Publié il y a 1 h - Mise à jour le 03.08.2026 - Propos recueillis par Corentin Corger - 6 min  - vu 214 fois

FAIT DU JOUR Incendies, moyens, stratégie... Entretien avec le patron des pompiers

colonel sébastien paletti sdis 30 pompiers gard

Le Colonel Sébastien Paletti 

- Photo Corentin Corger

À mi-saison des feux de forêt, le Colonel Sébastien Paletti, directeur du Sdis 30, fait le point sur le dispositif de lutte, les moyens disponibles, ses relations avec le Conseil départemental et se projette sur les années à venir. 

Objectif Gard : On est en plein dans la saison des feux de forêt, quel premier bilan faites-vous ?

Colonel Paletti : C'est ma première saison de feux de forêt en tant que directeur du Sdis. La saison a commencé tôt, puisque dès le premier week-end de juillet, on a eu une très forte activité opérationnelle avec plus de 30 feux de végétation par jour durant quatre jours avec quelques feux importants dont celui de Lédenon qui a parcouru 450 hectares. Les épisodes de canicule et de sécheresse avancés dans la saison font augmenter très tôt le risque feu de forêt. L'activité a un peu baissé, on est autour d’une dizaine de départs par jour mais le risque est toujours là. On a effectué depuis le début de la saison plus de 500 opérations de secours de lutte contre les feux de végétation au sens large et l'ensemble de ces feux a parcouru 836 hectares.

Quel est le dispositif de lutte mis en place au quotidien ?

Depuis maintenant un mois et demi, au gré des niveaux de risques, on a jusqu'à 150 sapeurs-pompiers qui sont prépositionnés sur le terrain tous les jours pour attaquer le feu le plus tôt possible sur des endroits définis à l’avance. Grâce aux élus locaux, on a pu prépositionner nos pompiers dans des salles des fêtes, à proximité du risque, afin d’éviter qu'ils soient en pleine chaleur et qu’ils aient déjà perdu une bonne partie de leur potentiel au moment de s’engager sur une opération. Et c’est une des nouveautés de cette année. Nos deux hélicoptères de commandement sont également mobilisés tout comme notre avion de reconnaissance avec un renforcement de la chaîne de commandement. Nos deux hélicoptères bombardiers d'eau ont effectué depuis le début de la saison près de 400 largages. Le dispositif gardois de lutte contre les feux de forêt tourne à plein régime. On met en œuvre la stratégie nationale d'attaque du feu naissant, qui marche très bien, quoi qu'on en dise. Attaquer le feu le plus tôt et le plus fort possible. Cela permet de faire en sorte que 90% des feux soient traités rapidement, en ayant parcouru entre un et cinq hectares au maximum et avec le moins d'effectifs possible.

Comment avez-vous également géré l’envoi de renforts dans d’autres départements ?

On ne peut pas occulter le contexte national. On vit une saison historique avec le feu hors normes de Gironde sans oublier les incendies dans le Var, les Pyrénées-Orientales, les Landes, qui ont été aussi significatifs. On participe à l'effort de solidarité, cela représente plus de 20 missions de renfort dans 15 départements. Environ 300 sapeurs-pompiers du Gard sont partis en mission, soit pour un jour ou deux, soit pour plus. C’est un peu plus que les années précédentes. On a encore quasiment 60 sapeurs-pompiers qui sont en Gironde pour aider les collègues à essayer de maîtriser le feu de Saumos. Il y a une vraie volonté à la fois de maintenir notre dispositif départemental mais aussi d'être solidaire à chaque fois qu'on nous le demande.

"Le Sdis du Gard a retrouvé une certaine sérénité"

Dans quel état physique sont les pompiers gardois ?

Ils sont très mobilisés et je les en remercie. Au-delà des 150 pompiers dédiés tous les jours aux feux de forêt, on en a 280 qui sont dans les casernes. Ils font aussi un peu de feux de forêt mais ils sont surtout là pour répondre aux 200 opérations de secours que l’on fait. Sans compter ceux qui partent à l’extérieur. On veille à prendre en compte le bon équilibre entre leur engagement et le repos. Le prépositionnement dans les salles communales fait aussi partie des moyens mis en place pour les protéger.

Lancez-vous un appel pour recruter des pompiers volontaires ?

On a toujours besoin de pompiers volontaires. On en compte 2 200 aujourd'hui en plus de nos 735 pompiers professionnels. On a surtout besoin de les garder. Mon objectif est de créer les conditions pour qu'ils aient envie de s'engager le plus longtemps possible. On a envie d'avoir des citoyens qui viennent s'engager pour vivre une belle expérience collective et se sentir utile à la société et à la population.

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Le colonel Sébastien Paletti a été nommé début 2026 • Photo Corentin Corger

Et qu’en est-il des moyens matériels ?

Le parc matériel a été significativement renforcé au cours des dernières années. On a un parc de lutte contre les feux de forêt quasi neuf, de très bonne qualité, qui répond aux normes, aux attentes opérationnelles et à la sécurité pour les intervenants d'aujourd'hui.

