Une petite gueule de bois pour l'IGP Cévennes en cette année 2026. Mais le mal de crâne ne pourrait être que passager, avec un Doliprane à portée de main. Ou de verre. Ce jeudi 28 mai, l'indication géographique protégée a tenu son assemblée générale annuelle pour mener une "réflexion et établir des choix stratégiques sur l'avenir".
Un virage nécessaire face aux baisses significatives des récoltes, en France, comme en région et en Cévennes. Elles sont de 8 % pour le Languedoc-Roussillon entre 2024 et 2025, mais de 18 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. En cause, notamment, les sécheresses, canicules et maladies de la vigne, mais aussi la baisse de consommation, la montée des cocktails, bières artisanales et boissons sans alcool, les droits de douane américains, le ralentissement chinois et la concurrence accrue de l’Italie, de l’Espagne et du 'Nouveau Monde'.
Remonter la pente
Mais aussi la chute, à hauteur de 77 % des ventes en vrac en cinq ans, alors que les ventes de bouteilles sont stables. 80 % des ventes sont assurées localement et les trois quarts en hypermarché. "L'idée n'est pas d'aller chercher l'IGP Méditerranée, mais d'avoir 20 000 à 30 000 hectolitres de plus, en maintenant un tarif préférentiel", soumet Christel Guiraud, président de l'assemblée. À noter que la récolte du rouge a été divisée par quatre en dix ans.
L'IGP aux 100 caves, dont 20 coopératives, 70 domaines, 97 cépages et 2 172 hectares de vignes est donc actuellement dans une "situation financière fragile" avec un déficit d'exploitation de 45 000 euros en 2025, contre les 25 000 prévus.
"Votre bouteille a un supplément d'âme, elle devrait être dans toutes les brasseries parisiennes"
Pour contrer cela, l'ambition est alors de "prendre sa place" sur le marché, au-delà des frontières gardoises. Un travail qui passe par des récompenses nationales, comme les quinze médailles obtenues au Concours général agricole 2025, les neuf distinctions au Challenge Millésime bio 2026 ou les 26 médailles au Salon de l'agriculture, mais aussi par une communication mieux maîtrisée et en réussissant à "réintéresser les négociants". Ces derniers invitent les viticulteurs cévenols à développer des partenariats avec de gros distributeurs, comme Metro ou France Boissons, mais surtout à "se différencier des autres appellations" pour "exister à Paris et hors de la région" : "Vous devez rencontrer le consommateur et lui faire comprendre que votre bouteille a un supplément d'âme. C'est, par essence, le produit qui devrait être dans toutes les brasseries parisiennes".
Une des idées pour se démarquer est par exemple de devenir la deuxième appellation 100 % bio en France, la première en IGP. À ce jour, 85 % de ses structures sont bio et l'appellation bénéficie d'un groupement d'intérêt économique et environnemental, qu'elle a créé, depuis 2020. "Au-delà de la notoriété de l'IGP, il faut travailler sur la notoriété des Cévennes, qui peut être un frein à notre développement", ajoute-t-on dans l'assemblée. Le label 'Vignobles & Découvertes', obtenu en 2019, doit aider en ce sens.
Une structure et une base solides, qui ne demandent qu'à grandir et bien vieillir
Pour rappel, fin 2024, le vignoble des Cévennes s'est reconstitué en intégrant 40 communes lozériennes. La création d'une zone de proximité immédiate sur l'Ardèche a également été réalisée pour que les caves ardéchoises qui vinifient des parcelles de vignes situées dans le Gard puissent produire du vin sous la dénomination IGP Cévennes.
Une autre solution pourrait être de mieux occuper le territoire. L'ancien 'Vin de pays des Cévennes', qui a changé de nom en 2009, ne couvre que 8 % de sa potentialité, l'écrasante majorité (62 %) étant occupée par Pays d'Oc, alors que l'IGP Gard est à 19 %. Pourtant, elle est la mieux valorisée en Grandes et moyennes surfaces, autour de 3,6 € les 75 cl. L'idée est alors d'appuyer sur cette qualité, et "faire des Cévennes le socle fort du haut de gamme" viticole.
Le retour, 90 ans après leur interdiction, de cépages plus résistants au changement climatique, (Noah, Clinton, Isabelle, Herbemont, Othello, Jacquez) voté par le Parlement européen le 5 novembre dernier, pourrait aussi représenter un beau coup de pouce.
Les prochains évènements IGP Cévennes :
- La Fête du Vin, à Anduze, les samedi 18 et dimanche 19 juillet
- La Fête du Vin, à Saint-Ambroix, dimanche 2 août
- Vignobles en scène, du 16 au 18 octobre
- Les vignes Réboussières au Domaine de la Lèque, à Fressac, le dimanche 25 octobre