Nîmes à l’heure des choix. À chaque fois, le même courriel du maire de Nîmes adressé à la presse locale. Trois lignes sèches, comme une fin de règne sans relief, faite de trahisons et d’un pouvoir qui s’éteint presque aussi vite qu’il a existé. Après les avoir reçus dans son bureau, Jean-Paul Fournier n’a d’autre choix que de démettre de leurs fonctions d’anciens élus qui ont décidé de franchir la ligne : rejoindre l’extrême droite. Un choix dicté par l’amertume de ne pas avoir été reconduits sur la liste du candidat désigné par le maire. Franck Proust, lui, n’avait guère d’alternative. Pour incarner le renouveau, il fallait renouveler. Mais en politique, le discernement n’est pas toujours la qualité la mieux partagée. L’ingratitude, en revanche, arrive souvent en tête. Ces épisodes récents, conjugués à notre sondage exclusif OpinionWay, semblent pourtant écrire une nouvelle page pour Nîmes. La gauche unie pourrait signer son grand retour, vingt-cinq ans plus tard. La droite, elle, veut croire qu’elle n’a pas dit son dernier mot. Mais avec quels moyens pourrait-elle contrarier le sens de l’histoire ? Peut-être en l’ignorant. Car rien ne permet d’affirmer, à ce stade, qu’un rapprochement avec la droite nationale soit exclu. Il suffit d’observer avec quelle facilité d’anciens alliés de Fournier ont franchi le pas. Le président des Républicains, Bruno Retailleau, en déplacement à Nîmes il y a quelques jours, a peut-être lui-même esquissé l’idée — lui qui appelait à voter pour l’extrême droite face à une candidate socialiste il n’y a pas si longtemps. En coulisses, alors que le sujet était encore tabou, certains membres de l’entourage du candidat du centre et de la droite ne ferment plus totalement la porte. D’autant qu’il serait aisé de récupérer celles et ceux qui ont récemment changé de camp. Quelles seraient les conséquences d’une telle décision ? Un bouleversement certain de la campagne. L’alliance des droites permettrait sans doute de se rapprocher du score de Vincent Bouget dans notre sondage OpinionWay de la semaine. Mais avec quel réservoir de voix pour le second tour ? Bien mince, assurément. Et surtout, tous les colistiers de Franck Proust accepteraient-ils de renier leurs valeurs ? On voit mal comment. À commencer par le sénateur LR Laurent Burgoa, qui s’est toujours refusé à pactiser avec le diable, répétant son fameux « ni-ni » : ni LFI, ni RN. Ou encore le président de l’USAM Nîmes-Gard, David Tebib. Enfin, avec une défaite probable à l’arrivée, comment les héritiers de Fournier pourraient-ils se regarder dans la glace ? Continuer, comme si de rien n’était, leur vie politique à Nîmes ? Il arrive parfois, en politique, qu’une réalité vous rattrape. La défaite qui pourrait s’annoncer ne serait pas celle d’une erreur de casting. Elle serait celle d’une mauvaise lecture des attentes des Nîmois. On peut se tromper. Mais on ne peut pas se renier.
