Si Octobre rose est consacré au cancer du sein, Mars bleu au cancer colorectal, Juin vert est dédié au cancer du col de l’utérus. En ligne de mire, un objectif longtemps jugé inaccessible, l’éradication d’un cancer qui pourrait être évité dans neuf cas sur dix grâce à la vaccination contre les HPV et au dépistage régulier.
Première en France
Réunis ce mardi au CHU de Nîmes, l’Agence régionale de santé, l’Assurance maladie, le Centre régional de coordination des dépistages des cancers, la Ligue contre le cancer et de nombreux professionnels ont annoncé le lancement prochain de l’autoprélèvement vaginal en Occitanie. Une première en France qui doit permettre d’atteindre les femmes les plus éloignées du système de soins.
Chaque année, plus de 3 000 femmes développent un cancer du col de l’utérus en France et près de 1 100 en meurent alors que des pays comme la Suède sont en train de le faire disparaître. Douzième cancer féminin, il fait partie des rares cancers que la médecine estime aujourd’hui potentiellement éradicables. « C’est le seul cancer que l’on pourrait éradiquer », a rappelé François Mengin-Lecreulx, directeur général de l’ARS Occitanie.
Comment ? En utilisant deux outils complémentaires. Le premier est la vaccination contre les papillomavirus humains, responsables d’environ 90 % des cancers du col de l’utérus. Le second est le dépistage, capable d’identifier les lésions précancéreuses avant même l’apparition de la maladie. Selon l’Institut national du cancer, neuf cancers du col sur dix pourraient ainsi être évités.
Mobilisation concertée
Pierre Mares, président du Centre régional de coordination des dépistages des cancers, a salué la mobilisation conjointe des institutions, des professionnels de santé, des associations et des collectivités. « En France, quand on est unis, mano à mano, on travaille bien », a-t-il lancé.
Afin de toucher les femmes qui échappent encore au dépistage, les acteurs de santé multiplient les initiatives de proximité. Des interventions sont menées dans les quartiers auprès des publics précaires ou en situation de handicap. Des dispositifs mobiles sont également déployés afin d’amener l’information et le dépistage directement au plus près des habitants.
L’annonce principale concerne l’autoprélèvement vaginal. Cette méthode gratuite permettra aux femmes de réaliser elles-mêmes un prélèvement destiné à rechercher la présence du HPV à haut risque. L’objectif est de lever certains freins liés à l’examen gynécologique, au manque de praticiens ou à l’éloignement géographique. L’Occitanie sera la première région française à déployer ce dispositif à grande échelle. « On remet le kit à une patiente, elle réalise son prélèvement chez elle puis nous le renvoie. Si tout est normal, elle n'a rien à faire. Si une anomalie est détectée, elle est orientée vers un médecin. Tout est organisé », résume Pierre Mares.
La vaccination en question
En France, seulement 60,9 % des femmes concernées réalisent leur dépistage. En Occitanie, ce taux atteint 63,2 %. Dans le Gard, il s’élève à 63,5 %. Des taux encore éloignés de l’objectif fixé par l’Organisation mondiale de la santé, qui vise au moins 70 % de femmes dépistées régulièrement.
Le dépistage concerne pourtant toutes les femmes âgées de 25 à 65 ans. Entre 25 et 29 ans, il repose sur des examens cytologiques réguliers. À partir de 30 ans, la recherche du HPV à haut risque devient la méthode privilégiée et n’est réalisée que tous les cinq ans lorsque les résultats sont normaux. Ces examens sont entièrement pris en charge dans le cadre du programme national organisé.
L’autre défi reste la vaccination. En Occitanie, 50,8 % des filles et seulement 31,9 % des garçons de 16 ans disposent aujourd’hui d’un schéma vaccinal complet. Un retard que les acteurs de santé attribuent en partie à la désinformation et aux idées reçues qui entourent encore ce vaccin. Pourtant, il est recommandé chez les filles comme chez les garçons dès l’adolescence.
L’ARS s’est fixé un cap ambitieux. Réduire de 30 % l’incidence du cancer du col de l’utérus et la mortalité associée dans les dix prochaines années. Un objectif qui passera autant par la vaccination que par le dépistage. La Suède, souvent citée en exemple, montre déjà qu’une telle perspective n’a plus rien d’utopique. Avec l'autoprélèvement, l'Occitanie espère désormais franchir une nouvelle étape vers un objectif qui semblait encore hors d'atteinte il y a quelques années, faire disparaître un cancer qui tue encore plus d'un millier de femmes chaque année en France.
Les intervenants
François MENGIN LECREULX
Directeur général de l’Agence Régionale de Santé Occitanie
Frédéric RIMATTEI
Directeur général du CHU de Nîmes
Pr Pierre MARES
Président du Centre régional de coordination du dépistage des cancers en Occitanie (CRCDC-OC)
Gynécologue obstétricien au CHU de Nîmes
Noémie ALDIGIER
Directrice adjointe à la coordination de la gestion du risque en Occitanie
Directrice adjointe CPAM de l’Hérault
Charlotte VOULOUZAN
Directrice du Comité du Gard de la Ligue contre le cancer