Voilà un sujet qui anime les discussions et cristallise les tensions jusque devant le portail de l'école primaire Armand-Barbès à Nîmes. Au premier abord, la majorité des parents déplore le départ de la directrice de l'établissement. "Le fait de quitter l'école n'est pas de ma volonté. J'aurais préféré être maintenue sur mon poste. Chaque année je redemandais ce poste que j'affectionne particulièrement, et je l'obtenais car personne ne le demandait. Cette année, c'est une volonté hiérarchique de ne pas me reconduire au poste de directrice", officialise l'intéressée dans un mail le 12 mai dernier.
Criant à l'injustice, des parents se mobilisent et lancent une pétition qui récolte une centaine de signatures. "Je me bats pour les futurs parents. On veut soutenir la directrice car on trouve qu'elle a fait un excellent travail durant les quatre années où elle était là", confie Marina, dont la fille est scolarisée en CM2. La plupart des parents rencontrés à la sortie de l'école soutiennent la directrice, notamment pour la mise en place de certains dispositifs pédagogiques. "Elle est super ! Tous les enfants l'aiment, certains pleurent de savoir qu'elle s'en va. Elle les a sensibilisés au handicap avec une initiation à la langue des signes, le matin elle met de la musique. Nos enfants sont contents d'aller à l'école, ils sont tous soudés et c'est grâce à la directrice", assure Mounia, une autre maman, mettant en avant le vivre-ensemble et le brassage culturel de cette école.
"Venez le matin c'est la fête à Neu-Neu !"
À quelques mètres de là, le son de cloche est totalement différent auprès des parents élus à l'APE (Association parents d'élèves) Armand-Barbès. "On a fait remonter des faits très factuels sur des enfants qui arrivent en sixième et qui ne sont pas prêts. Les programmes ne sont pas terminés et les enfants se retrouvent en difficulté. Cela a été très mal pris par certains enseignants", souligne Aurélie, la trésorière. Des mères de famille qui dénoncent une faille éducative. "C'est le bazar, venez le matin, c'est la fête à Neu-Neu ! Il y a de la musique à tue-tête et plusieurs dysfonctionnements. Mon fils passe plus de temps en sortie scolaire qu'à l'école et à regarder la télé. Je n'ai jamais rien fait car je suis attaché à cette école, mais aujourd'hui je me sens coupable. Mon fils prend des cours particuliers mais je pense aux autres", poursuit-elle.
La directrice, en poste de manière provisoire, a candidaté pour s'inscrire sur la durée mais elle n'a pas atteint le niveau requis. "Il faut intégrer la liste d'aptitude, c'est une candidature avec un dossier et un entretien. Elle n'a pas réussi à être recrutée sur la liste d'aptitude, donc elle n'est pas reconduite pour cela, précise Christophe Mauny, Dasen du Gard. Quand on candidate plusieurs années de suite et qu'on est pas retenu, c'est que peut-être le profil ne correspond pas aux exigences que j'attends des directeurs et directrices." Un nouveau directeur va donc être nommé pour la rentrée alors qu'un poste d'adjoint se libère également.
"Pas de raison que l'on revienne sur la fermeture de classe"
Même s'ils ne remettent pas en cause l'excellent relationnel de la directrice avec les enfants, les représentants des parents d'élèves sont plutôt satisfaits de ce changement de direction. "On regrette cette situation, elle pourrait rester comme maîtresse mais on ne peut pas travailler dans l'intérêt des enfants s'il n'y a pas de communication avec la directrice", ajoute Aurélie. Cette directrice se retrouve au cœur des tensions et des divisions entre les parents. Le seul point sur lequel ils semblent tous d'accord, c'est leur opposition à la fermeture de classe annoncée pour la rentrée, craignant des classes plus surchargées. "En ce qui concerne mon poste, je pense sincèrement que cela ne changera rien, mais il y a peut-être encore de l'espoir pour éviter la fermeture de classe, auquel cas la décision ne se prendra qu'en septembre", motivait la directrice dans son mail d'adieu.
Si son départ est bien acté, la suppression d'une classe parait aussi inévitable : "Pour l'instant, pas de raison que l'on revienne sur la fermeture de classe, on fera les ajustements en septembre", conclut le Dasen du Gard. Une affaire qui a au moins le mérite de mettre en lumière des parents impliqués dans l'éducation de leurs enfants, socle indispensable pour se construire en tant que citoyen.