C'est au sein de leur appartement à Vauvert que nous rencontrons Rémi Boileau et sa femme Patricia. Dans leur intimité, de nombreux tableaux, trophées, médailles ou autres récompenses trônent, sur les murs, les étagères et même sur la porte d'entrée. Symbole de nombreux accomplissements réalisés, ces souvenirs marquent encore, et continuent à se créer avec les mois qui passent.
Tous deux retraités, ils ont consacré leur vie aux marathons, qu'ils soient proches d'ici, ou très loin. Et pourtant, rien ne destinait Patricia Boileau, à embrasser ce sport : "J'ai débuté la course à pied par pur hasard, parce que je me faisais dispenser de sport à l'école. Je n'aimais pas ça du tout", sourit-elle. "Et puis j'ai eu un fils, puis des jumelles, et à leur naissance j'ai voulu me changer les idées et commencer à courir". Sa première course, la Foulée des Halles à Vauvert en 1988, elle s'en souvient encore, son corps aussi : "Je n'étais pas entrainée et j'ai énormément souffert", raconte-t-elle. Quelques années après, elle rencontre Rémi, et la course finit par devenir un mode de vie. Presque chaque dimanche, ils couraient. D'un marathon de temps en temps, cela s'est transformé à un par mois.
Rémi Boileau quant à lui, a commencé à 28 ans par une course à Vauvert, qui lui a plu. De fil en aiguille, il se met aux semi-marathons, puis découvre la terrible Marvéjols-Mende, une des plus anciennes et difficile de la région, avec deux cols à monter. "J'ai réussi à faire un temps très sympa, et quelques mois après j'ai fait le marathon de Montpellier. Puis j'ai continué", témoigne-t-il. 250 marathons composent désormais son palmarès, quelque chose qu'il n'aurait pas imaginé même dans ses rêves les plus fous. Patricia, porte son compteur à 171.
"Le plus dur c'était le climat"
Et parmi tous ces accomplissements, certaines courses trottent dans leur tête. "Le plus beau marathon pour moi a été celui de Washington. Ça m'a beaucoup touché parce qu'il est réalisé par des marins américains, dont certains sont blessés ou handicapés, voire amputés. Sur le "Blue Miles", il y a des photos à droite et à gauche de soldats, c'est très émouvant. Et ils sont très patriotes, ils jouent leur hymne national sur la ligne de départ. Ils ont la main sur le coeur". Les marathons les plus durs pour Patricia se situent en Suisse ou au Liechtenstein. "On part d'en-bas et on monte au sommet, c'est presque de la randonnée, on ne peut pas courir partout. Mais quand on arrive, on a cette sensation de bonheur".
Pour Rémi, le plus dur c'était le climat asiatique. "Par exemple à Singapour récemment, c'était affreux avec le taux d'humidité. On avait qu'un but, c'était de le terminer, je ne sais pas comment les gens font pour courir là-bas", sourit-il. "Mais le plus grand marathon pour moi c'est New York, c'est celui qui m'a le plus impressionné". Il l'a terminé trois fois, la première fois en 1989 et tout seul. Alors employé du bar des Halles, il voyait la retranscription à la télévision, ce qui lui a donné envie de le faire. "J'ai économisé un peu grâce aux pourboires des clients et je me le suis payé. Mais j'avais envie de le partager avec les copains parce que j'y ai vu des choses extraordinaires. Et trois ans après j'y suis retourné, avec une quinzaine de personnes", raconte-t-il pour la petite histoire. Et après une nouvelle épopée en 2005, il y retournera avec son épouse début novembre.
Les États-Unis représentent d'ailleurs une destination de choix pour les marathoniens. Le couple cumule 18 marathons là-bas : "Les gens sont très nombreux dans les rues pour nous encourager. À New-York, quand on se balade le lendemain avec notre médaille, on est pris pour des héros". Et ils profitent de leurs épreuves sportives pour s'accorder quelques jours de répit, en visitant les environs des pays dans lesquels ils se rendent. Selon les endroits, ils peuvent rester minimum huit jours, le temps de s'acclimater au décalage horaire et profiter sur place. Et cela représente un gros chiffre : quarante pays ! Petite anecdote amusante : le couple s'est même marié à Las Vegas juste après avoir couru le marathon local. Aujourd'hui, le couple ne cherche plus la performance, mais à finir les marathons, ce qui représente déjà une très belle réussite. Mais surtout, il se focalise sur des marathons qui sortent de l'ordinaire, comme celui du Médoc où il faut être impérativement déguisé et où les arrêts pour se ravitailler sont fréquents.
Bien se préparer à un marathon
Il faut d'abord s'y prendre à l'avance, car un marathon ça ne s'improvise pas. Au moins deux ou trois mois à l'avance, et faire des sorties progressives, sans faire de longues distances immédiatement. Trois semaines avant le marathon, Patricia conseille de réaliser une sortie de 30 ou 35 kilomètres, puis de redescendre en distance progressivement. "Personnellement, je ne fais plus rien avant un marathon, c'est repos complet". Aujourd'hui, elle s'entraîne moins, seulement quelques sorties comblent son quotidien. Et petite particularité : elle court sans montre depuis quelques années, pour ne pas avoir la pression du temps. "Mais c'est toujours la même émotion d'arriver à la fin".
"Un marathon c'est spécial, il ne faut pas le prendre à la légère. On sait qu'on va souffrir mais c'est 50% dans la tête, il faut arriver à courir même avec un mal de jambes, sans pour autant arriver à la fin dans un état catastrophique", pointe Rémi. "Il n'y a aucune autre course que le marathon qui peut nous donner cette joie. On a toujours la même réaction quand on reçoit notre médaille : on est fiers. Si après on a mal pendant trois ou quatre jours après la course, on sait pourquoi".
Et les prochaines échéances sont déjà fixées. Outre New-York donc, Vilnius (Lituanie), Luxor (Égypte) et les marathons de Dijon et de Cognac sont sur la liste du couple Boileau. "On aimerait faire des marathons en Asie, par exemple à Bali, parce qu'ils sont spéciaux. Après pourquoi pas faire celui de Lanzarote (Îles Canaries), ou sinon en Norvège ou en Finlande. On a encore plein d'idées et de projets, tant que la santé nous le permet". Et pour se préparer, ils se sont servis des fêtes votives, avec les abrivados et les longues.
Courir à Vauvert
En 2008, le couple a créé l'association "Courir à Vauvert" et a initié des centaines de personnes à la course à pied. Certains ont suivi, d'autres sont partis, mais la fierté reste la même. Tous les ans, au mois de septembre, ils proposent à travers une méthode douce alliant marche et course, de réaliser un 5 km sans s'arrêter. "Certains font des marathons régulièrement ou des trails, c'est notre plus grande réussite", s'exprime Rémi. D'une douzaine de personnes au début, ils sont désormais 140 en 2026, en comptant la section marcheurs et la section enfant.