Cette réunion publique était très attendue et s'annonçait houleuse. Ça n'a pas manqué. Deux heures de débats animés, des échanges parfois tendus, et une question au cœur des tensions : l’avenir du pont de Bigot. Si le projet de voie verte reliant les Alyscamps au pont Van Gogh, via l’ancienne voie ferrée, suscite globalement l’adhésion, la destruction du pont de Bigot, initialement prévue dans ce cadre, cristallise l’opposition des riverains. Ces derniers, mobilisés depuis des mois, ont fait entendre leur voix, ce jeudi soir, face aux élus, notamment Mandy Graillon, première adjointe, et Cyril Juglaret, adjoint en charge des transports et des mobilités, qui a récupéré ce dossier sensible. "Nous n'allons pas prendre une décision ce soir, mais nous allons vous présenter les trois scénarios possibles et vous écouter. Il n'y aura pas une solution qui fera l'unanimité, mais il faudra trancher", a notamment déclaré la 1re adjointe.
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Un abattage en pleine période de nidification
Lancés fin février 2026, les travaux de la voie verte visent à transformer l’ancienne voie ferrée en un axe de circulation douce de 2,3 km, doté d’une piste cyclable et d’une promenade piétonne, pour un coût total de 5 millions d’euros, dont 68 % financés par des fonds européens (FEDER). Le projet inclut aussi des aménagements annexes : éclairages solaires, mobiliers urbains, et la plantation de 330 arbres et arbustes, bien que 88 autres doivent être abattus. L'abattage qui a commencé ces jours-ci, "alors que l'on est en pleine période de nidification et que c'est interdit", a lancé Virginie Maris, ex-conseillère municipale Changeons d'avenir, suscite de vives polémiques.
Dans le cadre de ce chantier était prévue la destruction du pont de Bigot, qui enjambe la rue Guintoli. Mais face à la mobilisation des riverains, Mandy Graillon avait préféré mettre le projet en suspens, le temps de la campagne électorale. La réunion de jeudi soir était donc l’occasion de relancer le dialogue autour des trois scénarios proposés pour le pont de Bigot : sa destruction (option initialement prévue, mais très contestée) ; son maintien en l’état, bien que la municipalité estime que "l’ouvrage est non conforme, accidentogène, et qu’il entrave l’accès des services d’entretien, de secours et des transports en commun" ou bien la construction d’une passerelle piétonne au-dessus d'un pont surélevé à 4,50 m (contre 2,50 m actuellement), "permettant de sécuriser la voie verte en évitant les croisements de flux", selon la municipalité. Cependant, pour les riverains, cette solution "ouvrirait aussi la voie à une augmentation de la circulation et au passage de véhicules jusqu’ici bloqués par le pont". Cette troisième option, à l’étude et présentée jeudi soir, représenterait un surcoût d’environ 300 000 euros, selon Mandy Graillon. Cette dernière a par ailleurs mis en garde contre les risques de pénalités et de remise en cause des subventions en cas de modifications majeures du projet initial.
"Vous voulez délester la RN 113 dans notre quartier"
Pour les habitants du quartier, le pont de Bigot n’est pas qu’un simple ouvrage : c’est un rempart contre la circulation des poids lourds et des bus, surtout dans un secteur déjà saturé, à proximité d’établissements scolaires (lycée Privat) et de complexes sportifs. "Ce pont ralentit la circulation devant le lycée Privat, qui compte plus de 550 usagers. Si vous le détruisez, vous allez ouvrir la voie à plus de trafic, plus de vitesse, plus de danger", a souligné Maître Jean-Marie Lassalle, avocat et riverain, lors de la réunion. Les riverains, organisés au sein de l’association du quartier de Bigot, dénoncent aussi l’absence de concertation en amont. "La concertation, c’était avant que les travaux commencent ! On a dû faire arrêter le chantier pour obtenir cette réunion", a lancé Alexandre Idini, le président de l'association.
Les opposants au projet accusent la mairie de délier artificiellement la question du pont de Bigot de celle du contournement autoroutier d’Arles, dont la commission d’enquête publique a rendu un avis défavorable cet hiver. "La destruction du pont n’est pas liée à la voie verte, mais à la requalification de la RN 113 et au contournement autoroutier. Vous voulez délester la RN 113 dans notre quartier", a lancé une riveraine, soulignant que les deux dossiers sont indissociables.
"Je voudrais qu'on dissocie les deux", a espéré Mandy Graillon. Peine perdue. "Les riverains ont démonté vos arguments un à un. Vous continuez à décorréler les projets. L’enquête publique sur le contournement autoroutier prévoit une augmentation de 30 à 50 % du trafic !", a lancé Cyril Girard, ancien conseiller municipal d'opposition (Changeons d'avenir). Pour Alexandre Idini, la solution est simple : "Si on conserve le pont, on fait des économies, et on préserve notre qualité de vie." Une position partagée par de nombreux riverains, qui voient dans ce pont un bouclier contre la pollution, l'augmentation du trafic, l'insécurité routière et la dévaluation de leur patrimoine.
"Pas trop tard"
Face à la colère des riverains, Cyril Juglaret a promis une concertation "plus restreinte" avec les représentants d'associations et de comités d’intérêt de quartier (CIQ), tout en maintenant le format de réunions publiques si nécessaire. "Le projet tel qu’il est a été validé et finalisé, et on l’assume. Mais on prend le temps de faire un temps mort sur les points saillants. Je ne pense pas que ce soit trop tard", a-t-il déclaré.
En attendant, les travaux de la voie verte se poursuivent par étapes. Aucune date n’a pour l’instant été fixée pour une prochaine réunion publique.