Beaucaire
Publié il y a 3 mois - Mise à jour le 13.06.2023 - Stéphanie Marin - 3 min  - vu 2052 fois

FAIT DU JOUR Décidément, le marché ne trouve pas sa place à Jonquières-Saint-Vincent

Les marchés de Jonquières-Saint-Vincent, l'hebdomadaire et le mensuel, ont été mis à l'arrêt par la municipalité, à cause d'un manque de fréquentation et d'exposants.

- Photo : mairie de Jonquières-Saint-Vincent

Relancé il y a trois ans et adapté à la demande des exposants, le marché de Jonquières-Saint-Vincent s'arrête après une importante perte de vitesse ces derniers mois. 

Moins d'exposants, donc moins de visiteurs... C'est l'histoire du serpent qui se mord la queue. Conséquence de quoi, la municipalité de Jonquières-Saint-Vincent a annoncé la semaine dernière la suppression de ses marchés, le mensuel comme l'hebdomadaire plus petit. Cet événement s'était déjà produit il y a une trentaine d'années sous le mandat de Louis Gibelin.

Et pourtant son retour en 2020, chaque premier samedi du mois sous le marché couvert, avait été accueilli avec enthousiasme. "Nous avions une vingtaine d'exposants, qui tous présentaient des produits de qualité", explique Sonia Tellier, membre de la commission Festivités et Vie associative à la mairie de Jonquières-Saint-Vincent. Pour deux de ces exposants, un primeur et un fromager-charcutier, l'aventure s'était même poursuivie les trois autres samedis du mois, sur la place de la mairie.

"Avant covid, il y avait presque 8 000 marchés hebdomadaires en France. En 2022, on en dénombrait 11 000."

Muriel Rubin, présidente de la Fédération des marchés de France.

Un engouement qui ne surprend pas la présidente de la Fédération des marchés de France, Monique Rubin. "Suite à la crise sanitaire, les marchés ont eu le vent en poupe. Il y a eu un regain d'activité parce que les consommateurs se sont rendu compte à quel point il était important de bien se nourrir", explique-t-elle, chiffres à l'appui. "Avant covid, il y avait presque 8 000 marchés hebdomadaires en France. En 2022, on en dénombrait 11 000."

À l'évolution du comportement des consommateurs, Jean-Pierre Denis, président du syndicat des marchés de France du Gard, ajoute une volonté politique. "Depuis les dernières élections municipales, des marchés ont été créés dans le Gard. J'ai été contacté par une quinzaine de communes. Pour beaucoup, c'était une promesse de campagne. Mais installer un marché demande une vraie réflexion concernant son emplacement, son jour et sa récurrence, si on veut le faire perdurer", souligne-t-il. 

"On ne voulait pas être une grande surface"

Alors pourquoi ces marchés-là, ceux de Jonquières-Saint-Vincent, ont-ils connu ces derniers mois une perte de vitesse, au point de contraindre la municipalité jonquiéroise d'acter sa mise à l'arrêt ? La baisse du pouvoir d'achat est le premier argument avancé par Frédéric Martin, adjoint au maire en charge des Finances et du Commerce. La proximité de la commune avec une ville telle que Beaucaire, où le marché de plus grande ampleur s'installe non pas une fois, mais deux fois par semaine - le jeudi et le dimanche matin - expliquerait également ce désinterêt pour ceux de Jonquières-Saint-Vincent. "L'offre y est plus importante, à seulement une poignée de kilomètres de Jonquières", concède l'élu. Quant aux prix affichés sur les étalages, "nous avons fait le choix de la qualité, de privilégier le local, on ne voulait pas être une grande surface", justifie Sonia Tellier. Après trois ans d'existence, le soufflé est retombé, "aussi parce que les Jonquiérois n'ont pas joué le jeu", se désole-t-elle.

Banderoles installées sur les ronds-points en entrée et en sortie de ville, rappels sur les réseaux sociaux, gratuité de l'emplacement pour les deux exposants du marché hebdomadaire sur la place de l'hôtel de ville, mise à disposition de l'électricité etc, la mairie a épuisé toutes ses cartes. Le samedi 3 juin, le marché mensuel n'a réuni que deux commerçants ambulants. "On a même du mal à trouver des exposants, alors on préfère s'arrêter là. Fermés en juillet et août, le marché ne reviendra pas en septembre", insiste Sonia Tellier. 

Les gens viennent au marché pour faire des achats, mais aussi - et peut-être presque surtout - pour discuter, échanger

Monique Rubin, présidente de la Fédération des marchés de France.

Un vrai manque à gagner pour la commune. Car au-delà de l'enjeu économique, c'est le lien social qui s'ébrèche. "Les gens viennent au marché pour faire des achats, mais aussi - et peut-être presque surtout - pour se rencontrer, discuter. Ce sont de vrais moments de partage, d'authenticité, et en tant que service public d'approvisionnement à la population comme j'aime à dire, c'est un impératif pour nous de maintenir cela", commente Monique Rubin, présidente la Fédération des marchés de France. 

Une nouvelle formule ?

La mairie réflechit à une nouvelle formule, un marché saisonnier ou "peut-être faire une soirée sous les halles de temps en temps", propose Sonia Tellier. Rien n'est encore acté. Cette proposition en nocturne est, selon Jean-Pierre Denis, président du syndicat des marchés de France du Gard, la solution la plus adaptée, "Jonquières-Saint-Vincent étant un village dortoir."

Stéphanie Marin

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