C’est un phénomène qui n’épargne aucun quartier des centres-villes : la fermeture de commerces alimentaires de proximité. À Nîmes, les habitants du quartier Notre Dame viennent de perdre leur boucher historique, « La boucherie Michel » implantée depuis plus de cinquante ans, à l’angle de l’avenue Carnot. Patrick Salendres, gérant pendant près de trois décennies, n’est pas parvenu à trouver un repreneur, alors à 62 ans il a cessé son activité. Désormais, c’est signé, son local va être transformé en un cabinet médical après quelques mois de travaux.
La fermeture de la boucherie que déplore les autres commerçants de la rue qui compte encore un primeur, caviste, fleuriste, deux boulangeries, une épicerie fine, des coiffeurs ou encore une esthéticienne. « Certaines personnes du quartier maintenant vont prendre leur viande aux Halles, du coup ils prennent le reste sur place donc on perd aussi de la clientèle. Tout le monde est pénalisé. On risque d’être impacté et on a peur de couler », commente Frédéric, co-gérant de « Au Mazet », le primeur de Notre Dame, depuis 16 ans. Alors avec d’autres commerçants de la rue, ils se mobilisent pour trouver un jeune boucher qui veut s’installer près d’eux.
Un boucher ambulant en attendant
« On a déjà le local. On a rencontré la propriétaire, le bail commercial peut accueillir une boucherie traditionnelle », poursuit Frédéric en désignant le local situé juste à côté du sien, qui accueillait jadis une papeterie et abandonné depuis des années. Désormais il faut trouver le boucher ? La mission sans doute la plus dure, sachant qu’il faut tout aménager à l’intérieur. Chacun use de ses contacts. En attendant de trouver l'élu, ils souhaitent demander à la ville de Nîmes une autorisation pour qu’un boucher ambulant puisse installer son camion dans la rue, deux matinées par semaine afin de garder cette dynamique de commerce de proximité.
Avec la présence d’un Carrefour Express, face aux leurs vitrines, qui a tenu moins d’un an à cause d’un manque de rentabilité, ces commerçants de proximité, indispensables au maintien de la cohésion sociale et de la vie d'un quartier, veulent encore se battre même si le mode de consommation a beaucoup changé. « Ce sont surtout les personnes âgées qui cuisinent et nos anciens ne sont pas éternels. Les nouvelles générations ne consomment pas de la même façon et cuisinent moins », constate Sandrine, associée de Frédéric. Malgré ce contexte, ils parviennent encore à gagner leur vie : « on survit ! On s’est baissé les salaires. Le jour on arrive plus à se sortir des salaires corrects, on vendra. » D'où l'espoir d'attirer un nouveau boucher pour garder une dynamique et une activité économique pour les commerces du quartier.
Une volonté de ne pas lâcher aussi pour les habitants du quartier encore attachés à ces commerces de proximité et qui ne veulent pas voir s’installer à la place des snacks et épiceries de nuit, sachant qu’une est déjà implantée. « Ça arrive petit à petit », concluent, inquiets mais déterminés, les deux gérants.