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Publié il y a 10 ans - Mise à jour le 18.03.2012 - stephanie-marin - 6 min  - vu 515 fois

PORTRAITS DU DIMANCHE : MARTINE ET NASSER, DEUX CHAUFFEURS DE TANGO BUS QUI ONT LE RYTHME DANS LA PEAU

Martine et Nasser, une bonne partie de la population nîmoise les connaît. Ils ne sont ni des stars, ni des élus de la ville. Mais juste de simples chauffeurs de bus appartenant au réseau Tango. Tous les jours, et ce parfois dès 6 heures du matin, ils transportent des milliers de passagers d'un point à un autre de la ville, se faufilant entre les voitures, les yeux à la fois rivés sur l'horloge et leurs rétroviseurs. Martine et Nasser, que l'on voit tous les jours, sans y faire attention parfois, nous racontent leur métier.

Martine, 47 ans, devenue conductrice de bus suite à "un pari fou". Photo DR/S.Ma

6 heures du matin, avenue Robert Bompard, à quelques mètres de la route de Beaucaire à Nîmes. Le parking à l'extérieur est déjà plein, et à l'intérieur du centre Tango, c'est une véritable fourmilière. Cela fait une dizaine de minutes que Martine est arrivée. Un coup d’œil dans son casier pour récupérer sa fiche de circulation, quelques bises pour saluer les collègues et la voilà qui se dirige d'un pas énergique vers son bus pour une journée de service sur les routes nîmoises. Vérification du matériel, ok. Elle tourne la clé de contact et c'est parti, direction le quartier de Castenet, sur la ligne E, qui s'achèvera à la Citadelle. Et pas question d'être en retard. "On se doit d'être à l'heure, ce sont des personnes qui vont au travail que l'on transporte, je n'aime pas me dire qu'ils pourraient être en retard à cause de moi" lance la conductrice de 47 ans, qui fait toute petite au volant de son bus. "C'est vrai que ça surprend les gens quand je leur dis que je suis conductrice de bus. Ce n'est pas un métier que l'on m'attribue au premier abord. On pense souvent que je suis esthéticienne, secrétaire ou même coiffeuse. Ce que j'étais d'ailleurs avant d'avoir mes enfants et d'être mère au foyer. Et puis, j'ai voulu reprendre une activité. J'ai toujours aimé l'univers de l'automobile. Et un jour au détour d'une conversation avec mon ex-mari et mon père qui disaient qu'une femme ne pouvait pas être chauffeur de bus, je leur ai lancé le pari que moi je pourrais l'être. En 1992, je passais mon permis D et quelques mois plus tard, je rentrais dans une société de transports inter-urbains c'est-à-dire tourisme et scolaire."

Ce n'est que dix ans plus tard, en août 2003, que Martine entrera au Transport de l'agglomération nîmoise anciennement nommé TCN. Elle découvre alors une nouvelle facette du métier, car rouler non-stop en ville a généré en elle un stress qu'elle ne connaissait pas à ce point en transportant des scolaires. "Il faut être très vigilant, anticiper, prévoir, avoir les yeux partout. Et puis, il y a un gros travail au niveau du relationnel. Et ce n'est pas une légende, les gens ne sont pas toujours très sympathiques. J'adore mon métier, ce n'est jamais la même chose, il me permet de rencontrer beaucoup de monde, notamment l'été avec l'arrivée de touristes avec qui j'aime discuter. Je n'échangerais ma place pour rien au monde. Mais il faut avouer que beaucoup de clients ne daignent même pas dire "bonjour" ou même me regarder quand ils montent dans le bus. Et puis il y a le non-respect des règles de transport. Pour beaucoup nous sommes un dû, ils nous prennent pour des chauffeurs de taxis qui doivent les arrêter où ils veulent." Mais Martine, tout en restant souriante et diplomate sait se faire respecter. Une main de fer dans un gant de velours. C'est sûr, les femmes ont su faire leur place dans ce métier autrefois réservé aux hommes, c'est en tout cas ce que pensait le papa de Martine qui aujourd'hui est fier de monter dans son bus.

6h30, le jour se lève à peine. Les yeux de Martine sont grands ouverts, pas une cerne, le teint frais et pimpant, l'heure matinale n'a pas l'air d'affecter la conductrice. Tant mieux direz-vous !  "Ça ne me dérange pas de travailler de matin. Je m'organise, selon mes horaires (de matin ou d'après-midi) pour avoir toujours une bonne nuit de sommeil. C'est important. Ce n'est pas du bétail que je transporte mais des êtres qui ont une famille, des parents, des enfants etc. Ils sont sous ma responsabilité, je n'ai droit à l'erreur. Je fais aussi beaucoup de sport, ce qui me permet d'être plus concentrée dans ce que je fais."

