Une cinquantaine de personnes - dont les maires de Saint-Ambroix, des Mages, de Molières-sur-Cèze ou encore de Chamborigaud - ont assisté ce mardi, à Saint-Ambroix, à la réunion de clôture de la consultation du public, préalable à l'obtention d'une autorisation environnementale de l'État pour la réouverture de la ligne Alès - Saint-Ambroix, premier volet de la ligne Alès-Bessèges. "La consultation précède l'autorisation environnementale", introduit Nicole Pulicani, commissaire enquêteur désignée par le tribunal administratif de Nîmes, qui a désormais trois semaines pour rédiger un rapport sur la consultation, qui sera envoyé ensuite à la nouvelle préfète du Gard et téléchargeable sur le site. La préfète disposera de trois mois pour délivrer une autorisation environnementale... ou demander des compléments.
En ligne, le site a comptabilisé 6 013 visites entre le 4 mai et le 4 août, donnant lieu à 1 177 téléchargements de fichiers. Le public a formulé 557 observations, dont 459 avis favorables pour 98 défavorables. Pour les services régionaux, il s'agit donc d'apporter des réponses à ces avis défavorables, même s'ils s'avèrent hors sujet. En commençant par la critique, formulée dans 51 interventions, le "coût du projet trop élevé". "Il s'agit de 40 millions d'euros estimés", avance Carole Beaudroit, chargée d'opérations pour la Région Occitanie.
"L'investissement annuel est de 800 000 €"
Qui détaille ce que contient la somme : "La régénération complète d'une ligne, voie et télécommunications associées (...) la remise en état des ouvrages d'art (...) la création de trois haltes ferroviaires (...) la modernisation de tous les passages à niveau. Mais c'est un investissement durable, conçu pour vivre sur 50 ans, même si les ouvrages en question ont déjà 120 ans." Ramené au nombre d'années, "l'investissement annuel est de 800 000 €, poursuit Carole Beaudroit. Comparé à la route, le coût au kilomètre est plus élevé - à l'exception des autoroutes - mais pour une durée de vie nettement supérieure.
Vingt-huit personnes se sont interrogées sur l'opportunité de changer la voie SNCF en voie verte et d'augmenter la fréquence des bus. La Région insiste, elle, sur l'intérêt collectif d'une ligne ferroviaire comparée à une voie verte, la nécessité qu'il y aurait à reprendre entièrement le dossier depuis le début et le coût d'une dépose et création de la voie. Aujourd'hui, deux lignes de bus d'Alès Agglo assurent le lien entre Alès et Saint-Ambroix. "Elles sont aussi soumises aux congestions routières et sont peu utilisées par les individus". Outre la fiabilité plus grande du train, la Région attire aussi l'attention sur les conséquences positives des réouvertures des lignes Montréjeau-Luchon ou de la rive droite du Rhône, qui ont attiré de nouveaux usagers.
"L'objectif, ici, ce sont sept aller-retour par jour, tous les jours"
Justement, "la fréquentation de la ligne a-t-elle été évaluée ?", ont demandé 25 contributeurs lors de la consultation. "L'étude de mobilités 2026 a donné entre 650 et 750 voyageurs par jour", en semaine scolaire, répond Carole Beaudroit. Mais les pôles d'échanges multimodaux qui doivent être installés à Salindres et Saint-Ambroix, avec concentration des services de transports au même point, boosteront forcément le chiffre, comme sur la ligne Montréjeau-Luchon, qui a doublé les attentes. "L'autre sujet était l'absence de bus les dimanches et jours fériés, intervient le maire de Saint-Ambroix, Jean-Pierre De Faria. L'objectif, ici, ce sont sept aller-retours par jour, tous les jours."
Ce qui ouvre la question des nuisances sonores, qu'elles proviennent du chantier ou de la ligne en service. "En phase d'exploitation, l'impact sera inférieur à 63 décibels, soit le seuil réglementaire le jour", avance la Région Occitanie, qui promet des "vibrations réduites au roulage" grâce à de nouveaux rails soudés entre eux. Dans la salle, un homme résidant à la Montagnette s'inquiète des coups de klaxon en entrée et en sortie de tunnel, à proximité de son habitation, et demande qu'une dérogation soit délivrée pour que les conducteurs de trains puissent s'en abstenir.
La Région tient aussi à répondre aux cinq interventions s'interrogeant sur "l'absence de démonstration de sa rentabilité". "La rentabilité de ce type de projet n'est jamais démontrée, insiste Carole Beaudroit. Il est aussi difficile de chiffrer les bénéfices induits." Et Jean-Luc Gibelin, vice-président de la Région Occitanie en charge des transports et élu à Salindres, précise, en pensant aussi à la question des nuisances sonores : avec une ligne de chemin de fer à proximité, "la hausse de la valeur des territoires est évidente. On l'a mesuré à Bagnols-sur-Cèze ou Pont-Saint-Esprit avec la réouverture de la rive droite du Rhône."
Jean-Luc Gibelin réaffirme que la ligne ira jusqu'à Bessèges, "c'est l'engagement qui a été pris". En souhaitant que le travail puisse être lancé "avant la fin de la phase 1. On a demandé rendez-vous avec la sous-préfète d'Alès qui vient d'arriver, puis avec la nouvelle préfète afin de connaître leurs intentions sur le projet. L'avis favorable très majoritaire nous incite à continuer."
Dans tout cela, on en oublierait presque l'environnement, objet premier de la consultation. Jean-Luc Gibelin n'est pas surpris que le sujet ait à peine été évoqué, par le biais de la faune ou des espèces envahissantes. "Mais on voit une mobilisation citoyenne très forte. On est très au-delà des chiffres de réponses dans ce genre de consultation."
Après avis des services instructeurs (agence régionale de santé, haute autorité environnementale, etc.), le préfet a trois mois pour donner l'autorisation. "Nous avons rendez-vous avec la sous-préfète d'Alès dès lundi", explique Jean-Luc Gibelin. Au mieux, l'autorisation environnementale pourrait intervenir début novembre. "Mais la décision reste une responsabilité individuelle du préfet", prévient l'élu régional. Qui confie à Objectif Gard, résigné mais sans trop le redouter : "De mon point de vue, il y aura de nouvelles demandes de la part de la préfecture, c'est inévitable..."