Les premiers patients ont été reçus jeudi dernier. "Lo Caïre", un modèle inédit de cabinet médical installé au 27 boulevard Maréchal-Joffre à Beaucaire, a été imaginé et mis en oeuvre par la CPTS de Costières en Camargue et la municipalité. Un espace dédié aux personnes atteintes d'une maladie chronique, sans médecin traitant. L'ambition, et c'est un combat à l'échelle nationale, est de lutter contre la désertification médicale. "Aujourd'hui, on se retrouve avec une partie de notre population qui a le choix entre deux solutions : ne pas se faire soigner ou aller aux urgences", souligne le maire de Beaucaire, Nelson Chaudon.
Dans ces locaux de 550 m2, autrefois occupés par la CAF et mis à disposition par la Ville de Beaucaire, l'enjeu est désormais de (ré)intégrer les patients les plus fragiles, ceux aussi en errance médicale, dans des parcours de soins, en s'appuyant sur un travail coordonné entre médecins, infirmières et acteurs de la prévention. Car sur les 80 000 habitants que compte le territoire de la CPTS, répartis sur 13 communes (*), 7 300 personnes n'ont plus de médecin traitant. Parmi elles, 2 500 souffrent d'une pathologie chronique. La situation est d'autant plus préoccupante que l'offre médicale continue de se réduire. Le territoire ne compte plus que 47 généralistes. "Plus de la moitié ont aujourd'hui plus de 60 ans", complète le docteur Adina Dinu, présidente de la CPTS de Costières en Camargue. Dispositif dont l'un des principaux axes de travail est l'accès aux soins.
"La CPTS est un acteur malheureusement souvent négligé mais extrêmement important, estime le maire. Je me suis rendu compte au travers des actions menées qu'il y avait une vraie volonté de faire avancer le médical sur le territoire." L'espace "Lo Caïre" est juridiquement rattaché à la Maison de santé pluridisciplinaire Terre de Béliers à Bouillargues, où sont installées les docteurs Adina Dinu et Mariel Autard. L'objectif de l'antenne beaucairoise est de recevoir 1 000 patients au cours de la première année. Chacun sera d'abord reçu par une infirmière diplômée d'État ou une infirmière en pratique avancée, chargée de reconstituer son dossier médical, de recenser ses besoins et d'organiser les premiers examens. Les médecins interviendront ensuite pour la lecture des examens et le suivi en collaboration avec les infirmières. Ce sont les docteurs Adina Dinu et Mariel Autard qui assureront les consultations, un jour et demi par semaine chacune.
Les porteurs du projet souhaitent également intégrer progressivement une assistante sociale et un médiateur en santé. "Dans beaucoup de situations, ce qui pose problème, c'est rarement le médical, mais presque toujours le social, observe le Dr Autard, vice-présidente de la CPTS. À Beaucaire, nous avons donc estimé qu'il ne fallait pas perdre cette dimension de vue et avons demandé, avec la préfecture, de pouvoir bénéficier de la présence d'assistantes sociales pour aider à débloquer certaines situations."
"Ce qui nous motive, c'est de travailler en équipe"
Comme le Dr Dinu, elle est Maître de stage des universités (MSU). S'il est important de le préciser c'est parce qu'il est prévu d'accueillir des "docteurs juniors" en formation. Au-delà de la prise en charge des patients, la CPTS et la municipalité de Beaucaire misent aussi sur la présence de ces "docteurs juniors" pour renforcer, à terme, l'offre médicale locale. "Les jeunes médecins ont énormément de choix aujourd'hui. Ce qui les attire, ce n'est pas seulement un cabinet neuf, c'est de savoir s'ils auront quelqu'un sur qui s'appuyer, explique la présidente de la CPTS. Ce qui nous motive aujourd'hui en tant que médecins, c’est de travailler en équipe." Pour le maire de Beaucaire, plusieurs atouts sont réunis : "On a de bons encadrants, un travail en équipe, une patientèle clé en main et une volonté forte de la Ville comme de la Communauté de communes Beaucaire Terre d'Argence d'accompagner leur installation."
"Une solution d’évolution déjà tracée à la maison médicale"
"C'est un pari que nous faisons", indique le Dr Autard. Un pari fixé sur trois ans, suivi par la préfecture du Gard, l'ARS Occitanie, le Département du Gard, la CPAM, la MSA et d'autres partenaires associatifs. L'ensemble des professionnels médicaux et paramédicaux, ainsi que les services sociaux du secteur, ont été informés de la création de cet espace. "J'espère qu'un jour ce bâtiment sera trop petit, poursuit Nelson Chaudon, qui imagine le développement futur de la structure. On a une solution d’évolution déjà tracée à la maison médicale." Sous sa casquette de n°1 de la CCBTA, il prévoit donc des travaux. Car, selon lui, "la maison médicale - inaugurée en 2022, NDLR - n'a pas été pensée et n'est pas adaptée pour accueillir cette structure. Julien Sanchez et moi-même l'avons à plusieurs reprises souligné", au moment où l'intercommunalité était présidée par Juan Martinez.
Et le même d'ajouter : "Si ces médecins décident de rester sur Beaucaire, ils feront partie de la MSP qui pourra à terme s’implanter dans la maison médicale. L’objectif c’est d’avoir des équipes globales qui vont toutes se retrouver sur un même palier et vont pouvoir échanger entre elles, demander un conseil et avoir une dynamique complète et globale." Eux-mêmes pourraient, à leur tour, devenir Maîtres de stage des universités et accueillir de futurs "docteurs juniors", alimentant ainsi un cercle vertueux destiné à renforcer durablement l'offre de soins sur le territoire. "C'est potentiellement une clé pour résoudre la problématique de la désertification médicale ", conclut Nelson Chaudon.
*Créée en 2023, la CPTS de Costières en Camargue couvre 13 communes : Bellegarde, Beaucaire, Bouillargues, Caissargues, Comps, Fourques, Garons, Jonquières-Saint-Vincent, Manduel, Redessan, Rodilhan, Saint-Gilles et Vallabrègues. www.cpts-costieres.org