Objectif Gard : Pourquoi avez-vous souhaité revenir dans la bataille ?
Laurent Pélissier : Par envie ! Je trouve que les enjeux pour Saint-Laurent-d'Aigouze sont importants. La commune a pris de l'essor depuis 2020. J'ai envie d'y participer et d'apporter ma vision des choses.
Avez-vous eu une période d'hésitation ?
J'ose espérer que pour un choix de la sorte, l'hésitation et le doute ne soient pas un obstacle ou un élément négatif. À partir du moment où l'on s'engage sur une période longue de six ans, que l'on doit manager une équipe d'une bonne vingtaine de personnes, je crois qu'on a le devoir de réfléchir parce que ce n'est jamais simple. Le doute et l'hésitation ont bien évidemment fait partie de ma réflexion.
Et pourquoi vous êtes déclaré si tardivement ?
L'ancien maire d'Aigues-Mortes, Cédric Bonato, a dû se déclarer il y a une quinzaine de jours. Philippe Saurel, sur Montpellier, a fait la même chose ce week-end. Officiellement, la campagne pour les municipales débute le 2 mars. Les uns et les autres ont l'opportunité de se déclarer quasiment jusqu'à la deadline des dépôts de listes, le 26 février. Ce n'est pas avoir fait une démarche ni en retard ni à l'arrache. C'est tout simplement le bon tempo, en tout cas c'est ce que je considère.
Comment se passe votre campagne ?
J'ai le sentiment que l'annonce de ma candidature a créé un enthousiasme auprès de la population et une forme de fébrilité auprès de nos adversaires. Comme tout le monde, on a fait une réservation pour une réunion publique. J'aimerais bien être un peu plus moderne. Je réclame un débat avec le maire sortant sur les enjeux de la commune. C'est la raison pour laquelle je propose un débat entre les têtes de liste plutôt qu'une réunion publique.
Thierry Féline se représente. Comment jugez-vous son travail depuis 2020 ?
Je vais vous parler d'un sentiment. Il regroupe plusieurs facteurs. J'ai été interpellé ces derniers mois par la population dans la rue, des gens qui me disent : "Quand vous étiez là, ça bougeait beaucoup plus. Il y avait des investissements, vous aviez fait des travaux. Là, il ne s'est pas passé grand-chose". Deuxième point, ça n'a pas été un mandat facile pour le maire. Il a eu des élus qui ont démissionné. On constate à l'issue de ce mandat de six ans, que les trois premiers adjoints qu'il avait ne se représentaient pas avec lui. On ne peut pas dire qu'il y ait eu une réelle stabilité sur le plan de la gestion municipale. Après, des choix ont été faits, des choix ont été opérés qui ont particulièrement impacté les finances communales. Pour l'instant, je ne porte pas de jugement, mais il est certain que lorsqu'on fait le choix d'acquérir le bâtiment de la cave coopérative pour 1 700 000 €, ça a obligatoirement un impact sur les finances communales. En matière d'annuité d'emprunt, en 2023, si je ne m'abuse, on a dépassé les 16 ans d'endettement, alors que généralement, ce sont les 12 ans qui sont considérés comme étant acceptables. Il y a eu de profonds dérapages budgétaires sur les postes de fonctionnement, que ce soit au niveau des charges à caractère général ou au niveau des traitements et salaires. La commune se retrouve dans une situation financière que j'estime délicate. Si on arrive en responsabilité, on essaiera de clarifier à travers un audit, en demandant à la DGFIP ou à un cabinet privé.
Mais si vous êtes au pouvoir, vous allez devoir faire avec cette ancienne cave coopérative...
