à 20 euros. Réservations auprès du Théâtre Golovine.
Le teaser c'est ici