Qui mène la danse ? Jean-Michel Jalabert en a fait l’amère expérience : Mandy Graillon, adjointe au maire d’Arles, exerce une influence considérable sur Patrick de Carolis. Incapable de faire entendre raison à son ancien patron, l'ancien premier adjoint a préféré partir. En pleine campagne, Cyril Juglaret traverse une situation comparable. Dans l’équipe, c’est elle qui donne le tempo. Le protégé de Renaud Muselier, président de la Région PACA, ne pèserait que marginalement sur la conduite de la campagne. Lorsqu’il alerte sur les critiques acerbes des habitants et des commerçants d’Arles, ses mises en garde restent lettre morte. Il a bien proposé l’organisation d’un séminaire pour permettre aux colistiers de faire connaissance et de souder l’équipe. Refus catégorique. Ce dimanche, chacun se retrouvera donc pour la photo de famille — et, pour beaucoup, ce sera une première rencontre. La politique de la chaise vide lors des débats organisés par la presse locale ? Là encore, fin de non-recevoir. Même lorsque Juglaret se propose de défendre les couleurs de Patrick de Carolis, la réponse est négative. « Mandy Graillon est déjà dans le rôle de première adjointe et de présidente du groupe majoritaire en cas de victoire. Mais elle n’a pas compris que la politique ne fonctionne pas avec un petit chef autoritaire. Elle repose d’abord sur l’adhésion à un projet… Seulement, le maire a bien du mal à imposer sa vision en coulisses. Et la politique ayant horreur du vide, elle s’est engouffrée dans la brèche… », confie un proche de Juglaret. Ambiance, ambiance…
Trahison à l’hôtel de ville. Élue municipale depuis 2001 aux côtés de Jean-Paul Fournier, Christine Tournier-Barnier a annoncé cette semaine son ralliement à la liste RN conduite par Julien Sanchez. En amont, elle a pris soin de prévenir le maire, qui n’a pas caché sa déception. « Lors de la rupture avec Julien Plantier l’an dernier, elle avait fait pression sur le maire pour rester, à condition d’obtenir un poste d’adjointe. Aujourd’hui, elle rejoint le RN simplement parce que Franck Proust ne l’a pas retenue sur sa liste. Ces comportements sont terribles », confie un proche de Jean-Paul Fournier. Vendredi matin, pour venir s’expliquer à la mairie, Christine Tournier-Barnier aurait même exigé la mise à disposition d’un chauffeur pour un aller-retour entre son cabinet et l’hôtel de ville. « Elle n’a pas froid aux yeux et aucune dignité. Elle a trahi sans même y mettre les formes… », poursuit la même source. Interrogée, l’équipe de Franck Proust a choisi de minimiser l’impact de ce départ : « C’est un non-événement. Madame Tournier-Barnier incarne ce qu’il y a de pire en politique. Elle sera, au mieux, dans l’opposition pendant sept ans aux côtés de l’extrême droite. Une fin de carrière qui ressemble davantage à une descente aux enfers. »
Après le choc du sondage. Notre sondage OpinionWay réalisé avec Objectif Gard a, on s’en doute, été diversement apprécié dans les états-majors des candidats. Chez les équipes de Franck Proust, une double lecture des résultats s’exprime. « Il y a la déception, bien sûr. Certains paniquent. Mais, étonnamment, la tête de liste reste concentrée, sans crainte. Il a d’ailleurs envoyé un message groupé aux colistiers pour leur assurer que la victoire, malgré ce sondage défavorable, serait au bout », raconte un membre de son entourage. D’autres, en interne, cherchent des explications. « Il y a les mauvais esprits qui rejettent la faute sur la méthode, arguant qu’un sondage réalisé sur Internet serait peu crédible. Et puis il y a les plus lucides, qui rappellent que celui d’avril 2025, mené par le même institut, donnait déjà le même tiercé de tête… » Deux hypothèses sont désormais sur la table : « On attend un prochain sondage pour agir plus clairement. Soit les résultats se confirment et il faudra impérativement reprendre langue avec Plantier. Soit on est mieux placé, et il faudra tenter le coup seuls… » Une autre petite musique est soufflée à l’oreille de Proust par la vieille garde des Républicains : « Il faut prendre l’étiquette UDR et effacer le RN du jeu. Si on fait l’union des droites, on sera devant les communistes », suggère un élu colistier. Mais, tempère un proche, « Franck Proust n’est pas prêt, ni intellectuellement ni politiquement. Il préfère perdre que se vendre au diable… » En réalité, si les mauvais sondages se confirment, Franck Proust aurait une autre idée en tête : écouter enfin Bernard Baumelou. Son directeur de cabinet à l’Agglo de Nîmes depuis plus d’un an lui rappelle qu’aucune victoire n’est possible sans le centre. Comme Jean-Paul Fournier en 2001, 2008 et 2014. « C’est Bernard qui avait raison depuis le début. Il a été écarté sans raison objective et aujourd’hui, le sondage d’Objectif Gard le remet dans le jeu politique », confie une source. Reste une question : qui sera écarté, cette fois ? « La direction de campagne de Franck Proust, qui lui vend depuis des mois l’illusion d’une victoire en solo. C’est impossible… »
