Police de l'environnement (Office français de la biodiversité), police de la forêt (Office national des forêts) et gendarmerie nationale composent ensemble la patrouille de sécurité et de police renforcée (PSPR) à la demande de la préfecture du Gard dans le cadre de la prévention des feux de forêt. Depuis le 9 juin, cette patrouille interservices se déploie sur le terrain une fois par semaine. "Le nombre, c'est important ! Nous avons la connaissance du terrain et d'être accompagné des gendarmes permet d'avoir un contact plus posé. Les hommes en bleu sont mieux identifiés que nous. De suite cela pose le dialogue car on ne tombe pas que sur des gens calmes dans une société qui évolue vers plus d'incivilités", détaille Xavier Ravaux, technicien forestier sur le secteur du Gardon.
Avec la sécheresse et les fortes chaleurs survenues assez tôt, la patrouille a donc dû s'employer plus tôt. "Ce n'est jamais arrivé d'avoir un tel niveau de risque incendie si tôt dans la saison", assure Thierry Mamalet, responsable de l'unité territoriale Garrigues-Rhône. Alors plus que jamais la prévention est de rigueur sur les lieux qui accueillent une forte fréquentation avec un massif forestier important fortement combustible. Deux paramètres qui aggravent le risque incendie et que l'on retrouve sur la partie aval des gorges du Gardon. Cette patrouille a vocation à faire de la prévention et à sensibiliser le public sur les risques incendies, mais elle est surtout impliquée sur un volet répressif. Tolérance zéro sur l'emploi du feu et verbalisation systématique avec 145 euros d'amende.
200 hectares de forêt communale partis en fumée
"La phase préventive a assez duré, maintenant on ne sensibilise plus, c'est fini, c'est assez clair", insistent les représentants de l'ONF qui rappellent à chacun de se référer à la carte de la préfecture sur le risque incendie, mise à jour quotidiennement. Vendredi dernier, jour de l'immersion avec la patrouille, le massif "Garrigues" qui englobe les berges du Gardon entre Collias et Remoulins, est en alerte orange. L'accès n'est pas interdit comme en alerte rouge, mais il est déconseillé. Alors quelques jours après l'incendie de Lédenon et Bezouce qui a parcouru 540 hectares et ravagé 200 hectares de forêt communale, mettant à mal les ressources forestières et certaines espèces de reptiles, la chasse aux barbecues sauvages et aux mégots est quotidienne pour les différents services.
Car une cigarette mal éteinte suffit dans ces herbes sèches et cannes de Provence vulnérables et tout s'embrase très vite. "Fumer à moins de 200 mètres d'un massif forestier est interdit", souligne Thierry Mamalet. Ce dernier demande aux fumeurs d'éteindre leur cigarette lorsqu'ils en croisent. Pour rappel, neuf incendies sur dix sont causés par l'homme, par malveillance ou imprudence. Des patrouilles qui se font à pied, en canoë pour accéder à certaines berges, mais plus à cheval. À l'instar des policiers espagnols en renfort pendant la feria de Nîmes, une policière allemande fait partie de l'équipe car il est constaté une forte présence de touristes allemands durant l'été sur ce secteur.
"Lundi dernier, on a verbalisé des jeunes"
Ce jour-là, le premier arrêt se fait à l'étang de Valliguières, lieu prisé des pêcheurs qui ont installé des barbecues fixes, qui permet ensuite de rejoindre à pied les berges du Gardon à Remoulins. Rapidement, de nombreux mégots sont aperçus au sol et à deux reprises des traces plus que visibles de barbecue sauvage sont constatées. Ils sont immédiatement géolocalisés par les agents pour avoir des informations précises et des axes lors de la prochaine patrouille. Et détruits pour ne pas inciter d'autres passants à reproduire la même chose. "Sur ce site, on a compté 17 places de feu l'année dernière contre deux seulement cette année, donc cela montre que le contrôle porte ses fruits", salue Xavier Ravaux, louant aussi ce mérite à la surveillance active de la police municipale et à la mise en place d'un arrêté interdisant l'accès en voiture à certains endroits. "Bien souvent, les incivilités sont liées à la proximité de la route", constatent les agents. Ces derniers doivent faire preuve de détermination face à la bêtise humaine et aux arrachages permanents des panneaux indiquant l'interdiction de faire du feu et des barrières.
Un échange a eu lieu avec une famille en train de pêcher. "Le père vient régulièrement et on l'a surpris début juin en train de faire un barbecue. Depuis, c'est lui qui nous appelle pour nous avertir si des gens font un feu, voilà le résultat d'être sur le terrain", illustre et confie un agent de l'ASVP de Remoulins. La mission se poursuit ensuite à Collias sur la rive gauche avec une forte affluence et des familles qui viennent avec tout un attirail pour passer une bonne partie de la journée. Aucun usage du feu constaté cette fois-ci mais la PSPR reste sur le qui-vive. "Les missions récurrentes de contrôle font que le nombre d'incivilités a sensiblement baissé depuis 15 ans mais il ne faut jamais relâcher la pression. C'est une lutte permanente ! Il faut occuper le terrain et parfois réprimer. Lundi dernier, sur une mission de nuit, on a verbalisé des jeunes qui avaient allumé un feu sur le bord du Gardon", résume et conclut Xavier Ravaux. Preuve que cette patrouille est plus que jamais utile pour éviter un terrible incendie et de potentielles victimes.