Il est encore difficile de pouvoir dire et envisager l'envergure du projet tant il est gargantuesque, "hors normes". Mais surtout à la hauteur des enjeux en matière d'énergie pour la France. Ce lundi 31 août, le premier comité stratégique de la candidature du site de Tricastin à l'accueil de deux réacteurs EPR2 s'est réuni à Pierrelatte.
S'y sont réunis l'État, trois régions (Occitanie, AURA, PACA), quatre départements (Gard, Vaucluse, Ardèche, Drôme) et neuf communautés de communes. "Nous avons anticipé, nous sommes en capacité d'accueillir un projet extrêmement important, hors normes. Notre dossier de candidature est charpenté, robuste et renforcé par l'unanimité qui se dégage de l'ensemble des acteurs du territoire", se félicite la préfète de la Drôme Marie-Aimée Gaspari.
Le comité stratégique est unanime : "Le Tricastin est prêt. Prêt par son histoire industrielle, ses infrastructures, ses compétences, son foncier et l'engagement de ses acteurs publics et privés". Cet engagement a abouti à "un projet de territoire" : "On a tracé un rayon de 45 minutes autour du Tricastin, c'est le bassin de vie de ce projet", dessine Marie-Aimée Gaspari.
La candidature de Tricastin a été déposée en juillet et fait face à quatre dossiers concurrents. La décision du président de la République devrait être rendue "d'ici la fin de l'année", espère Christophe Serre, président de l'Agglo du Gard rhodanien. Au regard des derniers projets similaires en France, le coût estimé pour la construction d'une paire d'EPR2 s'élève à 24 milliards d'euros.
Les deux EPR rejoindraient les quatre réacteurs REP, à eau pressurisée, mis en service en 1980 et 1981, et emploieraient 8000 personnes sur site : "C'est un chantier considérable, éminemment stratégique, avec un aspect technique majeur bien sûr. Mais qui va aussi demander d'accueillir des populations, les loger, former les futurs salariés, trouver des compétences, avoir des outils de formation, de la mobilité", prédit la préfète.
Pour faire face à ce "tas d'impératifs et de contraintes", les collectivités font front commun : "On se répartira les charges, les besoins et la répartition des compétences", avance Alain Gallu, maire de Pïerrelatte. Christophe Serre appuie : "Notre bassin de vie dépasse les frontières administratives. Nos intérêts sont communs, de Tricastin au Gard rhodanien, notamment à travers Marcoule, nos destins sont liés dans un avenir commun. Ce qu’il se passe en Drôme a des retombées économiques et en termes d'aménagement sur le Gard rhodanien, et inversement".
Une réflexion particulière sera menée sur la mobilité entre les deux bassins industriels, car, derrière, c’est aussi et entre autres, "de l’économie et de la revitalisation de centre-ville". Avec les projets MGH et Hexana aussi dans les classeurs, le président de l'Agglo du Gard rhodanien ne manque pas d'ambition : "De Marcoule à Tricastin, faisons de la vallée du Rhône la vallée de l’énergie".
D'autant plus que pour lui, bien qu'elle soit décriée, l'énergie nucléaire conserve toute sa place, surtout dans la région : "Beaucoup critiquent, mais tout le monde appuie sur l’interrupteur. Et on est bien content d'avoir de la lumière, d’autant plus dans notre région historiquement nucléaire, avec Marcoule premier site nucléaire de France. Qui dans ses proches n’a pas quelqu’un qui travaille de près ou de loin dans le nucléaire dans les environs ? Le nucléaire est l'énergie décarbonée qui permet aujourd'hui d'avoir cette énergie au quotidien."
La création d'un Collectif Interrégional Économique :
Pour accompagner les collectivités, les acteurs économiques s'unissent aussi. Un Collectif Interrégional Économique est en train d'être monté : "Notre bassin économique est à cheval sur différentes régions, mais pour nous il n'y a pas de frontières administratives. On essaye de faire sauter ces barrières pour fédérer tous les acteurs économiques", explique Anthony Roumeas, directeur du groupe laudunois éponyme.
L'idée est de créer des groupements en Drôme et Vaucluse calqués sur le Collectif, puis réunir les trois collectifs sous la bannière du CIE. Il sera présidé par le Pierrelattin Julien Monteiro, président du Groupe M, vice-présidé par Anthony Rouméas et Sébastien André. Julien Feja en sera le secrétaire.
Concernant le projet d'EPR, le CIE voudra "cartographier et mettre en commun les besoins", mais aussi "travailler sur les problématiques foncières, l'attractivité et la mobilité". Un travail d'anticipation mais pleinement nécessaire pour Anthony Roumeas : "Melox s’arrêtera un jour. On parle d’un horizon à 2040 certes, mais si on loupe le coche maintenant, il y aura un trou un jour dans la filière."