FAIT DU JOUR Le cimetière d’enfants harkis oublié de Saint-Maurice-l'Ardoise
Nadia Ghouafria, préside l'association Soraya, qui signifie "étoile" en arabe. C'est aussi le prénom d'une des petites filles qui a été enterrée au cimetière provisoire du camp de Saint-Maurice-l'Ardoise.
Il rentre tout juste d’une campagne de fouilles en Égypte, sur les traces d’une nécropole de plus de 2000 ans. Mais, ce n’est pas cette opération archéologique qui a le plus marqué Patrice Georges-Zimmermann. Cet archéologue-anthopologue à l’Inrap a consacré un livre aux recherches qui lui ont permis, en mars 2023, de retrouver le cimetière harki de Saint-Maurice-L’ardoise. Perdues dans un terrain militaire, dissimulées par la végétation, les 27 tombes ne datent pas de l’époque antique mais du début des années 1960. 1 jour, 1 mois, 4 ans… L’âge des défunts interpelle. Tous vivaient dans le camp harki* de Saint-Maurice-l'Ardoise. Beaucoup sont morts de « faiblesse », d’« anémie » ou de « maladie » lors de cet hiver 62-63 où le mercure est descendu à -13 degrés, température difficilement supportable sous des tentes ou dans des baraquements cernés de barbelés et de miradors. Avalé par les ronces, le cimetière a été redécouvert par les autorités en 1979, avant d’être, à nouveau, abandonné aux broussailles. C’est Nadia Ghouafria, présidente de l’association Soraya, qui a exhumé cette histoire des archives du Gard en 2019. A la rentrée, Patrice Georges-Zimmermann et Nadia Ghouafria relateront l’histoire de ce cimetière lors d’une conférence à Carré d’art*.
*Initialement prévue le samedi 13 juin, pour les journées de l’archéologie, la conférence a dû être reportée à la rentrée.
« Ces enfants étaient quelque part dans la nature, dans les
ronces »
Froid extrême, camp surpeuplé, administration débordée,
dénuement, épidémie de rougeole… Une trentaine d’enfants décédés
dans le camp de Saint-Maurice-l’Ardoise ont été enterrés sur place,
dans un cimetière provisoire.
C’est quasiment devenu un rituel. Pratiquement tous les
week-ends, Nadia Ghouafria effectue une cinquantaine de kilomètres
pour emprunter l’étroite traversée de Rossignac. Ce chemin, peu
visible, qui part, à gauche, derrière la salle le « Forum », de
Laudun-l'Ardoise, serpente entre chênes, herbes hautes, vignes et
senteurs de genêts. Dans une clairière bien débroussaillée apparaît
un rectangle grillagé. Trois enfants et leur père passent en VTT.
Ils observent ce lieu d’un air étonné. Ils ne s’arrêteront pas. Il
n’y a pas de panneau. Nadia Ghouafria fait coulisser le portail,
descend quelques mètres et s’arrête devant une statuette d’ange
blanc. Juste à côté, un nounours et des roses sculptées sont fixés
sur un petit poteau de bois. « Bonjour les enfants »,
glisse-t-elle, d’une voix douce.
La majorité des inhumations ont eu lieu entre décembre
1962 et mars 1963. Ce qui, selon la CNIH, renvoie « à la fois à la
dureté des conditions d’existence dans un camp de transit surpeuplé
et à l’administration débordée - la précarité matérielle et le
dénuement …
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