Objectif Gard : Le mois de mai qui vient de s'achever a été particulier dans le Gard. Que s'est-il passé exactement ?
Florence Vaysse : Ce qui n'est pas habituel, ce n'est pas tellement qu'on ait eu des variations de température et de type de temps, avec des passages orageux et des périodes anticycloniques ensoleillées et sèches. Ce qui est anormal, ce sont les températures que nous venons de subir, avec de nombreux records qui ont été battus sur le Gard.
Des records précis ?
À Nîmes-Courbessac, on a atteint 35,3°C le 28 mai 2026. Et le record précédent, c'était la veille, le 27 mai, avec 35,2°C. Pour trouver la température la plus élevée avant ça, il faut remonter au 31 mai 2001, avec 34,7°C. Ça fait donc plus de 25 ans qu'on n'avait pas eu de telles températures au mois de mai. Et c'est surtout la première fois qu'on dépasse les 35°C sur un mois de mai à Nîmes.
Est-ce que c'est vraiment si exceptionnel ? Certains Gardois disent que le printemps a toujours été chaud dans le Gard...
C'est vrai qu'en début d'été, il commence à faire chaud, c'est normal. Mais que, dès le mois de mai, on ait une vigilance jaune canicule avec les mêmes seuils déterminés en 2004 après la canicule de 2003, ça, ce n'est pas normal. C'est tout à fait exceptionnel. C'est même la première fois que ça se produit au mois de mai dans le Gard.
Les orages qui ont suivi sont-ils liés ?
Les orages au printemps et début d'été, c'est habituel. L'orage, c'est quand on a une masse d'air instable. Plus on a de l'air chaud les jours précédents, plus la terre est chaude et plus on a de l'instabilité. Ça, c'est classique. Par contre, les orages de la fin mai n'étaient pas vraiment des orages de chaleur. Il y avait une vraie perturbation qui a traversé toute la France, de la Bretagne jusqu'aux frontières italiennes. Les orages de chaleur, c'est plutôt l'été, des orages isolés qui se déclenchent en fin de journée en montagne, quand la température est la plus élevée.
Tout ceci est-il lié au réchauffement climatique ?
Oui, c'est incontestable. Les différents travaux du GIEC et de Météo France montrent que les vagues de chaleur vont être plus intenses, plus fréquentes, plus longues, et sur une période plus étalée, de mai jusqu'à septembre. C'est directement lié au changement climatique. Par contre, sur les précipitations, le signal est moins clair. On aura toujours des orages au printemps et en été. Mais comme l'atmosphère est plus chaude et qu'elle contient plus d'humidité, on peut avoir des intensités plus marquées sous ces orages.
On dit que c'est pire d'année en année. C'est exact ?
Pas tout à fait. Ce n'est pas d'année en année, mais sur une moyenne glissante, sur les normales calculées sur les trente dernières années, la tendance est clairement à la hausse. Il n'est pas exclu qu'on ait un été ou deux étés qui soient ponctuellement plus conformes à la normale. Mais sur la moyenne des dix dernières années, l'augmentation est constante et visible. La station de Nîmes-Courbessac, qui a plus de 100 ans, le montre très clairement.
Et pour l'été qui arrive, quelles sont les prévisions ?
Météo France vient de publier ses tendances saisonnières pour juin, juillet et août 2026. Le signal est clair : un scénario plus chaud que la normale est le plus probable pour la France, avec des probabilités plus fortes sur l'est de l'Hexagone, la Corse et les régions méditerranéennes dont nous faisons partie. Sur les précipitations en revanche, la prévisibilité est très limitée pour ce trimestre. Aucun scénario n'est privilégié. Ce que je peux vous dire, c'est qu'un été plus chaud que la normale, ça ne veut pas dire qu'il n'y aura pas d'orages ni de périodes fraîches. Mais la tendance de fond est là.
Un dernier mot sur la grêle qui frappe souvent le Gard ?
C'est un sujet sur lequel les études sont encore moins nombreuses que sur les températures, donc je reste prudente. Mais il y a des travaux qui suggèrent qu'avec un air plus chaud et plus humide, les épisodes de grêle pourraient être plus marqués. Probablement. En tout cas, dans le Gard, on en a toujours eu, et ça devrait continuer.
Florence Vaysse assurera en conférence, dimanche 14 juin à 18h, pour la soirée d'ouverture de l'université du Climatographe, à l'observatoire du mont Aigoual. sur le thème "Changement climatique, les impacts sur le territoire".