Publié il y a 1 h - Mise à jour le 06.08.2026 - Yannick Pons - 3 min  - vu 270 fois

FAIT DU JOUR Les drones russes dans les mailles des filets du Grau-du-Roi

Sur les quais du port de pêche

- @Yannick Pons

Au port de pêche du Grau-du-Roi, le désarmement de filets usagés mobilise depuis lundi une trentaine de bénévoles. La maille récupérée sera tendue au-dessus de certains axes de Kherson, en Ukraine, où elle doit faire obstacle aux drones russes et mieux protéger les habitants.

Sous le soleil du matin, à l’heure où les vacanciers étendent leurs serviettes sur les plages du Grau-du-Roi, une poignée de bénévoles s’active déjà sur les quais du port de pêche. Un chariot élévateur déroule un filet depuis une large bobine. Au pied des chalutiers graulens, les bénévoles l’étalent sur la chaussée, l'étirent, le découpent et le secouent pour en dégager les câbles, les flotteurs et les cordages.

De lourdes bobines • Veronica3B©ntade

Depuis lundi, le chantier mobilise chaque matin une trentaine de personnes. Sur la chaussée, les bénévoles décortiquent des câbles, des chaînes, des flotteurs et des grosses cordes. Au port, on appelle ça « désarmer » un filet. Les éléments retirés iront à la déchèterie. La maille est repliée dans de grands sacs blancs alignés sur le quai.

Un chantier franco-ukrainien

Solidarité Ukraine 34, basée à Lunel, a mobilisé une vingtaine de réfugiés ukrainiens. Katerina, originaire de Kherson, a rejoint ses compatriotes sur le chantier. Tania Gerbet, réfugiée ukrainienne et cofondatrice de l’association, coordonne le groupe. Les membres du Passe-Muraille, l’association chère à Patrick Granier, artiste peintre et sculpteur reconnu dans la région, travaillent à leurs côtés. Un pêcheur retraité conduit le chariot élévateur qui transporte les lourdes bobines et les filets.

L’opération a été lancée avec l’aide de la mairie du Grau-du-Roi et des acteurs du port. Laure Novi-Verbal, assistante du port de pêche, la Socomap, Sébastien Brunet et David Papy, adjoint au maire et pêcheur, ont participé à sa mise en place. Les associations ont obtenu l’autorisation de récupérer gratuitement ces filets trop déchirés et trop coûteux à réparer, jusque-là entreposés par les pêcheurs.

De grands sacs blancs sont remplis de filets • @Yannick Pons

« On en a quinze big bags comme ça. Le but, pour nous, c’est de récupérer seulement la maille », explique Patrick Granier. Sur chaque pièce, le tri recommence. Les bénévoles coupent les attaches, dégagent les cordages puis séparent la maille du reste. « On est en train de désarmer les filets afin de pouvoir les stocker dans des sacs, puis les transporter dans des big bags jusqu’à Kherson », poursuit-il.

À Kherson, des tunnels de filets

À Kherson, les filets seront déployés au-dessus de certains axes routiers et passages empruntés par les véhicules. « En descendant, les drones vont se prendre dedans. Les hélices seront bloquées et cela les neutralisera », espère Philippe Milon, coprésident de Solidarité Ukraine 34. Cette protection passive peut intercepter certains drones FPV volant à basse altitude, sans toutefois constituer un bouclier parfaitement étanche. Les mailles réduisent tout de même le risque sur les axes couverts, mais ne mettent pas la ville complètement à l’abri.

Les Ukrainiens installent des filets antidrones • Oleg Kononenko / ArmyInform – CC BY 4.0

Un obstacle, pas un bouclier

Dans un article publié le 5 août 2025, ArmyInform, média du ministère ukrainien de la Défense, rapporte que le commandement des forces de soutien considère les filets de pêche comme le matériau le plus efficace pour aménager ces corridors. Résistants et difficiles à distinguer par les opérateurs, ils peuvent accrocher certains drones FPV volant à basse altitude.

ArmyInform rappelle toutefois que ces installations n’offrent aucune garantie complète. Elles réduisent le risque sur les axes couverts et augmentent les chances de protéger les véhicules et leurs occupants, sans arrêter tous les appareils. Un drone peut contourner le filet, profiter d’une ouverture ou passer sous une installation incomplète.

Depuis plus de quatre ans, Solidarité Ukraine 34 envoie de l’aide humanitaire dans le pays. Les précédents convois ont transporté des produits de première nécessité, du matériel médical et des consommables destinés aux hôpitaux. « Il faut protéger les civils, beaucoup d’entre vous ont vu cette vidéo choquante d’un drone qui pourchasse un vendeur de légumes », rappelle Tania Gerbet. À Kherson, souligne-t-elle, les drones russes visent directement la population civile. 

Des filets sur les quais • @Yannick Pons

Le chargement doit quitter Le Grau-du-Roi à la fin du mois d’août ou au début de septembre. Un camion ukrainien viendra récupérer ces grands sacs blancs. Son affrètement coûtera environ 5 000 euros, selon Tania Gerbet. Solidarité Ukraine 34 a ouvert sur HelloAsso une cagnotte intitulée « Filets de pêche anti-drones pour Kherson » afin de financer le transport. « Même quelques euros font la différence », insiste-t-elle. Les filets sont gratuits. Leur trajet jusqu’à Kherson, lui, ne l’est pas.

Là-bas, la cargaison du Grau-du-Roi rejoindra un dispositif déjà imposant. En juin, plus de 200 kilomètres de routes étaient équipés de protections anti-drones dans la région, selon ArmyInform. Le ministère ukrainien de la Défense prévoit d’aménager 4 000 kilomètres supplémentaires d’ici à la fin de l’année. Dans les régions proches du front, l’Ukraine tisse une toile protectrice au-dessus des axes les plus exposés offrant aux civils une barrière contre les drones russes.

Le lien vers la cagnotte, c'est ici

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