Publié il y a 55 min - Mise à jour le 10.08.2026 - Yannick Pons - 5 min  - vu 925 fois

FAIT DU JOUR Au Grau-du-Roi, les vacanciers ont raccourci l'été

À l'hôtel Le Maray

- @Yannick Pons

Cet été, les bouchons se font rares à l’entrée du Grau-du-Roi, les séjours raccourcissent et les vacanciers regardent à la dépense. Les professionnels décrivent une saison difficile qui a mis du temps à démarrer. Certains pointent le pouvoir d’achat, les loyers, d'autres ciblent le train à 1 euro.

Mercredi 5 août, il est 10 heures. Aucun bouchon sur le chemin des canaux. Sur la route des plages, du côté d’Aigues-Mortes, le grand radar de chantier beige qui se promène le long de la 2 × 2 voies, apparaît sans qu’aucune voiture ne l’ait masqué. D’habitude, il y en a toujours une devant. Là, personne. J’entre directement au Grau-du-Roi par le port et trouve une place près du bar des pêcheurs... Ce matin-là, c’est comme si l’été s’était fait la malle.

Prix élevés ?

Les campings et les supermarchés continuent d’attirer du monde. Mais sur les terrasses, dans les hôtels et chez les loueurs, les professionnels voient des séjours plus courts, des réservations tardives et des budgets resserrés. Pour Grégory Mézy, patron de Jet Roi, la pleine saison vient seulement de commencer. Juin et une grande partie de juillet sont restés calmes. « Ça aurait dû commencer le 20 juillet. Ça ne commence que maintenant. En juillet, ma plus grosse clientèle ce sont des étrangers » Le jet-ski appartient aux dépenses de plaisir, celles que les vacanciers coupent en premier. Dans le même temps, assure-t-il, son coût de l’essence a presque doublé et les loyers restent importants. « Depuis 10 ans je n’ai pas augmenté mes prix. Il va falloir se réinventer ou alors on ira faire autre chose. »

Il refuse toutefois d’isoler le Grau-du-Roi. « Oui, ça manque d’animations, mais regardez Palavas ou La Grande-Motte. Mes confrères sur la côte me disent tous la même chose. » Le ralentissement toucherait donc une bonne partie du littoral. Mais au Grau, un sentiment de décalage s’installe. Un sentiment que les prix montent alors que les animations et les services proposés ne suivent pas toujours.

« Réservez directement sur le site de l'hôtel, c'est moins cher que sur Booking ! », lance-le patron à un client qu'il tient au bout du fil. À l’hôtel Le Maray, Larbi ne parle plus seulement d'une sensation. Il estime la fréquentation en baisse de 10 % cette année, après un recul similaire l’an dernier, et redoute de terminer l’année sur une perte de 25 %. La durée des séjours se contracte. Des clients qui restaient trois ou quatre jours ne réservent plus qu’une nuit, affirme-t-il. Surtout, son planning se vide après le 15 août. Pour la fin du mois, seulement cinq ou six chambres étaient réservées au moment de l’entretien. Autrefois, à cette période, l’hôtel avait déjà fait le plein jusqu’en septembre.

Excursionnistes aux abonnés absents

Les premières observations de la municipalité dessinent un recul plus contrasté. Charly Crespe distingue les nuitées, en légère diminution, des excursionnistes, ces visiteurs qui viennent au Grau-du-Roi sans y dormir. Leur recul est beaucoup plus marqué. « Ce qu’il faut retenir, c’est une tendance en légère diminution des nuitées et une vraie baisse des excursionnistes », résume le maire. Selon le maire, la baisse de fréquentation se lit déjà dans les recettes de certains parkings et pourrait expliquer ces routes plus fluides. Charly Crespe reste prudent. Il attend la fin de la saison pour vérifier les chiffres et comprendre ces premiers retours.

Au restaurant Le Saint-Pierre, Caroline observe une saison à l’envers. « J’ai très bien travaillé en mars, avril et mai. Puis, dès que la saison a commencé, l’activité a ralenti. Aujourd’hui, je travaille presque mieux hors saison qu’en plein été. » Le soir de notre rencontre son restaurant avait servi 15 couverts. Elle fermera du 22 au 30 août pour partir quelques jours avec sa fille. Une décision qu’elle n’aurait pas imaginé prendre en plein été. Cette année, elle préfère préparer la rentrée de septembre plutôt que de « s’épuiser pour quelques tables.»

