Publié il y a 48 min - Mise à jour le 11.08.2026 - Olivier Lemierre - 2 min  - vu 42 fois

FAIT DU JOUR Face au changement climatique, le patron des riziculteurs se veut volontariste

Bertrand Mazel.

- O.L.

Bertrand Mazel, le président du Syndicat des riziculteurs de France, et de l'Union des riziculteurs européens, ne cache pas son inquiétude face au changement climatique qui entraîne, comme cette année, des hivers très pluvieux et des printemps et des été très secs. Pour autant, cela ne remet pas en cause, selon lui, la possibilité de continuer à cultiver du riz en Camargue.

"Le Rhône dans lequel on pompe l'eau pour irriguer nos cultures est un fleuve majeur. Même si on a pu constater une baisse des étiages avec des seuils préoccupants, le débit du fleuve est constant même en été" souligne d'emblée Bertrand Mazel. Avec la Saône, son affluent, toutes les eaux de la fonte des neiges des Alpes du Nord, l'apport d'eau dans le fleuve reste important, contrairement à d'autres fleuves comme la Loire.

Pour l'avenir, le président du Syndicat des riziculteurs estime qu'il faudra bien veiller à maintenir les équilibres entre les différentes vocations du Rhône. "La culture du riz en Camargue mais également les autres cultures , la vocation fluviale, la production d'hydroélectricité, le refroidissement des centrales nucléaires. Il faudra trouver une répartition intelligente de l'eau, sachant que nous, agriculteurs, nous arrivons en bout de chaîne : nous sommes les derniers utilisateurs".

"L'ennemi de l'agriculture en Camargue, c'est le sel"

Sur le delta de Camargue, l'eau pompée dans le Rhône et le Petit Rhône représente, selon lui, 400 millions de m3 chaque année. Elle alimente les surfaces utilisées pour la riziculture (environ 10 %) et aussi tout le système du Vaccarès. Pour Bertrand Mazel, "la riziculture est primordiale pour notre souveraineté alimentaire" mais également "pour alimenter les zones humides, pour dessaler les terres et les rendre productives. On fait du riz, mais aussi du melon, des tomates, des pommes de terre, du foin, de la luzerne... Ce sont des cultures qui viennent en rotation avec le riz. Nous allons aussi bientôt faire des légumineuses et des oléoprotéagineuses, comme le tournesol, le colza. Si le riz fait moins de 10% de l'espace de la Camargue, c'est un pivot pour rendre la Camargue cultivable".

Trouver de nouvelles variétés plus tolérantes au sel

L'ennemi de l'agriculture en Camargue, c'est le sel. "Bien sûr, l'exploitation du sel est importante à Salin-de-Giraud comme à Aigues-Mortes pour l'alimentation, l'élevage, l'industrie. Mais pour nous, agriculteurs, c'est un fléau quand il n'est pas maîtrisé. C'est un excellent désherbant qui ne tue pas que la mauvaise herbe. Il provient de la remontée du coin salé, c'est-à-dire de la mer qui remonte dans le fleuve en période d'étiage. Il est présent historiquement dans le sol depuis des millions d'années et c'est pour cela que la culture du riz a été introduite pour dessaler les terres."

La Camargue. • O.L.

"Et puis il y a un troisième phénomène plus récent, ajoute Bertrand Mazel. Il s'agit de la politique du conservatoire du littoral qui vise à stopper les investissements lourds pour se protéger des submersions marines sur une partie des terrains dont il est propriétaire. Moi je dis que c'est la politique du "courage fuyons". Je pense que l'on peut trouver des solutions. L'Etat devrait calculer ce que rapporte la Camargue d'un point de vue économique dans sa globalité et voir le retour sur investissement. Quand la mer sera rentrée, on ne fera plus rien!"

Du côté du Centre français du riz, les chercheurs poursuivent leurs travaux pour trouver de nouvelles variétés plus tolérantes au sel. Mais, fait remarquer Bertrand Mazel, en guise de conclusion : "Une chose est sûre : on ne pourra pas faire du riz avec de l'eau de mer. En revanche, si la mer rentre dans les terres, on pourra élever des gambas camarguaises..."

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