Publié il y a 1 mois - Mise à jour le 21.02.2024 - Anthony Maurin - 5 min  - vu 276 fois

NÎMES Aimé Jacquerod et Jean Chauvet, deux résistants qu’il ne faut pas oublier

Devant la tombe d'Aimé Jacquerod (Photo Anthony Maurin).

Une conférence le samedi 2 mars à 17h à la Maison du protestantisme. Le même jour mais à Jonquières-Saint-Vincent, une plaque sera inaugurée au chemin de la Tine. Enfin, un dépôt de gerbe au carré militaire, cimetière Pont de Justice.

Devant la tombe d'Aimé Jacquerod (Photo Anthony Maurin).

Cela fera 80 ans que Jean Chauvet a été assassiné 23 février 1944 à la centrale d’Eysses, dans le Lot-et-Garonne et qu’Aimé Jacquerod est mort au combat le 12 juin 1944 à Taulignan (Drôme). L'Association des amis de la fondation pour la mémoire de la déportation délégation Gard (AFMD) n'oublie pas et son président, Jean-Paul Boré, compte bien parler de ces deux personnages un peu oubliés.

Éric Bernard, membre de l’AFMD du Gard, a rédigé leur biographie avec des précisions quant aux sources, et faits, dans le cadre du projet global du dictionnaire biographique des déportés et victimes de la barbarie nazie dans le Gard.

C’est un détail mais Ja(c)querod s’écrit un coup avec un c un coup sans…. Simple détail. « Né à Nîmes le 23 août 1923, Aimé Jaquerod est le fils de Jules, Édouard Jaquerod, successivement boulanger et employé de banque, natif du canton de Vaud (Suisse) et de Joséphine Dombre, son épouse née à Nîmes (Gard), Il est le deuxième enfant d’une fratrie de trois enfants, Élise née en 1921 et Jean-Jacques né en 1930. Ses parents obtinrent ou retrouvèrent la nationalité française par décret du 2 mai 1940 paru au JORF du 12 mai 1940 », explique Éric Bernard membre de l’AFMD du Gard qui a rédigé cette biographie.

La tombe d'Aimé Jacquerod (Photo Anthony Maurin).

« À la suite de ses études secondaires au lycée Alphonse Daudet de Nîmes, Aimé Jacquerod entreprend des études à la faculté de théologie de Montpellier après avoir quitté le travail en usine, Aimé Jaquerod se destine à devenir pasteur et est candidat missionnaire. Il est chef de troupe des Eclaireurs unionistes Nîmes-V et cadre de l’Union chrétienne des jeunes gens (UCJG). Réfractaire au Service du travail obligatoire (STO), il rejoint les rangs de la 8e compagnie du 4e Bataillon de l’Armée secrète de Drôme-Sud dans le secteur de l’enclave de Valréas (Vaucluse). »

Il participe à la mobilisation de la Résistance après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie. La réaction allemande se déploie le 12 juin à Valréas et à Taulignan où le maquis a occupé la commune. Une cinquantaine de soldats allemands cantonnés à Montélimar y arrivent par camion.

Aimé Jacquerod membre d’un groupe est appelé en renfort à Taulignan. La voiture dans laquelle il se trouve avec cinq autres résistants est prise sous le feu d’une mitrailleuse placée à l’entrée du village et servie par des jeunes du RAD (Reichsarbeitsdienst ou Service du travail du Reich, précédant le service militaire). Elle s’écrase contre une maison et ses occupants sont criblés de balles.

Deux héros...

« Avec lui périssent Pierre Darlix qui était venu chercher les renforts, Martial Deyres, Henri Paschké, autre cadre unioniste, François Rein et René Soubeyran. La contre-attaque allemande du 12 juin fait plusieurs dizaines de victimes dont cinquante-trois à Valréas et treize à Taulignan (plus cinq résistants faits prisonniers et exécutés les jours suivants en Isère). Mort au combat le 12 juin 1944 à Taulignan (Drôme), il est inhumé au cimetière Saint-Baudile de Nîmes en 1946. Son nom a été donné à une rue de la ville de Nîmes. Il figure sur la stèle aux « victimes de la barbarie nazie » apposée à l’angle de la rue du 18 juin 1940 à Taulignan et sur une plaque commémorative dans le hall du lycée Alphonse Daudet, dédiée aux professeurs et élèves morts pour fait de résistance. Sur le monument aux morts départemental à Nîmes et sur le monument commémoratif départemental à Mirmande-Saulce-sur-Rhône (Drôme). »