Dans les conversations de comptoir reviennent le sentiment d’insécurité et le train à un euro auquel beaucoup l’associent. Depuis que la liaison ferroviaire à tarif unique amène chaque jour d’été des groupes venus à la journée, plusieurs commerçants disent constater une hausse des incivilités en fin d’après-midi sur le port et les plages. Chahut, vols à l’arraché, dégradations, altercations. Certains assurent que des clients de longue date et même les habitants ont modifié leurs habitudes, désertant certains secteurs en soirée. Pourtant, le dispositif amène aussi des visiteurs qui consomment et des saisonniers qui n’ont pas les moyens de se loger sur place.

Sur la plage abandonnée

Sur la plage de L’Estuaire, derrière le Seaquarium, Tim mesure le recul en rangées de transats. En juin, il n’en installait plus qu’une là où il en alignait au moins quatre, trois ou quatre ans plus tôt. La paillote tient grâce à ses habitués. Le patron, lui-même pêcheur, sert du poisson frais local. Selon lui, l’ensablement de la baie teinte l’eau et la rend moins attirante. La location de transats en souffre.

La chaleur expliquerait-elle ces plages moins remplies et ces terrasses plus lentes à se garnir ? Tim, enfant du pays, n’y croit guère. « Il a toujours fait chaud. Quand j’étais gamin, le goudron fondait sous mes pieds lorsque j’allais à la plage. » Même réserve sur les insectes les plus détestés de France. « Les moustiques sont plus médiatisés que les dauphins ou les produits locaux. » Alors, chaleur, moustiques, incendies, coût du carburant, loyers, train à 1 euro, manque d’animations ?

Une location « haut de gamme » en front de mer raconte d’ailleurs une tout autre saison. Elle continue de se remplir. Depuis quatre ou cinq ans, l’immense majorité de ses locataires vient de l’étranger, principalement d’Allemagne, mais aussi du Luxembourg, de Belgique ou d’Italie. Les Français ont presque disparu des réservations, selon son propriétaire. Pour lui, l’explication tient au pouvoir d’achat. Les clients capables de payer une prestation jugée à la hauteur continuent de réserver.

Les supermarchés rafleraient la mise

Selon plusieurs professionnels interrogés, les familles au budget plus serré raccourcissent leur séjour, renoncent aux loisirs payants, prennent leur repas au camping ou font leurs courses au Super U. Charly Crespe rapproche ce comportement des premiers retours du commerce alimentaire. Il rapporte qu’un supermarché situé hors de la commune constate davantage de passages et des ventes en hausse. Selon lui, certains vacanciers rejoignent leur lieu d’hébergement comme les camping gardois, puis s’en éloignent moins souvent. Ils achètent de quoi manger, restent sur place et réduisent les sorties au restaurant ou dans les sites touristiques. Le maire évoque aussi l’effet possible de la chaleur sur les services du midi, sans en faire l’unique explication.

Le mot « cher » va donc dans les deux sens. Le vacancier regarde le logement, le restaurant, le transat ou le jet-ski. Le professionnel répond loyer commercial, gaz, essence, matières premières et salaires. Reste ce sentiment de décalage, plus difficile à chiffrer. Certains visiteurs découvrent des prix de station balnéaire, puis une offre commerciale et des animations qui ne suivent pas toujours.

Chez Jet Roi, enfin la saison commence • @Yannick Pons

Sur ce point, le maire répond. Avant la saison, l’office de tourisme de la commune a comparé plusieurs prestations identiques dans différentes stations balnéaires, de la boule de glace au jet-ski. « Le Grau-du-Roi n’était pas forcément dans un mauvais rapport qualité-prix », souligne Charly Crespe. Il reconnaît que certains établissements peuvent pratiquer des tarifs excessifs, mais assure que ce n’est pas une pratique générale.

Ancien pêcheur devenu restaurateur avec son épouse Christelle au Papé Frézal, Didier refuse lui aussi de transformer cette saison poussive en règlement de comptes. Selon lui, dénoncer le loyer du voisin, le prix de son menu ou celui d’une activité ne mènera nulle part. Les entreprises répercutent des charges qu’elles ne peuvent absorber seules et le client paie au bout de la chaîne. « Il faut parler collectivement, il faut réfléchir », insiste-t-il. Puis réunir commerçants, professionnels du tourisme, institutionnels et municipalité à la même table afin de préparer l’avenir du village.

Charly Crespe prévoit de tirer un bilan complet une fois la saison terminée. Il veut travailler sur la baisse des visiteurs à la journée, mais aussi mieux répartir l’activité durant le reste de l’année. Une grande réunion publique est annoncée en octobre. Le maire doit y rendre compte de la saison touristique et aborder le logement des saisonniers. Didier demandait que la discussion commence dès septembre. Charly Crespe l’annonce pour octobre.

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