Votre prédécesseur, le Colonel Thierry Carret, est parti avec perte et fracas. Après six mois en poste, comment se passe vos relations avec le président Alexandre Pissas ?

Je suis le directeur du président. Je mets en œuvre la politique souhaitée par le président et par le préfet, chacun dans leur domaine. J'ai de très bonnes relations avec ces deux autorités. Dans ce cadre-là, le Sdis du Gard a retrouvé une certaine sérénité. Je ne crois pas aux grandes révolutions mais plutôt à faire évoluer les organisations dans la continuité de manière sereine, calme et réfléchie. Je me projette sur le futur avec une révision du schéma départemental d'analyse et de couverture des risques qui est lancée et qui va aboutir dans le courant de l'année 2027. Avec le soutien du Département et des collectivités territoriales pour que le SDIS continue à être au rendez-vous des risques d'aujourd'hui et de demain. L’enjeu sera de continuer à adapter nos moyens humains et matériels à l'évolution des risques.

"Un des modèles de Sécurité civile les plus efficaces au niveau mondial"

Face au risque incendie de plus en plus fort, pensez-vous qu'il faut interdire certaines activités durant l’été ?

Les effets du réchauffement climatique vont automatiquement augmenter le risque de forêt et donc la probabilité de vivre des sinistres comme en Gironde avec des vitesses de propagation, une intensité et une puissance hors normes. Pour lutter contre ça, il faut que le territoire soit le plus adapté possible. Dans le Gard, on a un terreau de bonnes pratiques qui fait que l’on travaille à renforcer cet aménagement du territoire. On doit adapter nos comportements et c’est déjà le cas : quand on ferme un site forestier parce que le risque est très sévère ou que l’on réduit les activités agricoles aux heures les plus chaudes de la journée parce que ça peut être dangereux. Il faudra peut-être aller un peu plus loin, mais c’est aussi est une question d'acceptation, de compréhension et d'équilibre. L'évolution du risque de forêt va nécessairement engendrer une évolution de nos comportements. C'est ce qui nous permettra d'intervenir efficacement et en sécurité. C'est l'enjeu devant nous pour les cinq à dix prochaines années.

Sur les incendies volontaires, comment êtes-vous associé au travail d’enquête ?

On participe déjà à l'équipe pluridisciplinaire de recherche des causes et des circonstances des incendies. Dans cette équipe-là, il y a un sapeur-pompier, un gendarme et un cadre de l'ONF qui, lors de chaque départ de feu significatif, essaie de trouver les causes et les circonstances du feu pour initier les travaux de l'enquête judiciaire. Et puis après, le Sdis se donne le droit, chaque fois qu'il estime nécessaire, de se porter partie civile lorsque l'auteur d'un incendie volontaire a entraîné l'engagement de beaucoup de moyens et donc des coûts pour le service, pour qu’il répare sa faute au-delà de la peine qu'il encourt.

Vous avez été conseiller sécurité civile auprès du ministère de l’Intérieur, notre flotte est-elle suffisante pour lutter efficacement contre les incendies ?

Au-delà de la flotte qui appartient à l'État, les douze Canadairs, les huit Dash et les trois Beech, depuis 2022, le ministère de l’Intérieur loue des avions bombardiers d’eau plus petits, ce qui permet de renforcer la diversité de la flotte. Deuxièmement, la coordination des missions de feux de forêt de portée nationale a été centralisée à Nîmes, ce qui permet d'améliorer l'adaptabilité des dispositifs d'un jour sur l'autre au niveau national. L'État a enclenché la démarche, avec les pays européens, d'acheter quatre nouveaux Canadairs, jusqu’à présent il n'y en avait pas en production. Et puis, il y a les projets nationaux qui sont portés et qui vont arriver à l'horizon 2030. On est sur une trajectoire de temps long qui vise à renforcer la sécurité civile. Le territoire de lutte contre les feux de forêt s'agrandit, peut-être qu’il faudra plus de moyens nationaux pour toujours être aussi efficace. On est en train de développer l'option A400M qui, sur un territoire donné, est super intéressante aussi. Cette stratégie ne dépend pas que des Canadairs pour renforcer et rendre encore plus robuste le modèle français de la sécurité civile, un des modèles les plus efficaces au niveau mondial.

Les messages de prévention sont-ils suffisamment appliqués par la population ?

Notre territoire est magnifique et riche. Chaque citoyen, quelque part, a la capacité de le protéger pour qu'il continue à être aussi attractif. Il faut absolument continuer et encore plus à adopter les bons comportements : ne pas jeter son mégot par la fenêtre de la voiture, pas allumer de feu à proximité des massifs forestiers, pas de travaux aux périodes les plus à risque de la journée. Et respecter les consignes des autorités, quand un massif forestier est interdit d'accès ce n'est pas pour embêter les gens, c’est pour les protéger, limiter les risques de départ de feux et aussi faciliter l'action des secours. Depuis le début de l'été, quatre sapeurs-pompiers sont malheureusement décédés en opération ou en service. Les savoirs-pompiers sont en première ligne et malheureusement peuvent payer le prix fort de cet engagement pour la population.

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