Mathieu Laurent est un personnage familier du mundillo politique. Pourtant, peu connaissent son histoire, les racines de son engagement et le sens qu’il donne à sa vie. Aujourd’hui directeur de cabinet du maire de Marguerittes, le Nîmois fut directeur de la communication du Conseil départemental sous la présidence de Denis Bouad. Une tâche qui, à l’époque, n’était pas de tout repos, tant le président s’attachait à médiatiser son action. Mathieu Laurent est né à Paris, dans une famille de gauche, protestante et cévenole. S’il a vu le jour dans la capitale, le garçon le doit à ses parents, partis y poursuivre leur carrière : « Notre appartement, c’était un atelier. Mon père peinait, il dirigeait les Beaux-Arts de Saint-Ouen et ma mère, elle, était danseuse aux Folies Bergère. »
Journaliste pendant 20 ans à La Marseillaise
Chez eux, l’engagement au Parti communiste est une sorte d’évidence. Un mode de vie. Après la naissance de leur fils, ses parents ne tardent pas à rentrer au pays natal. Son père, Maurice Laurent, fonde à Nîmes l'Atelier 51, réunissant plusieurs artistes et présidé par une certaine Betty Jalaguier, grand-mère de Vincent Bouget, aujourd'hui maire de Nîmes. Mathieu Laurent fait son école primaire à Marguerittes. C’est là qu’il rencontre Rémi Nicolas. Un ami qu'il ne quittera plus. Le jeune homme part ensuite à la faculté de Montpellier. Sans grand succès : « Après trois ans, je n’avais toujours rien validé. Je suis revenu et j’ai commencé à piger pour le journal La Marseillaise, raconte-t-il. On était mal payés, mais les journaux donnaient leur chance aux jeunes. » Mathieu Laurent écrira pour le journal pendant près de 20 ans, de 1985 à 2004.
Avec du recul, celui qui a aujourd’hui 58 ans reconnaît : « Quand je regardais le travail de mon père, j’avais pas compris que la création demandait non seulement du talent, mais une véritable technique qu’il fallait travailler. Moi, à cette époque, je n'étais pas très persévérant... » L’année 2004 est malheureusement un tournant poignant dans sa vie : son père décède. « Je me suis demandé comment je pouvais m’inscrire dans ses pas… » Mathieu Laurent appelle une vieille connaissance : Patrick Malavieille, qui vient de prendre la direction de la culture aux côtés de Georges Frêche à la Région. Le Nîmois a rencontré Patrick Malavieille, également maire de La Grand’Combe et élu départemental, lors des grèves des mineurs. Son père, accompagné de plusieurs artistes comme Jean-Marc Stetka, a peint une fresque à Ladrecht.
Directeur de la communication au Département
Patrick Malavieille lui propose un poste de collaborateur du groupe communiste au Département. Le début d’une nouvelle aventure. Mathieu Laurent vit intensément la campagne des élections « cantonales » de 2011 (aujourd’hui départementales, NDLR), lorsque Alain Clary laisse la place à Christian Bastid. Il y apprend « les stratégies politiques, les rapports de force », mais aussi le rôle de l’élu local qui, « confronté aux difficultés des gens, garde les pieds sur terre ». Le collaborateur passe le concours de la fonction publique. Il bascule dans l’administration en tant que chef de service culture. Il y rencontre Sébastien Arnaud, directeur du service culture et éducation. Avec le vice-président Patrick Malavieille, le trio participe à la création du dispositif « Artistes au collège » : « Je suis assez content… L'un des combats de mon père était que les artistes soient reconnus dans leur rôle social. »
En 2015, Mathieu Laurent fait la campagne de Christian Bastid et d’Amal Couvreur sur le canton de Nîmes 2. Suite à l’élection à la présidence de Denis Bouad, le directeur de cabinet, Sébastien Arnaud, compose une nouvelle équipe. Mathieu Laurent est promu directeur de la communication : « Ça a signé mon retour en politique. Aujourd'hui, je ne ferai plus autre chose de ma vie. » Autre élection, autre défi. Rémi Nicolas, en campagne pour les municipales de Marguerittes de 2020, demande un coup de main : « Rémi est un très grand ami. Neuf fois sur dix, on a la même idée. C’est extrêmement fluide… Ce qui ne veut pas dire que l’on est toujours d’accord. » Dans la foulée de la victoire, Mathieu Laurent devient directeur de cabinet. Une fonction qui lui va bien : « Je suis assez éclectique, ce métier est très divers. Notre objectif aujourd’hui est de moderniser Marguerittes, de l’adapter au monde d’aujourd’hui. »
Un hommage à Maurice Laurent ?
Jusqu’où ira Mathieu Laurent ? Fidèle à Rémi Nicolas, le collaborateur suivra son ambitieux ami. En parallèle, le quinquagénaire n’oublie pas un autre de ses combats : rendre hommage à son père : « J’ai plus de 400 tableaux, un millier de gouaches et des tonnes d’archives… Un jour, il faudra que je les trie, que je les classe et que je les valorise. Il faut que je fasse quand même vivre sa mémoire. Ça fait 20 ans qu’il est mort et il disparaît un peu du paysage… » Pourtant, les Nîmois, sans le savoir, côtoient chaque jour son héritage : « Il y a la grande fresque sur un immeuble, place Avogadro à Nîmes, celle à droite de la passerelle pour aller sur la route d’Alès… À partir des années 70, mon père s’est lancé dans les peintures murales, que ce soit dans la ville, les usines… L’idée était de démocratiser l’accès à la culture. » Une ambition que Mathieu Laurent semble avoir faite sienne. Quelque part, comme son père, le collaborateur a toujours travaillé dans l’ombre à rendre les choses visibles.