Petit lait. Notre sondage OpinionWay, dévoilé jeudi dernier, conforte la dynamique de campagne de Julien Plantier. L’ancien premier adjoint de Jean-Paul Fournier semble avoir compris avant les autres que le vent avait tourné à Nîmes. « Tout le monde, y compris l’opposition, reconnaît le maire-bâtisseur Fournier. Mais ses méthodes, son management, son absence de dialogue avec la population ne sont plus acceptables en 2026 », glisse un allié de Plantier. Reste une question : est-il encore possible de s’accorder avec son ancienne famille politique pour éviter une défaite cuisante ? « Julien Plantier boit du petit lait. Il n’a aucune raison, à ce stade, d’ouvrir des discussions. Proust voulait une primaire de la droite et du centre ? Nous y sommes. Plantier est convaincu qu’il sera devant le 15 mars prochain… » Une hypothèse encore fragile : l’écart de voix entre les deux candidats demeure significatif dans notre sondage. Mais les cinq prochaines semaines seront décisives. « Si Franck Proust ne prend pas une initiative forte, le match est plié. Bouget sera le prochain maire. Il vaut mieux une petite défaite aujourd’hui qu’une grande défaite dans un mois », espère un membre de l’équipe du président de Nîmes Métropole. Dans cette perspective, les négociations s’annonceraient exigeantes : « Plantier réclamera l’un des deux exécutifs et une vingtaine de noms sur la liste commune. Proust est sans doute prêt à l’entendre, mais pas son entourage. » Reste une interrogation, presque existentielle : Franck Proust peut-il encore compter sur un entourage qui semble le conduire droit vers la défaite ?
Vers un grand chelem ? Du côté de la gauche, les visages sont radieux depuis jeudi. Les scores réalisés par la tête de liste Vincent Bouget dans notre sondage sont exceptionnellement élevés. « Les SMS pleuvent autant chez Bouget que chez Amal Couvreur. L’espoir d’une victoire est réel. Mais le match est loin d’être gagné », tempère une colistière. À la Région Occitanie, l’optimisme n’est pas loin de se transformer en célébration anticipée. Car la gauche pourrait réaliser un véritable grand chelem. À Montpellier, le maire devrait l’emporter sans trop de difficulté. À Toulouse, l’édile sortant est fragilisé face à une union de la gauche solide. Et à Nîmes, la dynamique semble également favorable. « En vue des régionales de 2028, ce serait évidemment une excellente nouvelle pour Carole Delga. Ce serait aussi le signe que les habitants adhèrent à une gauche réaliste, capable de changer concrètement la vie des gens. » Autre motif de satisfaction pour la présidente socialiste : les intentions de vote en faveur du RN. « Son combat politique est d’abord dirigé contre l’extrême droite. Et les indicateurs le montrent : quand on s’occupe des gens, le Front recule. » La gauche savoure donc le moment. Mais elle sait aussi qu’en politique, l’euphorie est souvent l’ennemie de la victoire.
Jeu trouble à la CCI ? Mais que fait Éric Giraudier, président de la CCI Gard, dans cette campagne municipale ? Alors qu’il avait assuré ne pas vouloir prendre part à la séquence politique, plusieurs chefs d’entreprise s’interrogent sur son implication supposée en faveur, indirecte, de Julien Sanchez, tête de liste du Rassemblement national. « On nous fait comprendre qu’il n’est pas possible d’avoir des communistes à la mairie de Nîmes. Que Franck Proust est fini et qu’il devrait se retirer au profit du RN. La seule alternative à droite capable de battre Vincent Bouget serait donc Julien Sanchez… », rapporte un dirigeant nîmois qui aurait échangé par téléphone avec le président de la chambre consulaire. Publiquement, Éric Giraudier ne s’est jamais exprimé en ce sens. Chacun sait pourtant sa proximité ancienne avec Franck Proust, candidat de l’union de la droite et du centre. « Oui, mais face à la situation, il est pragmatique. Éric Giraudier a toujours travaillé avec tout le monde, y compris à Beaucaire. Si demain le RN dirige Nîmes, il est assuré d’un soutien pour les élections de la CCI dans deux ans. En revanche, si Vincent Bouget l’emporte… » La phrase reste en suspens. Mais dans les milieux économiques, les calculs, eux, semblent déjà bien engagés.
