Pour un jeune sportif de haut niveau, il est parfois difficile de faire son trou quand on porte un nom particulièrement reconnu dans la même discipline. C’est le cas des Tuilagi dans le monde du rugby avec le papa Henry, international samoan, les oncles Freddie, Alesana, Anitele’a, Sanele Vavae, également internationaux avec les Samoa, tonton Manu, qui a joué avec l’Angleterre et le petit frère, Posolo, jeune international français. Un nom lourd à porter alors imaginez quand en plus, on reçoit le même prénom que son papa.
C’est dans ce contexte qu’évolue donc Henry Tuilagi Jr., le deuxième d’une famille nombreuse composée de cinq frères et deux sœurs. Et même si la famille a été mise dans la lumière notamment par la signature du père Henry à Perpignan en 2007, chez les Tuilagi, on prône la discrétion, fidèle à la culture samoane et on évite au maximum de s’exposer. "D’abord, on agit, on montre sur le terrain et après on parle. Je n’ai encore rien prouvé à Nîmes", lâche d’emblée le joueur de 26 ans en toute humilité. Depuis son plus jeune âge, ses parents l’ont protégé de toute cette médiatisation mais il a appris à vivre avec.
"Mes parents nous ont préparé à ça"
Après avoir quitté très jeune son île natale, le jeune homme a vécu en Italie, en Angleterre avant de poser ses valises à Perpignan au rythme de l’Ovalie dont il attrape aussi le virus familial. "Je me sens samoan-catalan, c’est un peu unique !", revendique-t-il. Il signe sa première licence à huit ans à l’USAP alors que son père évolue en équipe première, ce qui n’aide pas à passer inaperçu. "Mes parents nous ont préparé à ça. Je m’y suis habitué, ce n’est pas un poids. Je suis fier de m’appeler Tuilagi. Après je sais que l’on attend beaucoup de moi et de mon frère Posolo."
Juste après le covid, une discussion avec son père lui ouvre les yeux et il veut devenir professionnel. En 2022, il quitte l’USAP après 14 ans au club. Un déchirement de devoir quitter le cocon familial pour vivre à fond sa passion mais indispensable pour sa carrière sportive. « J’avais besoin d’un bol d’air, de recommencer à zéro et de gagner ma place ailleurs », confie Henry Jr. Il évolue successivement à Carcassonne, Cognac Saint-Jean-d’Angély et Périgueux, sans jamais parvenir à s’imposer, handicapé par plusieurs blessures.
Lassé, il y a quelques mois, alors qu’il termine son contrat en Nationale à Périgueux, il prend une décision radicale. « Je voulais arrêter le rugby. J’étais beaucoup blessé et j’étais loin de ma famille. Je me suis dit je vais bosser avec mes parents. En plus, j’étais en vacances avec eux, je ne voulais plus repartir », confie Henry qui était prêt à rejoindre l’entreprise familiale, traiteur à Perpignan, spécialiste des recettes d’Océanie et du Pacifique.
Mais encore une fois, un échange avec Henry senior va être déterminant. « Mon père me dit toujours qu’il a commencé sa carrière professionnelle à 26 ans et que ce n’est jamais trop tard », raconte celui qui vient d’atteindre cet âge il y a deux semaines. Chez les Tuilagi, tout se règle en famille « et c’est toujours mon père qui a le dernier mot ! ». Un père qui a un rôle aussi d’agent et de conseiller. Henry reprend confiance et par l’intermédiaire de Marius Vialle, joueur qu’il a côtoyé à Périgueux aujourd’hui au RCN, une opportunité pour retrouver le plaisir de jouer se présente à Nîmes.
"Je ne suis pas qu’un douze qui va tout droit"
« Le directeur Samuel Nouchi cherchait un joueur avec mon profil, il m’a appelé et tout ce qu’il m’a dit m’a convaincu de venir. Je ne regrette pas car dès la première réunion, il a parlé 20 minutes et je ne le quittais pas du regard. Son discours était très humain », assure Henry. Ce dernier a une histoire comparable avec son fils Luca Nouchi, qui joue au RCN avec un père ancien professionnel et un petit frère en équipe de France, Lenni Nouchi. Et quel est ce profil qu’il manquait alors ? « Un centre perforateur mais contrairement aux stéréotypes par rapport à mon gabarit, je ne suis pas qu’un douze qui va tout droit », précise le gaillard de 1,86 cm et 112 kg. À Nîmes, il retrouve un certain Tavite Veredamu, de retour au club, qui jouait à l’USAP avec son frère Posolo, « j’ai beaucoup de respect pour lui ».
Passionné depuis quelques mois de pétanque, Henry vient de se trouver un pied à terre en centre-ville à deux pas des arènes et dans la cité des Antonins, il a envie de marquer des essais et réaliser au passage quelques carreaux. Ce dernier est déterminé à faire la meilleure saison possible après cinq années délicates. Il a repris la course cette semaine et termine de soigner une inflammation à l’aponévrose en attendant d'être opérationnel pour que les Tuilagi fassent les deux heures de route depuis Perpignan afin d'encourager le fiston au stade Kaufmann et toujours en famille.