Né à Nîmes le 11 septembre 1921, Jean Chauvet est ouvrier-ajusteur au dépôt des machines à vapeur de Nîmes. Il participe dès l’adolescence aux activités militantes de son père, qui vend le journal communiste Le Cri du Gard, cache des Républicains espagnols, et participe au fonctionnement de différentes associations liées au Parti communiste français (PCF). En 1939, Jean Chauvet est fiancé à Eliette Rigon, ouvrière en confection et militante des jeunesses communistes. Son père, cheminot affecté aux ateliers du PLM (Paris-Lyon-Méditerranée), est arrêté le 5 décembre 1940 et interné administrativement successivement à Eysses, Carrères puis Sisteron d’où il s’échappe le 8 juin 1944 pour rejoindre les rangs de la Résistance. Jean ne supporte pas de voir son père, ancien combattant de la Grande Guerre, jugé « indésirable » par l’État français.

« Eliette Rigon, la fiancée de Jean, participe à l'activité clandestine du PCF après sa dissolution et l'arrestation de ses principaux responsables gardois fin 1940. Avec son frère Franck, lui aussi membre des Jeunesses communistes clandestines, elle distribue tracts et journaux pour dénoncer le régime de Vichy. »

Devant la tombe de Jean Chauvet (Photo Anthony Maurin).

En 1941, elle est chargée, par le Front national de lutte pour la liberté et l'indépendance de la France, de diffuser la presse clandestine sur la région nîmoise et d'aider les militants pourchassés par le régime. Son groupe comprend notamment Jean Chauvet, Henri et Andrée Julien, Odette Gonzales (arrêtée en avril 1942, Eliette sera condamnée à huit ans de travaux forcés par le tribunal militaire de Marseille, incarcérée aux Baumettes à Marseille, puis à la Centrale de Rennes, d’où elle sera déportée le 6 juin 1944 à Ravensbrück, via le fort de Romainville. Elle sera rapatriée en France en mai 1945).

« Le 10 mars 1941, Jean Chauvet est surpris la nuit par des gardiens de la paix alors qu’il circule sur son vélo sans éclairage et porte une musette remplie de tracts. Il parvient à leur échapper. Mais son adresse est identifiée grâce à la plaque d’identité de la bicyclette. Des perquisitions effectuées à son domicile amènent la découverte de nombreux tracts et journaux. La mère de Jean est alors arrêtée. Jean Chauvet quitte alors Nîmes pour se réfugier en Lozère chez des paysans qu’il connaît pour y avoir passé des vacances. Ces derniers le dénoncent à la police. Il est arrêté le 16 juillet 1941 et conduit à la prison de Pont-de-Montvert. Dirigé ensuite sur celle de Mende puis au fort Saint-Nicolas à Marseille, il est jugé par le tribunal militaire spécial de la 15e région, le 4 octobre 1941, et condamné à cinq ans de prison. Conduit à la prison Saint-Pierre de Marseille, il est transféré le 24 décembre 1941 à celle de Nîmes, où il devient, avec Jean Coin, Henri Auzias, Pierre Doize, un des dirigeants de l'organisation clandestine des détenus. »

Le 16 octobre 1943, il est transféré avec la quasi- totalité des détenus politiques de la zone Sud à la Centrale d’Eysses où il aura des responsabilités au sein des Jeunesses communistes. Au cours de l’insurrection du 19 février 1944, il est en première ligne mais sa mitraillette s’enraie. Reconnu comme ayant pris part activement aux combats, Chauvet est jugé par une cour martiale réunie à Eysses, condamné à mort et fusillé le 23 février 1944. En novembre 1944, sa dépouille est ramenée à Nîmes pour y être inhumée.

La conférence aura lieu le samedi 2 mars à 17h à la maison du protestantisme 3 rue Claude Brousson à Nîmes avec Armand Cosson, historien, professeur d’histoire honoraire en classes supérieures au lycée Daudet de Nîmes. Le même jour, à Jonquières-Saint-Vincent, à 14h, une plaque sera inaugurée au chemin de la Tine, grâce au partenariat de la ville et de son maire Jean-Marie Fournier en particulier, précisément au mazet de la Tine, à proximité du lieu où les victimes ont été très sommairement et sans respect aucun, enterrées dans la ville de Jonquières-Saint-Vincent. La ville de Nîmes, comme chaque année, organisera un dépôt de gerbe au carré militaire, cimetière Pont de Justice à 11h.

Anthony Maurin

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