Il n'y a strictement aucun problème. De toute manière, j'ai toujours fait face à mes responsabilités. Déjà le problème, c'est qu'à force d'accumuler du patrimoine, de plus, vieillissant, je me demande bien comment, sans recette supplémentaire, on arrive à quelque chose. Au bout d'un moment, il va y avoir des décisions et peut-être radicales, qui vont devoir avoir lieu. Peut-être qu'il faudra se séparer d'une bonne partie, voire de la totalité du patrimoine communal pour pouvoir répondre aux exigences de rénovation de la cave. Par exemple, les anciens services techniques, la Maison du Peuple ou peut-être la salle Vincent Scotto. Si ce n'est pas possible, ça me gênera pas de me séparer d'une partie du foncier de la cave s'il le faut. Mais je ne dispose pas des éléments de réflexion me permettant de dire : ce sera dans cette direction ou dans telle autre que l'on ira. Malheureusement, c'est la charrue avant les bœufs qui a été placée.
Avez-vous prévu de repartir avec d'anciens élus à vous ?
J'ai parlé à certains de ma démarche. Maintenant, ne comptez pas sur moi pour me fâcher avec les uns ou avec les autres. Chacun fait ce qu'il veut. Si les élus qui m'ont accompagné de 2014 à 2020 ont souhaité rester avec Thierry Féline, cela ne me gêne pas. Je sais que c'est toujours très difficile de faire un choix, notamment lorsqu'il y a de l'affect. Mais en 2020, il y avait quand même une liste d'opposition sur laquelle il y avait d'autres élus. Parmi eux, certains m'avaient également accompagné de 2014 à 2020. L'équipe que je conduisais, quelque part, s'est scindée en deux, certains allant en direction de Thierry Féline, d'autres allant en direction d'une autre candidate qui était tête de liste. Ma liste est composée de personnes qui ont été élues, d'autres qui ne l'ont pas été. Ce n'est pas simplement l'agrégat de deux ou trois associations et de deux ou trois bandes de copains, d'amis ou de famille.
Et avez-vous déjà imaginé des axes de travail ?
Oui, parmi eux il y aura tout le volet enfance et jeunesse, parce que je considère qu'on commence déjà à Saint-Laurent-d'Aigouze, à se poser des questions et envisager la fermeture de classe. Ça signifie clairement qu'il faut être plus attractif, et donc faire en sorte que le projet de Zones d'aménagement concerté, voie le jour et s'oriente surtout vers l'accueil de familles. Il y a une vraie urgence à faire sauter la bulle de spéculation foncière et faire en sorte que la recherche d'hébergement sur Saint-Laurent-d'Aigouze soit beaucoup plus simple que ce qu'elle a été pour accueillir des familles. Ce que j'aimerais, c'est qu'au niveau du cœur de village, des efforts en matière de végétalisation soient opérés, dans l'objectif de lutter contre le réchauffement climatique. Sur le plan des finances, nous ferons, en tous les cas au début, un effort sur les dépenses de fonctionnement de manière à dégager le plus possible d'investissement.
Quel regard portez-vous sur Robert Crauste, qui vous a remplacé à la tête de la CCTC ?
Il y a un véritable souci managérial à la Terre de Camargue. Pas mal d'agents sont dans une situation de santé mentale très délicate. C'est vrai, je pouvais apparaître comme étant un président autoritaire mais j'ai tout le temps respecté les agents. En tout cas je ne suis pas à l'origine de l'accession à la présidence de Robert Crauste et mon avis sur sa gestion n'est pas positif. Il a utilisé la communauté de communes comme un tremplin pour autre chose.
Donc en cas de victoire, vous allez essayer de récupérer la présidence ?
Vous savez, ça dépend de tellement de choses.
Comme lui et d'autres élus, êtes-vous favorable à un élargissement de l'intercommunalité ?
L'élargissement potentiel est dans mon esprit depuis le début. Il va en direction à la fois du sud et de l'ouest. Moi, si vous voulez, ce dont j'aurais rêvé, c'était d'un territoire qui parte des Saintes-Maries-de-la-Mer jusqu'à Palavas-les-Flots avec le rétro-littoral. Je ne renie pas l'ensemble de nos racines, mais je me pose plutôt dans une condition de développement économique. Je considère que pour un développement à l'échelle de notre territoire et de Saint-Laurent-d'Aigouze en particulier, il faut se tourner en direction du Pays de l'Or.