L'enquête autour de l'extorsion de la part d'une bande mafieuse au préjudice d'un commerçant d'Alès se poursuit. Des investigations qui se dérouleraient dans une ambiance de terreur pour les personnes mises en examen qui craignent des représailles des commanditaires qui, eux, sont toujours en fuite.
Un jeune suspect apeuré
Un jeune mis en examen depuis début mai a demandé ce mercredi 24 juin 2026 son contrôle judiciaire à la cour d'appel de Nîmes. "Il est menacé et battu en détention, on lui reproche de coopérer. C'est un jeune homme martyrisé en prison", plaide son avocat. Ce majeur, à peine âgé de 18 ans, semble terrorisé par ses semaines de prison. "Il a vraiment peur et il est en danger en détention", poursuit son conseil en réclamant un éventuel contrôle judiciaire. "L'intégralité des protagonistes disent avoir peur et ne diront rien", complète l'avocat.
"Si vous êtes remis en liberté aujourd'hui, fiché comme une balance par ceux qui sont à l'extérieur, vous serez encore plus en danger", indique le ministère public. C'est une mesure de détention provisoire "pour vous protéger avant tout", poursuit l'avocat général qui s'oppose à la libération du suspect qui affirme avoir un CDI à l'extérieur.
La ville d'Alès gangrenée par le trafic et les violences liées
Pour rappel, plusieurs jeunes hommes ont été interpellés lundi 3 mai à Alès dans l'enquête concernant l'incendie criminel d'un restaurant "kebab" du quartier de Tamaris à Alès. Six hommes ont été appréhendés et placés en garde à vue pour un dossier d'incendie criminel et d'extorsion au préjudice du commerçant. Après quatre jours de garde à vue, les suspects ont été mis en examen au tribunal judiciaire de Nîmes compétent en matière criminelle. Les six "complices" font l'objet d'une mesure de détention provisoire.
Un commerce en feu
Dans la nuit du 16 au 17 février, vers 3h du matin, le kebab Hünkar, situé au quartier de Tamaris, a été la cible d’un incendie volontaire. Les images de vidéosurveillance montrent deux individus en train de déverser un produit inflammable à l’intérieur du local. L'un d'entre eux, pressé de tout embraser, allume le feu alors que son complice se trouve encore à l'intérieur du local. Ce dernier sort, les chaussures en feu, en insultant son partenaire. Le sinistre a été maîtrisé par les pompiers, arrivés rapidement sur place, mais le commerce, ouvert depuis seulement deux ans, est totalement détruit.
Le commerçant parle et évoque les menaces
Le gérant, Recep Guven, sous le choc, racontait à l'époque à Objectif Gard une nuit de terreur : « Ils sont venus à 3 heures du matin, ils ont d’abord essayé de forcer la porte avec un tournevis, puis avec une masse pour briser la vitre. Comme ils n’y arrivaient pas, ils ont caillassé les lieux. Ensuite, ils ont mis le feu en versant de l’essence partout. » Le week-end d'avant, les malfaiteurs avaient déjà tenté d’incendier sa voiture, mais sans réussite : ils ont finalement décidé de brûler sa poubelle devant son domicile. Ils ont également essayé de pénétrer chez lui alors que sa famille y était.
Depuis plusieurs semaines, la famille du gérant subissait des menaces explicites. De nouveaux messages de menaces ont été envoyés au lendemain de l'incendie : « On va brûler ta maison, et chaque jour, on va égorger quelqu’un. » Ces messages, publiés notamment via Snapchat à son fils, s’accompagnent d’une demande de rançon de 50 000 €.
Une enquête et des interpellations locales
Depuis l'enquête du SLPJ, le service local de police judiciaire du commissariat d'Alès et l'unité d'investigation nationale de la police ont permis d'identifier certains protagonistes. Depuis, six suspects ont été arrêtés… Il s'agit de jeunes originaires d'Alès et du secteur proche du réseau du quartier des Cévennes. Ils sont connus pour la plupart du trafic de stupéfiants. Un commanditaire de cet incendie et de l'extorsion est également connu à Alès, il purge en ce moment une précédente peine… Ce dernier a été condamné il y a quelques années pour des violences sur un policier : il avait refusé de s'arrêter lors d'un contrôle de police à Alès en 2021. Il avait écopé de 7 ans de prison pour ces faits.
Il reste en prison
Ce jeudi 25 juin, la cour d'appel de Nîmes a statué pour le jeune de 18 ans impliqué dans ce dossier d'incendie et d'extorsion au préjudice du commerçant. La cour d'appel a suivi les réquisitions de l'avocat général et a confirmé la détention provisoire.