Installé à Avignon depuis quatre ans, le comédien joue au théâtre du Girasole aux côtés de Stéphane Bierry et Prisca Lona, sous la direction d’Alexandre Tchobanoff.
Objectif Gard : Qui êtes-vous et d’où venez-vous ?
Yann Colette : Je suis originaire de Cannes, mais je suis né artistiquement à Avignon. C’est la raison pour laquelle je suis venu m’y installer il y a quatre ans. Je veux y finir ma vie, mais pas tout de suite ! Tout a commencé avec la bande de l’École de la rue Blanche, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin, Pierre Pradinas et d’autres encore. Nous avons créé le théâtre du Chapeau Rouge dans les années 80, qui n’a plus rien à voir avec le Chapeau Rouge d’aujourd’hui. Nous avons monté plusieurs spectacles qui ont rencontré le succès à Avignon, puis à Paris. L’aventure a duré une dizaine d’années.
Quel est votre parcours ?
Je suis parti le premier. Jean-Pierre Darroussin, Catherine Frot puis les autres ont suivi. Pierre Pradinas est parti vers des projets plus commerciaux, auprès d’acteurs « bankable ». Moi, j’ai eu la chance d’être appelé par le théâtre « intello » et de rencontrer de vrais fous furieux comme Bruno Bayen ou Antoine Vitez. Ils étaient capables de tenir des conversations surréalistes sur la façon d’éplucher une orange pendant une scène. C’est en les voyant que j’ai tout compris. Par la suite, je n’ai eu à regretter aucun de mes choix. J’ai travaillé sous la direction de Bruno Bayen, Antoine Vitez, Sophie Loucachevsky, André Engel, Matthias Langhoff, Alain Françon, Jean-Louis Martinelli, David Géry, Krzysztof Warlikowski et Roland Auzet. J’ai également été pensionnaire de la Comédie-Française sous l’administration générale de Marcel Bozonnet. Je suis resté deux ans, puis j’ai repris ma liberté. Ce n’était pas pour moi. Au cinéma, j’ai vraiment été révélé dans La Maison assassinée de Georges Lautner. Puis les projets se sont enchaînés. La première fois que j’ai rencontré Enki Bilal, dont je connaissais très bien son travail, nous avons parlé pendant trois heures. Ça a tout de suite fonctionné. J’ai joué dans tous ses films, à commencer par Bunker Palace Hôtel, tourné à Belgrade. C’était un tournage assez particulier… J’ai aussi travaillé auprès de réalisateurs très différents comme Andrzej Zulawski, Philippe de Broca, Jacques Rivette, Édouard Molinaro, Bernie Bonvoisin ou Robert Altman.
De quoi parle votre spectacle et qu’avez-vous envie que le public en retienne ?
Le Circuit ordinaire est une pièce que Jean-Claude Carrière a écrite en trois semaines, durant le mois de juillet 2002 à Avignon. Il en a même proposé une lecture dans le In. Jean-Pierre Marielle lisait les deux personnages. Bizarrement, cette pièce n’a jamais vraiment été jouée. Deux acteurs l’ont présentée au Studio Hébertot, mais très peu de temps. Je crois qu’il s’agissait davantage d’une mise en espace. Cela durait une heure. Ce n’était pas véritablement une mise en scène. Je suis à un moment de ma vie où je suis tranquille. J’ai une bonne retraite et je n’ai pas besoin de travailler. Cette pièce m’a touché. J’y suis allé pour Carrière. Parce que Carrière. La pièce raconte, non sans humour, la délation ordinaire. Jean-Claude Carrière dissèque les mécanismes des régimes totalitaires, la délation, la manipulation et la peur. Il le fait avec le génie qui le caractérise. Son écriture fine et juste est teintée d’humour. Ce qui est magnifique, c’est que les mots ne constituent que la partie émergée de l’iceberg. La partie immergée, dense et lourde de sens, se trouve dans tout ce qui n’est pas écrit et se joue dans les silences. L’écriture de Carrière, ce sont aussi ses silences. Particulièrement dans Le Circuit ordinaire. Cette pièce est un chef-d’œuvre de dramaturgie qui interroge les valeurs d’une démocratie en danger. C’est un avertissement, une sonnette d’alarme. Le Circuit ordinaire est à nos portes et, au regard de la situation actuelle, il devient urgent de réagir.
Quel est votre plus beau souvenir de scène ?
C’était lorsque je jouais Quartett de Heiner Müller aux côtés d’Évelyne Didi, au théâtre de l’Athénée à Paris. L’auteur était dans la salle. À la fin du spectacle, il est venu dans ma loge et m’a embrassé comme un fou, puis il a fait de même avec ma partenaire. C’était un moment unique…
Infos pratiques
Le Circuit ordinaire, de Jean-Claude Carrière
Du 4 au 25 juillet 2026, à 13 h 35. Relâche les mercredis. Théâtre du Girasole, 24 bis rue Guillaume-Puy, Avignon. Durée 1 h 15. Mise en scène d’Alexandre Tchobanoff. Sur scène, Yann Collette, Stéphane Bierry et Prisca Lona. Réservations au 04 90 82 74 42 ou sur le site du théâtre du Girasole.