"Dépêche-toi, on va manquer des ventes !", glisse un vendeur à l'un de ses employés en cours de déchargement. Il est 8h02, déballages et ventes sont autorisées depuis deux minutes. Mais on ne va pas se mentir : certains ont commencé discrètement à vider leur fourgon ou carriole, pour être prêts à 8 heures. Quand les premiers achats n'ont pas déjà eu lieu "au cul du camion", notamment de la part de professionnels de la brocante qui tiennent aux plus belles pièces. Ce qu'on constate surtout, au moment du grand déballage, c'est un intérêt commun des vendeurs pour les cartons à banane, qu'elles viennent de Guadeloupe, Colombie ou Côte d'Ivoire. Ils présentent surtout l'avantage d'être grands, fermés, et de résister à un poids important. D'où leur omniprésence....
L'heure avancée d'ouverture de la foire n'a pas non plus découragé les chineurs, bien présents autour des déballages et qui s'enquièrent du prix alors que tout n'est pas disposé sur les étals. Sophie est venue avec son mari, qu'elle consulte pour un avis. Elle l'avoue, elle est à la recherche de "l'achat coup de coeur", le même qui l'avait vue repartir avec un guéridon en bois, il y a deux ans. À côté, plus nerveux et enchaînant les cigarettes, un homme tient fermement son portefeuille. Et on comprend vite que lui est ici pour faire des affaires, dans son secteur, à la liasse de billets qu'il laisse parfois apparaître au moment d'acquérir un bien... cash.
Mounir, lui, arrive d'Uzès. Alors qu'il déballe de vieux objets en bois, il dit venir "chaque année à Barjac, même s'il y a de moins en moins de ventes. Avec tout ce qu'il se passe, l'essence hors de prix ou la chaleur, les gens ne viennent plus comme avant", regrette-t-il. Pourtant, il continue de "faire les vide-maisons, les successions, etc.". Avec, parfois, des histoires difficiles, comme cette famille qui lui a demandé de jeter les photos des cinq générations précédentes...
Derrière une plaque Ferrarri, une vendeuse sourit. "Depuis que j'ai une assistante, ça va beaucoup mieux", plaisante Philippe, un Lyonnais affairé à déballer et exposer ses articles le plus vite possible. "J'achète des lots, je n'ai pas le temps de chiner", confie-t-il. Philippe vient vendre à la foire pour la 15e année, celle de printemps comprise. "Si on ne fait pas Barjac, autant arrêter le métier !", tranche-t-il. Habitué des Puces du canal, à Villeurbanne, il voit la foire barjacoise comme "un marché professionnel qui tient la route". Et dans lequel on peut aussi faire des affaires ? "Il faut rêver, sinon on arrête le métier", sourit-il.
Président du comité d'expansion de Barjac, qui organise la manifestation, Maximilien Raoux se rassurait, ce mercredi matin, avec "les premiers échos : ça vend bien". Une hauteur des ventes qui n'est, d'ailleurs, pas forcément liée à l'affluence, précise-t-il. "Le premier jour, on a beaucoup de professionnels et de marchands qui ne viennent que pour ce jour-là." De ce point de vue-là, "la brocante d'août a moins de succès que celle d'avril. Les gens viennent plus pour se promener en août, en comparaison."
Si la chaleur a conditionné une ouverture plus précoce, la foire, qui se tient jusqu'à dimanche à 18h, ne connaîtra pas de nocturne "pour différentes raisons, notamment un problème d'éclairage", regrette Maximilien Raoux. Qui reste heureux de voir, parmi les exposants, "des gens qui viennent régulièrement". Même si la manifestation a connu "des désistements au dernier moment" : les professionnels sont aussi touchés par la hausse de l'énergie. "On n'est pas complet, il manque une trentaine de brocanteurs", confie Maximilien Raoux. Qui ne s'inquiète pas : ceux qui ont annulé l'ont fait avec regret et seront sûrement présents lors d'une prochaine édition.