Publié il y a 1 h - Mise à jour le 01.05.2026 - Yannick Pons, François Desmeures et Erwan Robert - 6 min  - vu 72 fois

GARD Menacé dans son universalité, le 1er-Mai s'est joué dans la rue

manifestation premier mai nimes 2026

À Nîmes, devat la maison carrée

- @Yannick Pons

Dans un contexte marqué par une proposition de loi de Gabriel Attal visant à assouplir le travail le 1er-Mai, puis par la confirmation, le 29 avril, par Jean-Pierre Farandou d’un projet de loi à venir afin de clarifier le cadre juridique dans les boulangeries et les fleuristes, la Journée internationale de lutte a rassemblé plusieurs milliers de manifestants dans le Gard.

Dans les cortèges aujourd'hui, les questions du travail le 1er-Mai, du logement et de la redistribution des super-profits se sont imposées comme un point central des revendications gardoises.

À Nîmes, les élus étaient de la partie

À Nîmes, les Simones, Attac, FO, les Flem-hard.es, les JC, les élus, le maire Vincent Bouget, la CGT… étaient tous là ce matin devant la Maison Carrée pour défendre les droits des travailleurs. Le cortège composé d'un millier de personnes s’est élancé vers 11h, a contourné le centre ancien par l’avenue du Général-Perrier et le boulevard de l’amiral-Courbet, avant de terminer devant la préfecture du Gard.

Après l'annonce par TotalEnergies mercredi d'un bénéfice net de 4,96 milliards d'euros pour son premier trimestre (+ 51 % par rapport à l’année dernière) lié à la guerre au Moyen-Orient, le groupe socialiste a proposé de taxer les bénéfices exceptionnels à hauteur de 20 % afin que cet argent revienne aux Français. Pierre Jaumain, artisan du regroupement de gauche élu récemment à la mairie de Nîmes, était présent dans le cortège. "C'est l'unité qui fait la force. Il est normal que les élus viennent en soutien du monde du travail, qui a des revendications fortes, notamment sur les salaires. Parce qu'aujourd'hui, les prix du carburant explosent, les prix de l'énergie explosent en général. C'est de plus en plus dur pour les travailleurs. Les salaires, eux, n'augmentent pas. La rémunération du capital n'a jamais été aussi importante. La rémunération du travail n'a jamais été aussi faible », a confié le vice-président de Nîmes Métropole, adjoint délégué à l'Habitat et au Renouvellement urbain de la mairie de Nîmes.

Le logement est également une préoccupation dans le Gard et notamment à Nîmes, où près de deux tiers des Nîmois sont éligibles à un logement social. « Il y a trop de travailleurs aujourd'hui qui vivent dans leurs voitures. Parce que, même s'ils cumulent plusieurs emplois, ils n'ont pas la possibilité de se loger. On vient rappeler que les travailleurs et les travailleuses, c'est l'essentiel de la France », a conclu l’édile nîmois. La manifestation s'est conclue par un apéro repas à la CNT30, rue d'Arnal.

manifestation premier mai nimes 2026
Référence à la première Dame • @Yannick Pons

À Alès, près de 600 personnes entre menaces sur la journée et souvenir de Calvin

Co-secrétaire départementale de la FSU, Myriam Vermale a donné le ton du défilé du 1er-Mai, parti des marches de la mairie d'Alès, en souhaitant avant tout rendre hommage à Calvin, lycéen de 15 ans décédé à Bagnols-sur-Cèze lors d'un stage d'observation en entreprise. À Objectif Gard, Myriam Vermale explique qu'il n'y a eu aucun accompagnement, "ni pour l'entreprise, ni pour les élèves. Et la multiplication des stages ne sert à rien", s'offusque la leader syndicale gardoise.

Prises de parole sur le perron d'Alès de la mairie, avant le départ du cortège • François Desmeures

Elle a aussi rappelé l'importance du 1er-Mai aux yeux syndicaux. "On nous a déjà volé deux ans de vie avec les retraites, on ne va pas se faire voler le 1er-Mai !". Une "attaque contre les droits sociaux" que dénonce également Martine Sagit, secrétaire de l'union locale CGT. "Le 1er-Mai est le symbole des luttes gagnées par ceux qui y ont laissé leurs vies."

Derrière la banderole de l'intersyndicale, le cortège est allé de la mairire à la Bourse du travail • François Desmeures

"Ils veulent vulgariser le 1er-Mai, poursuit la syndicaliste. Les salariés pensent qu'ils vont être payés double. Nous, notre combat, c'est la hausse des salaires... Il semble qu'il y ait de l'argent pour la guerre, pas pour respecter le droit, pas pour la jeunesse, et pas pour les anciens..." "Ils", ce sont aussi les patrons, dont les responsables syndicaux ont récemment approché les dirigeants du RN. "Du copinage, dénonce Martine Sagit, qui va avec notre slogan : 'Le recul social fait le lit du RN'."

L'un des signes de l'attachement des manifestants à la journée du 1er mai • François Desmeures

Elle a aussi plaidé pour que "l'églantine remplace le muguet de Pétain" et le symbole qui l'accompagne, le triangle et ses trois côtés, car "à l'époque, les ouvriers défilaient pour la journée de 8 heures. Et il y avait trois côtés pour diviser la vie entre travail, loisirs et sommeil."

