Ils étaient près de 2 000 à s’être réunis dans le petit village de Vézénobres pour observer la Lune passer devant le Soleil ce mercredi soir. Dans le nord du Gard, visiteurs, locaux, touristes et amateurs d’astronomie se sont donnés rendez-vous aux alentours de 19h30 pour un spectacle qui ne s’était plus produit depuis presque 27 ans, jour pour jour.
Dans le département, environ 96 % du disque solaire était masqué au moment du maximum, autour de 20h24-20h25 selon les secteurs. À Vézénobres, la commune s’est associée à l’École municipale d’astronomie de la Ville d’Alès pour proposer l’un des dispositifs les plus importants annoncés dans le Gard. Pour l’occasion, deux secteurs ont été retenus. Le premier se situait au niveau de la table d’orientation, au point culminant du village, avec une vue dégagée vers l’ouest. Le second prenait place dans une grande prairie située chemin du Mas des Routes, au pied de la cité médiévale, permettant d’accueillir davantage de personnes.
Un engouement sans précédent
L’accueil, qui a commencé dès 18h30 à la Maison de la Figue, a vu son stock de 400 lunettes d’observation certifiées distribué gratuitement s'écouler en l’espace de 20 minutes. Les visiteurs ont notamment pu y récupérer des informations, les consignes de sécurité et questionner les bénévoles de l’École municipale d’astronomie, formés pour l’occasion.
Et l’engouement a largement dépassé les attentes. « Les gens assistent à un phénomène exceptionnel, ils n’ont pas envie de le rater », explique Julien Pépi, directeur de l’École municipale d’astronomie d’Alès.
Le contexte était également idéal. En pleine saison touristique, un soir du 12 août, beaucoup ont profité de l’occasion pour venir en famille ou entre amis. « J’ai des potes qui sont venus de Nîmes. Ils m’ont dit : “On vient avec la glacière, le pique-nique, tant pis, on veut te voir et passer un moment sympa” », raconte un des spectateurs du soir.
Certains visiteurs étaient en vacances dans le secteur. D’autres avaient fait le déplacement depuis Boucoiran, La Calmette ou encore plus loin. Les traditionnels touristes néerlandais et belges qui visitent souvent la région figuraient également parmi les spectateurs.
Sur place, les bénévoles de l’École municipale d’astronomie avaient plusieurs missions auprès du public, notamment celle de répondre aux nombreuses questions. « On était là pour l’encadrement, la médiation, le conseil et la sécurité », expliquent Michel et Vania, deux bénévoles présents au belvédère.
96 % du Soleil occulté
Techniquement, le phénomène est à la fois spectaculaire et simplissime. La Lune est passée entre la Terre et le Soleil, venant masquer progressivement notre étoile. À Vézénobres, comme dans une grande partie du sud de la France, près de 96 % du Soleil a ainsi été occulté.
« La Lune tourne autour de la Terre et, à un moment donné, elle va passer entre la Terre et le Soleil. Quand les trois sont vraiment alignés, elle projette son ombre sur une partie de la Terre », détaillait Julien Pépi avant l’éclipse.
Le maximum de l’éclipse a été atteint vers 20h22. Le ciel s’est alors progressivement assombri, donnant une atmosphère particulière au village. L’observation s’est poursuivie jusqu’au coucher du Soleil, peu avant 21 heures, mais celui-ci a été en partie masqué par un nuage de passage.
Une véritable expérience pour les spectateurs, mais aussi pour les bénévoles, qui avaient installé plusieurs instruments d’observation. Les télescopes ont permis au public d’observer le phénomène de manière sécurisée. Un télescope électronique permettait notamment de diffuser directement les images du Soleil et de l’éclipse. « Beaucoup de monde a demandé des photos », racontait Vania en charge du téléscope pour l'occasion.
Des bénévoles mobilisés et un public attentif
Au total, sept bénévoles de l’École municipale d’astronomie d’Alès étaient présents. Tous ont été formés dans le cadre de l’Association française d’astronomie et ont reçu un agrément de moniteur d’éclipse. La sécurité était évidemment au cœur du dispositif. Car même lors d’une éclipse partielle, il est impératif de ne jamais regarder directement le Soleil sans protection adaptée.
Dans l’ensemble, les consignes ont été respectées. Les bénévoles ont également prêté des lunettes aux visiteurs qui n’en possédaient pas. Le public a aussi pu créer du lien en s’échangeant les fameuses lunettes, en rupture de stock dans de nombreuses communes du département.
Au fil de la soirée, les questions ont fusé. Certains en ont profité pour demander des conseils sur leur propre matériel astronomique. « Pour ceux qui ont un télescope et qui veulent plus d’informations, on leur dit de venir à l’école dans les prochains jours », sourient les bénévoles.
« La pratique a été au moins égale à la théorie »
Difficile, finalement, de savoir précisément combien de personnes ont pris place à Vézénobres. Mais sur place, les bénévoles estimaient la fréquentation autour de 2 000 personnes. Un chiffre qui dépasse les premières estimations. « Il y a la théorie et la pratique, mais c’est vrai que la pratique a été au moins égale à la théorie », se réjouit Julien Pépi.
Et pour cause. La prochaine éclipse solaire de cette ampleur observable dans le secteur ne se représentera pas de sitôt. « La prochaine est en 2081 à Paris. Personnellement, c’est un peu tard pour moi », plaisante le directeur de l’École municipale d’astronomie.
Une soirée exceptionnelle, donc, pour Vézénobres. Et une belle démonstration de l’intérêt du public pour l’astronomie. Les amateurs n’auront d’ailleurs pas à attendre longtemps avant de ressortir leurs lunettes.
La Nuit des étoiles dès demain
Vendredi soir, l’École municipale d’astronomie d’Alès organisera une nouvelle soirée dans le cadre de la Nuit des étoiles, avec conférence, séances de planétarium, observation du ciel étoilé et des Perséides. Le public pourra également découvrir le programme de recherche participative « Un ciel étoilé », consacré notamment à la pollution lumineuse et à ses conséquences sur la faune et la flore.