Continuité contestée. Dans un courrier daté du 29 janvier 2026 et signé par le maire de Nîmes, celui-ci annonce qu’un passage de relais se prépare. Il revient sur son engagement, sa fidélité à l’intérêt de Nîmes et des Nîmois, affirmant avoir toujours agi avec sincérité et sens des responsabilités. Il apporte ensuite un soutien clair à Franck Proust, qu’il présente comme un homme de terrain, expérimenté, sérieux et capable de rassembler. Il met en avant son action à la tête de Nîmes Métropole et sa capacité à poursuivre le développement de la ville sans en renier l’identité. La lettre se conclut par un appel explicite à voter pour la liste « Tout Nîmes » lors des prochaines municipales, présenté comme un choix de continuité, de stabilité et de fidélité aux valeurs républicaines. Ce courrier est arrivé dans les boîtes aux lettres des Nîmois. Et aussi dans celle d’Yvan Lachaud, ancien président de l’Agglo. Visiblement peu heureux de se sentir visé. « Un tissu de mensonges. Si la situation avait été aussi difficile à l’Agglo, la Chambre régionale des comptes l’aurait signalé. Pas un mot sur Magna Porta — et pour cause : aucune entreprise installée depuis six ans. Rien non plus sur le sport féminin, sur le développement économique… », réagit-il. Yvan Lachaud ne décolère pas. La campagne, elle, prend un tour de plus en plus personnel.
Ambiguïté bellegardaise. À Bellegarde, le RN semble avancer masqué. Derrière la vitrine rassurante d’un retraité investi dans la vie associative locale, Le Monde révèle cette semaine un parcours bien plus idéologique : celui de Philippe Gibelin, tête de liste du parti. Ancien cadre de la mouvance identitaire, passé par le GRECE et d’autres structures marquées à l’extrême droite, il incarne un héritage que le RN préfère sans doute taire dans sa communication officielle. Le parti, qui s’efforce depuis des années de lisser son image, investit pourtant un profil aux racines pour le moins clivantes. Une stratégie à double tranchant : afficher la normalisation tout en recyclant des figures issues de l’ultra-droite. À Bellegarde, la conquête municipale prend ainsi des allures de test grandeur nature de cette ambiguïté.
Gard Gourmand bientôt délocalisé ? Ce jeudi, les meilleurs artisans du Gard ont été récompensés à l’occasion de la 33e édition du concours Gard Gourmand. Pour la quatrième année consécutive, la cérémonie s’est tenue à la salle Vergèze Espace, dans la commune éponyme. Mais l’événement, véritable vitrine du savoir-faire gardois, pourrait changer de décor dès l’an prochain. La 34e édition nécessitant une logistique toujours plus conséquente, la question de la capacité d’accueil se pose. Or, Nîmes a inauguré il y a quelques mois son nouveau Palais des Congrès. Interrogée sur cette éventualité, Françoise Laurent-Perrigot se montrerait très intéressée par ce nouvel écrin pour accueillir l’édition 2027. Reste à savoir ce qu’en décidera le futur exécutif municipal.
Le grand débat de Nîmes. Demain, lundi, à partir de 18 heures, Objectif Gard propose un grand débat vidéo en direct avec l’ensemble des têtes de liste engagées dans la campagne des municipales à Nîmes. En ouverture de l’émission, chaque candidat disposera d’une minute pour se présenter. Le débat s’articulera ensuite autour de quatre grands thèmes : la sécurité, le pouvoir d’achat, l’avenir du Nîmes Olympique et le projet environnemental. En fin d’émission, chacun bénéficiera d’une ultime minute pour convaincre les électeurs. Un rendez-vous indispensable pour vous faire une idée précise de la personnalité et du projet de celui ou celle qui pourrait devenir le prochain maire de Nîmes.