Troquer le muguet par l'églantine, combat symbolique de la CGT • François Desmeures

Au milieu des Jeunes communistes, de la fédération anarchiste, de la CNT, de membres de L'Après et des syndicalistes CGT, FSU et FO, des personnalités politiques cévenoles étaient également présentes, comme Patrick Malavieille, le conseiller régional Jean-Luc Gibelin, l'ancien député Michel Sala, la conseillère départementale Isabelle Jouve, Claude Cerpedes, maire de Saint-Martin-de-Valgalgues, ou encore le nouveau maire de Saint-Julien-les-Rosiers, Éric Plantier.

Les salariés de l'ESAT des Gardons étaient dans le cortège • François Desmeures

À Bagnols/Cèze, un jour férié à conserver coûte que coûte 

Le 1er-Mai est un jour férié depuis 1947. Des manifestants bagnolais et la CGT du Gard, veulent qu’il le reste. Environ 80 personnes se sont réunies devant La Poste de Bagnols/Cèze, ce vendredi férié vers 10h30. Un vendredi off dans la rue à scander leurs droits. Marie Dufresne, secrétaire de la CGT du Gard, a lancé un message, lors de sa prise de parole, face à la foule : « Le 1er-Mai est un jour férié obligatoirement chômé et payé. »

Un rappel historique a été fait, pour rappeler comment ce jour férié a été acquis : « Le 1er-Mai​​​​​​​ 1890 est la date retenue en mémoire de la grève des ouvriers de Chicago. En 1886, des centaines de milliers d’ouvriers américains sont en grève pour réclamer la journée de travail de 8h, contre 10, 12 et parfois même 14h de travail au quotidien imposées par le patronat », soulève-t-elle. Une lutte qui s’était terminée dans un bain de sang. Cinq ans plus tard, en France : « En 1891, le 1er-Mai​​​​​​​ va être tragiquement endeuillé à Fourmiès, petite ville du Nord de la France, où tombent les premiers martyrs de la journée internationale des travailleurs », remémore-t-elle.

1er mai Bagnols/Cèze Cgt
Les manifestants du 1er mai bagnolais se sont réunis devant La Poste. • E.R

Après ce rappel, retour au présent. Car la lutte continue : « En ce printemps 2026, un projet de loi est déposé sur les bureaux de l’assemblée et remet en question le caractère obligatoirement chômé du 1er-Mai ». Une proposition de loi rejetée, à l’Assemblée nationale, le 3 juillet dernier, avant une seconde lecture au Sénat, le 10 avril dernier. La question reste donc en suspens.

Des revendications : 1er-Mai chômé et prix du carburant bloqué

Quelles sont les revendications ? « L’augmentation générale des salaires, le blocage des prix du carburant et, pour conserver notre 1er-Mai, férié obligatoirement chômé et payé », a ciblé Marie Dufesne, en insistant sur le pouvoir d’achat des Bagnolais. Celle-ci a fustigé, en fin de discours, l’idéologie de l'extrême droite.

Un parti pointé du doigt qui serait, selon elle, mal intentionné vis-à-vis de la population : « Nous vivons un moment où les idées d’extrême droite trouvent un certain écho face aux difficultés que vivent un bon nombre de citoyens. (…) Ne nous laissons pas abuser par l’imposture des idées d’extrême droite, distillées par le RN, Reconquête et leurs acolytes, grands amis du patronat et pires ennemis des travailleurs et travailleuses ».

Amnesty International était aussi dans les rangs, pour faire entendre ses missions. Des volontaires s’engagent pour relayer la campagne « À la merci d’un papier ». C’est-à-dire ? « Faire respecter les droits des personnes, pour faire renouveler les titres de séjour, dans les bons délais », rapporte l’un des porte-paroles.

1er mai Bagnols/Cèze Cgt
Des membres d'Amnesty International, ont participé à cette journée de lutte. • E.R

Pascal Le Boulch : « Le 1er-Mai, c’est une vraie bataille idéologique »

Parmi les représentants de la CGT présents lors de cette mobilisation pacifique figurait Pascal Le Boulch. Le secrétaire général de l'union locale de la CGT du Gard Rhodanien insiste : « Le 1er-Mai, c’est une vraie bataille idéologique. » Tout en donnant son point de vue sur la situation actuelle, nuisant à ses yeux aux travailleurs : « Supprimer le 1er-Mai​​​​​​​, c’est toujours à l’émancipation des travailleurs. C’est fondamental de défendre le partage de la journée, pour gagner sa croûte, se cultiver, avoir des loisirs et profiter de sa famille », développe-t-il.

1er mai Bagnols/Cèze cgt
Marie Dufresne et Pascal Le Boulch, ont porté haut et fort leurs revendications pour que le 1er mai reste férié et chômé. • E.R

Leur mot d'ordre : rester attentif à la situation actuelle et préserver ce droit acquis, coûte que coûte : « Nous serons toujours là pour défendre les travailleurs et les idées sociales. On sera très vigilant sur ce qui se passera à l’avenir. Nous voulons valoriser la valeur travail, que la richesse soit mieux répartie. »

Un slogan a résonné : « Vive le 1er-Mai​​​​​​​, nous ne laisserons personne nous le voler ». Pour l'anecdote : certains manifestants sont venus scander leurs droits sociaux, un brin ou un bouquet de muguet à la main. Tradition du 1er-Mai oblige.

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