7 heures passées, le temps d'une anecdote avant de souhaiter bonne route à Martine et de rejoindre Nasser dans son bus : "Mon premier jour de boulot. C'était un lundi matin, je me souviens. Je devais travailler jusqu'en début d'après-midi. Et toute la matinée, j'étais pliée en deux, tiraillée par un mal de ventre incroyable. J'ai tenu jusqu'à la fin de mon service pensant que c'était le stress du premier jour. En fait, je faisais une crise d'appendicite. Et j'ai stressé pendant mes jours d'arrêt car comme j'étais en période d'essai, j'avais peur que les responsables de la société ne me gardent pas. Mais ils m'ont gardé et ça pendant 10 ans. Autre anecdote, il y a les regards et les sourires de messieurs parfois trop insistants. J'ai eu droit à une invitation au restaurant, que j'ai décliné, j'étais mariée même si ça n'avait pas l'air de déranger le monsieur."

À la Bastide, Nasser prend la relève

Nasser, 45 ans, d'éducateur à chauffeur de bus, le parcours d'un homme engagé. Photo DR/S.Ma

Nasser, 45 ans, papa de quatre enfants "les plus jolis et les plus gentils" paraît-il, a pris lui aussi son service à 6 heures. À 7h30, les collégiens, lycéens et universitaires ont pris d'assaut son bus, à tel point qu'il ne reste plus une seule place assise. Et le brouhaha est assourdissant. Rien d'anormal, le quotidien pour le Gardois qui à chaque rafale de nouveaux passagers lance un sourire aimable. Il est heureux dans son métier, "et ce même si ce n'est pas toujours facile." Et pourtant, c'est un peu par hasard si aujourd'hui Nasser se retrouve au volant d'un bus. Sa carrière professionnelle, il l'a commencé en tant "qu'éducateur au Conseil d'éducation à d'Alzon. Et puis, j'ai été licencié suite à la fermeture de la structure. J'avais mon permis de transport en commun, alors j'ai eu envie de tenter ma chance au TCN (Tango). Et j'ai été sélectionné." S'il devait définir son métier, celui qui a grandi à Nîmes utiliserait quatre mots : "anticipation, sécurité, ponctualité et accueil." Voilà qui résume bien les propos tenus, quelques lignes plus haut, par Martine. "C'est vrai qu'il y a beaucoup de gens indisciplinés, mais ce n'est pas le calvaire non plus. J'ai l'impression qu'il y a des périodes. Mais nous, chauffeurs, de toute façon, ont subi la mauvaise journée des autres. Et si nous aussi nous avons passé une mauvaise journée, alors là, c'est terrible, mais il faut savoir se contenir." Et visiblement Nasser est un maître dans l'art de contenir ses émotions, déformation professionnelle d'éducateur oblige. "Pour moi, les principales difficultés dans ce métier, ce ne sont pas les gens -- car si on n'aime pas les gens il faut rapidement se reconvertir -- mais le rythme et l'attention que l'on doit avoir." La moindre fausse route peut "coûter une vie à l'intérieur du bus comme à l'extérieur. Et avec les travaux, il faut redoubler d'attention, seconde après seconde."

Quant à travailler le matin, Nasser ne s'en plaint pas bien au contraire. Depuis quatre ans, le Nîmois aime se lever tôt pour finir sa journée vers 13 heures et pouvoir profiter de son après-midi ainsi que de sa soirée, en famille, à Milhaud où il réside. "Et puis le matin au moins, on emmagasine pas le stress de la journée des clients" s'amuse-t-il. Ah la bonne humeur d'un homme qui aime son métier, ça a plutôt de quoi vous égayer la journée. Et quand on aime, on ne compte pas et on s'investit.

Ainsi, pendant les vacances scolaires le réseau Tango détache des conducteurs volontaires pour participer à l'accompagnement de jeunes pour des sorties aux côtés de la police nationale et municipale. Nasser est très régulièrement l'un de ces volontaires. Il est aussi de ceux qui se déplacent dans les collèges et lycées pour prendre la parole devant les élèves afin de les sensibiliser au réseau de transport en commun sur des thèmes différents : le respect du matériel, des bus, des abris, les règles de transport etc. Et pourquoi pas susciter des vocations chez ces jeunes gens, la relève de demain.

Stéphanie Marin

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