Publié il y a 1 h - Mise à jour le 24.06.2026 - Yannick Pons - 4 min  - vu 85 fois

NÎMES Muriel Pénicaud : "Le monde du travail est à la veille d’un tsunami"

jazzoparc Philippe Couret et muriel penicaud ministre travail

Muriel Pénicaud

- @Yannick Pons

Invitée au Mas Merlet par Harmonie Mutuelle et le Medef Gard, Muriel Pénicaud a mis en garde contre un profond bouleversement du monde du travail. L’intelligence artificielle, la transition écologique, le vieillissement démographique et le nouveau rapport au travail bouleversent déjà les entreprises. Selon l'ancienne ministre, ce changement de grande ampleur n’a rien d’inéluctable.

« Je ne crois pas à la fin du travail, mais à un bouleversement intense et rapide. » Devant une assemblée de chefs d’entreprise gardois, Muriel Pénicaud a décrit ce mardi 23 juin au Mas Merlet de Nîmes quatre vagues simultanées qui, selon elle, vont transformer en profondeur les métiers, les organisations et le rapport au travail.

L’intelligence artificielle, les « cols blancs » en première ligne

Premier choc, l’intelligence artificielle. Contrairement aux délocalisations des années 1990-2000 qui ont surtout touché les emplois ouvriers, l’intelligence artificielle touche désormais les métiers diplômés. Juridique, finance, ressources humaines, marketing, informatique... L'ancienne ministre cite l’exemple du CHU de Montréal, suivi par le CHU de Montpellier.

l'IA a permis près de 30 % d’économies sur la masse salariale réinvesties « dans le lien humain », c'est-à-dire plus de temps auprès des patients. Même logique chez les radiologues : l’intelligence artificielle permettrait de dépister plus tôt certaines tumeurs, libérant du temps pour l’explication et le suivi des patients. Mais l’ex-ministre met en garde : « L’IA compile ce qui existe, mais n’invente pas ce qui n'existe pas. » Créativité, intelligence émotionnelle, relation humaine et donc performance restent, selon elle, du domaine de l’humain.

Transition écologique et démographie

La transition écologique arrive comme une contrainte concrète. Conditions de travail, chaleur, horaires… Muriel Pénicaud espère que la transition écologique ne modifiera pas trop nos habitudes. Par exemple pour le travail de nuit, elle « espère que l'on ne deviendra pas des noctambules »

La baisse de la natalité (aujourd'hui 1,6 enfant par femme en France, 1,2 en Italie) se traduit par une contraction des cohortes entrant sur le marché du travail, qui sont passées de 960 000 (l'année dernière) à 760 000 jeunes environ cette année. « On est le seul pays européen qui n’embauche pas les seniors », regrette Muriel Pénicaud. Elle plaide pour une réelle utilisation de la diversité. Plus de femmes en sciences et technologie, inclusion du handicap et des seniors, car « les clones entre eux n’innovent pas ».

Le nouveau rapport au travail

Les salariés cherchent désormais un équilibre. Famille, engagements, loisirs… deviennent prioritaires sur le travail. « Il n’y a plus d’engagement sacrificiel », insiste Muriel Pénicaud. Quête de sens, flexibilité, temps choisi, refus de promotions « trop lourdes », télétravail… tous ces thèmes sont en ligne avec le nouveau « rapport au travail ». La quête de sens prend deux formes. D’abord, savoir à quoi sert l’entreprise. Ensuite, comprendre à quoi sert son propre poste. Muriel Pénicaud cite l’hôpital. Beaucoup de soignants savent pourquoi ils ont choisi ce métier. Pourtant, une part importante de leur temps part dans le reporting administratif. Quand le travail empêche de faire un travail de qualité, le sens se retourne contre lui-même. Se sentir utile et reconnu devient alors central.

Le télétravail, mis en place « du jour au lendemain » pendant le confinement, reste selon elle une réalité à intégrer durablement. Certains dirigeants veulent revenir au 100 % présentiel, mais leur vision est « une illusion de contrôle ». « La solution, c’est le mix », affirme-t-elle. Si le travail à distance peut booster la productivité, la créativité, la résolution de problèmes, le lien social et l’innovation exigent de se retrouver. « Faire venir des salariés au bureau pour les laisser seuls dans un open space, casque sur les oreilles, n’a pas de sens », dit l’ex-ministre.

Les attentes envers le management évoluent elles aussi. Le management intermédiaire se retrouve confronté à l'intelligence artificielle, aux nouvelles attentes des salariés et à des métiers qui changent rapidement. Muriel Pénicaud rappelle une formule souvent citée dans les entreprises. « On rejoint une entreprise et on quitte un manager. »

Le modèle selon lequel on apprend une fois, puis on travaille pendant 30 ans est aujourd’hui obsolète. Avec une durée de validité des compétences réduite à deux ans (et même 8 mois dans certains domaines technologiques), la formation continue devient un investissement vital. Muriel Pénicaud va plus loin puisqu'elle propose que les coûts de formation soient amortissables, comme la recherche ou les technologies. Face au « tsunami » annoncé, l'ancienne ministre n'invoque ni panique ni confort. « Quelque chose dont on sait qu’il va arriver, on peut l’anticiper, on peut l’accompagner. » Le scénario n’est donc pas écrit, pas encore.

Muriel Pénicaud expose actuellement ses photographies au Nouvel Art Showroom à L’Isle-sur-la-Sorgue, jusqu’au 30 septembre 2026.

Muriel Pénicaud, ancienne ministre, photographe et scénariste de BD

Ministre du Travail de 2017 à 2020, Muriel Pénicaud était en fonction au moment du confinement. Muriel Pénicaud se présente aussi comme scénariste de bande dessinée et photographe. Pour parler du futur du travail, elle a choisi la BD plutôt qu’un essai. L’ouvrage À quoi ressemblera le travail de demain ? donne la parole à treize acteurs de la vie du travail, dont des dirigeants d’entreprise, des responsables syndicaux, des spécialistes de l’intelligence artificielle et des personnalités engagées. Le récit suit une lycéenne chargée de réaliser un rapport sur le futur du travail. Christine Lagarde y devient même un personnage de bande dessinée.

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